Mort d'un élève officier de Saint-Cyr Coëtquidan. Huit ans après, enfin un procès

Le 30 octobre 2012, les pompiers retrouvent le corps sans vie de Jallal Hami, dans un étang de l’école militaire de Saint-Cyr Coëtquidan. Il participait à un « bahutage », un exercice organisé par des élèves officiers. Sept militaires sont jugés à Rennes, à partir de ce lundi 23 novembre.
 

Maître Jean-Guillaume Le Mintier, avocat de la famille de l'élève officier mort noyé à Saint-Cyr-Coëtquidan
Maître Jean-Guillaume Le Mintier, avocat de la famille de l'élève officier mort noyé à Saint-Cyr-Coëtquidan © A. Billet - France 3 Bretagne
Un procès, huit ans après les faits. Lundi 23 novembre, sept militaires seront jugés à la chambre militaire du tribunal correctionnel de Rennes, pour homicide involontaire. Il leur est reproché la mort par noyade de Jallal Hami, élève-officier à Saint-Cyr Coëtquidan, dans la nuit du 29 au 30 octobre 2012.

Cette nuit-là, le sous-lieutenant Jallal Hami participe à un « bahutage » : dans le jargon de l'école, c'est une activité de « transmission des traditions », organisée par des élèves de deuxième année. Il s’agit de traverser un étang à la nage, dans une eau à 9 degrés, en pleine nuit. Avec son équipement militaire : treillis, casque et rangers.

Une centaine d’élèves participent à cette « activité » qui s’inspire du débarquement des Alliés en Provence, en 1944. Un premier groupe, la 9ème compagnie, rencontre des difficultés lors de la traversée. Mais les organisateurs décident de maintenir l’épreuve.

Dans le second groupe se trouve Jallal Hami, c’est la 10ème compagnie. Les élèves-officiers paniquent, peinent à traverser l’étang. Ils s’agglutinent sur un bout mal tendu, entre les deux rives. Les organisateurs leur jettent des bouées pour les sauver de la noyade. La confusion est totale. Et un élève manque à l’appel : le corps sans vie de Jallal Hami sera retrouvé par les pompiers, à 2 heures du matin.


Sept militaires sur le banc des accusés


Cinq anciens élèves-officiers de l’école militaire et deux officiers (un colonnel et un commandant, au moment des faits) comparaissent en justice, à partir du lundi 23 novembre.

Seul un des élèves-officiers reconnaît sa participation et sa part de responsabilité, parlant de « négligence et d’imprudence » dans l’organisation de cette activité. Il était chargé de faire remonter à sa hiérarchie les informations sur la nature des activités organisées et les risques essentiels.
 

Tous responsables ?


Mais pour Maître Jean-Guillaume Le Mintier, avocat de la famille Hami, tous sont responsables :

« L’inspection des armées et les magistrats instructeurs ont fait un travail chirurgical dans ce dossier, établissant clairement le rôle et les responsabilités des uns et des autres. Les sept prévenus ont créé le risque soit par leur action, soit par leur inaction. La hiérarchie se réfugie aujourd’hui derrière l’ignorance de la nature des activités organisées par les élèves de deuxième année. En pratique, ça ne résiste pas à certains éléments de l’enquête. Ils auraient du vérifier, à tout le moins, la nature de l’exercice, en envoyant un cadre sur place », estime-t-il.

« Il y a un glissement, une dérive. On passe progressivement d’une activité de passage à gué, à une activité de natation avec équipements militaires, assimilable à une nage commando. Un exercice d’aguerrissement qui est le rôle des officiers, pas des élèves », précise Maître Le Mintier.

Le procès a été renvoyé à plusieurs reprises : problème de disponibilités d’avocats, de prévenus dont certains participaient à des opérations extérieures, crise sanitaire… Cette fois-ci, aucune demande de renvoi.

Les prévenus encourent jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amendes. L’armée, de son côté, leur a infligé des sanctions disciplinaires : de 10 à 15 jours d’arrêt.

 
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