"On est tellement heureux d'être ici ! " Témoignage d'une famille afghane de retour à Rennes

Bloqués à Kaboul depuis la prise de pouvoir des talibans le 15 août dernier, Sher Akbar Shirzhad et sa famille étaient dans le premier vol d'évacuation de ressortissants étrangers du 9 septembre dernier. Ils sont de retour à Rennes depuis ce lundi 13 septembre, immensément soulagés.

Sher Akbar Shirzhad a fui l'Afghanistan il y a une trentaine d'années. Son pays était alors occupé par les troupes soviétiques et sa vie était menacée. Réfugié à Rennes, il a depuis obtenu la nationalité française et travaille dans le bâtiment.

Depuis la fin de la première prise de pouvoir des talibans en Afghanistan en 2001, Sher Akbar Shirzhad retourne chaque année dans son pays d'origine. Il s'y est marié en 2006 et y a eu quatre enfants aujourd'hui âgés de 13, 11, 8 et presque 5 ans. Deux filles et deux garçons.



Cela fait plusieurs années qu'il se démène pour faire venir sa famille en France. Ce 17 juillet 2021, il est arrivé à Kaboul avec tous les documents prouvant la nationalité française de ses enfants, et devait être reçu à l'ambassade de France à Kaboul. Mais celle-ci a fermé, les talibans ont pris Kaboul, et Sher Akbhar Shirzad et sa famille se sont retrouvés bloqués là, comme 25 autres familles rennaises.

Evacués vers le Qatar le 9 septembre

"Partout dans la rue il y avait des talibans en armes, c'était terrifiant. Trois fois, je suis allé à l'aéroport dans la foule pour essayer de trouver une solution pour quitter le pays. Les talibans nous tapaient à coups de bâtons sur le dos pour nous disperser. Alors j'ai arrêté d'y aller, heureuseument sinon j'aurais été pris dans l'attentat." se souvient Sher Akbhar Shirzad.

Grâce notamment à l'aide précieuse d'amis vivant à Vezin-le-Coquet dans l'agglomération rennaise, Sher Akbhar Shirzad, sa femme et leurs quatre enfants ont pu embarquer le 9 septembre sur le vol affreté par l'émirat qatari. 49 ressortissants français, dont une autre famille rennaise, ont ainsi été évacués à Doha avant de rejoindre la France.

De retour à Rennes

Depuis leur arrivée à Rennes le 13 septembre, Sher Akbhar Shirzad multiplie les démarches administratives, pour scolariser ses enfants, trouver un logement plus grand que son actuel deux pièces, et obtenir le statut de réfugiée politique à son épouse. Même si c'est complexe, tous sont heureux et soulagés d'être ici : "Avant ma femme pouvait sortir librement, mes filles allaient à l'école. Tout d'un coup tout ça était devenu impossible. Les talibans nous font vivre comme des prisonniers " raconte Sher Akbhar Shirzad.

Des familles toujours en danger

Une vingtaine de familles rennaises, dont de nombreux enfants qui n'ont pas pu faire leur rentrée, sont toujours bloquées en Afghanistan et espèrent chaque jour l'appel de la cellule de crise du ministère des affaires étrangères qui leur annoncera leur évacuation.

Et tous les membres de la communauté afghane ont encore de la famille qui vit là-bas, sous la menace des talibans. Les deux frères de Sher Akbhar Shirzad, et les trois frères de son épouse, recherchés par les talibans, se cachent. "On demande l'asile pour eux. C'est la solution dont on rêve."

Les talibans, une nouvelle force d'occupation étrangère

Après l'empire britannique, l'Union Soviétique, le premier régime taliban, puis les forces américaines, Sher Akbhar Shirzad voit dans ce nouveau régime taliban une énième occupation étrangère de son pays : "La plupart des talibans que j'ai vus portaient les vêtements traditionnels afghans, mais ils ne parlaient pas la langue, c'étaient des Pakistanais." déplore-t-il.
 

Malgré cette histoire chaotique qui se répète, Sher Akbhar Shirzad espère connaître un jour son pays d'origine en paix.

 

 

 

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