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Coupe du Monde : “Parler de contrats professionnels pour les joueuses de football, c'est une hérésie”, Mélissa Plaza

Melissa Plaza ex-joueuse de football milite pour l'égalité dans le sport / © France 3 Bretagne
Melissa Plaza ex-joueuse de football milite pour l'égalité dans le sport / © France 3 Bretagne

Ex-joueuse de football professionnelle passée par la Roche-sur-Yon, Montpellier, Lyon et Guingamp, Mélissa Plaza occupe désormais un autre terrain : celui de l'égalité dans le sport. Alors que la Coupe du monde féminine de football débute, cette question se pose plus que jamais. 

Par E.C et S.G


Ex-footballeuse professionnelle, auteure de "Pas pour les filles ?", Mélissa Plaza tacle désormais les inégalités. Elle en a même fait son sujet de thèse en psychologie sociale, une recherche autour des stéréotypes de genre dans le sport. "Nous sommes dans une société patriarcale depuis très longtemps. Le sport a été inventé par et pour les hommes, comme un exercice d’expression de la virilité et de la masculinité. Par conséquent, en tout premier lieu, les femmes en ont été totalement exclues. À l’époque où l’on a intégré les femmes dans le sport, on ne les a intégrées que dans certaines disciplines, qui étaient jugées naturalistes, hygiénistes, et qui permettaient de ne pas compromettre ni leur féminité, ni leur fécondité, c’est le cas de la gymnastique."
 

"La Coupe du monde de football masque des réalités plus tristes"


Alors que la Coupe du monde féminine de football s'apprête à débuter, bien plus médiatisée qu'à une certaine époque, Mélissa Plaza invite à la prudence "J'aime à croire que cette médiatisation soit positive. Il y a plein de signes encourageants mais cela masque d'autres réalités plus tristes." Dans les faits, la division 1 n'emploie que très peu de joueuses à temps complet et qui peuvent vivre de leur sport."On est en D1, dans un championnat à deux voire trois vitesses" souligne-t-elle. "Elles occupent un double emploi, certaines gagnent à peine le SMIC en cumulant deux boulots." 

La question du salaire se pose avec la Coupe du Monde. Les joueuses toucheront des primes dix fois moins élevées que leurs acolytes masculins. Le ballon d'or et joueuse de l'OL Ada Hegerberg ne participe pas à cette coupe pour dénoncer ces inégalités. 

Elle rappelle que de parler de contrat professionnel est une hérésie à propos des joueuses "il s'agit de contrats fédéraux, rattachés à la ligue amateur. Il faut changer ça." 

Dix ans après son passage sur les terrains, elle estime que "cela ne va pas mieux. La situation est plus insidieuse." "Quand vous entendez les filles de l'équipe de France se justifier d'être coquette. On sent cette injonction à la féminité nécessaire. On n'est pas médiatisées parce qu'on a seulement du talent. On est médiatisées parce qu'on est jolie et qu'on a du talent." 


Les sportives sont toujours remises en question, sur leur identité de femme, basée notamment sur leur corps. Elle évoque le cas de l'athlète sud africaine et hyperandrogène Caster Semenya. Jugée trop "masculine", le réglement de la Fédération internationale d'athlétisme impose qu'elle prenne des médicaments pour faire diminuer son taux de testostérone. Le Tribunal arbitral du sport a conforté cette prise de position. Caster Semenya a fait appel soulignant "Je suis une femme et une athlète de classe mondiale. L’IAAF ne me droguera pas ou ne m’empêchera pas d’être ce que je suis." 


Pour Mélissa Plaza, cette histoire est symptomatique : "La question reste la même finalement : toutes ces femmes qui performent à haut niveau, qui s’engagent dans une pratique sportive intensive, et qui modifient leur corps à leur guise, à leur convenance pour être performantes, sont remises en question sur leur identité de femme." Elle s'insurge du fait que Caster Semenya soit une nouvelle fois interdite de compétition, à moins qu’elle ne se fasse injecter des œstrogènes. "Cela ne gêne personne en 2019 qu’on puisse tenir des propos comme ça et avoir des interdictions comme ça. C’est fou en fait."


"Il faut éduquer partout"


Pour Mélissa Plaza, l'éducation est primordiale. C'est elle qui rebattra les cartes. "On n’est clairement pas dans une culture où l’égalité est en jeu. C’est important car elle devrait figurer dans tous les programmes scolaires, dans tous les programmes sportifs, avec des modules dans tous les diplômes d’État sportifs ou non. Et pour l’instant ce n’est pas le cas."

"Les stéréotypes sont inconscients, ils nous animent au quotidien, et cela nous influence dans tous nos comportements, dans tous nos choix, et c’est ça qui est très compliqué."
 

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