Réforme des retraites. Au tribunal, les audiences s'enchaînent après les violences lors des manifestations sauvages

Au tribunal de Rennes, les comparutions immédiates s'enchaînent après les violences en marge des manifestations contre la réforme des retraites. "La justice est sous pression. Ce n’est plus le droit qui l’emporte mais le maintien de l’ordre” affirme un avocat de permanence. Récit.

“En ce moment, des affaires comme celle-là, il y en a énormément… C’est à ne plus finir “ soupire l’avocat de permanence au tribunal judiciaire de Rennes. Le client de Maître Dembele sort tout juste de son audience et raccompagne son client. Grand, athlétique, vêtu d’un bas de survêtement noir et d’une veste kaki, l’homme a été jugé pour un feu de poubelle devant le Théâtre de Rennes dans la soirée du 22 mars après une assemblée générale du collectif Maison du peuple

Poursuivi pour feu de poubelle

Arrêté par des policiers qui observaient la scène, il assure devant la cour être innocent. “C’est une incompréhension. Je n’ai rien fait. C’est une erreur complète, je suis abasourdi ”.

Pour la procureure, l'erreur tient surtout à sa présence dans un rassemblement dont le prétexte est de détruire. “Ces gens ne manifestent pas. Manifester ce n’est pas brûler le mobilier urbain, casser l’outil de travail des commerçants et obliger les agents de la collectivité à tout nettoyer.”

Ces gens ne manifestent pas. Manifester ce n’est pas brûler le mobilier urbain.

La procureure

À Rennes comme à Paris, Bordeaux ou d’autres grandes villes, la tension en marge des manifestations contre la réforme des retraites poussent des groupes à saccager des agences immobilières, hôtels, et mettre le feu sur leur passage. Les heurts avec les forces de l’ordre sont violents. Les arrestations nombreuses. 

Lire : Maison du peuple : "Avec ce collectif, j'ose bloquer la rocade et les ronds-points"

Les policiers décrivent un homme habillé en noir avec des baskets. C'est une tenue vestimentaire banale. D'autres que mon client s'habillent comme cela."

Maître Fadigui Dembélé

Pour l’avocat, rien ne prouve que son client a bien mis le feu à cette poubelle. “Les policiers peuvent se tromper. C’est parole contre parole. Ils décrivent quelqu’un habillé en noir avec des baskets. Avouez que c’est une description vestimentaire assez banale. D'autres que mon client s'habillent comme cela.” Pour Maître Dembele, “Madame le procureur veut lancer un signal fort, mais il faut respecter le principe de présomption d’innocence”

Madame le procureur veut lancer un signal fort

Maître Fadigui Dembélé

Pour le conseil, après 48 heures de garde à vue, son client “a bien compris le message, et se tiendra à carreau”.

Après délibération, pour ce feu de poubelle effectué par un fumigène, le tribunal condamne l’homme à 4 mois de prison avec sursis et 29 euros plus les frais de justice. Les 29 euros seront pour la ville de Rennes, partie civile, qui porte plainte pour dégradation. Ce montant représente le prix d’une nouvelle poubelle.  

Une justice sous pression

Pour Mê Dembélé, “combattre une injustice par une autre injustice est une faute”. Lui qui plaide beaucoup d’affaires comme celle-ci depuis le début du mouvement social, l’affirme : la justice est sous pression. Ce n’est plus le droit qui l’emporte mais le maintien de l’ordre”.

durée de la vidéo : 00h00mn40s
Maitre Fadigui Dembélé, avocat d'une personne poursuivie pour dégradation en marge des manifestations contre la réforme des retraites ©Benoit Thibaut - France Télévisions

À la sortie de l’audience, le condamné étourdi par la sentence salue la juge. “Bonne fin de journée” répond-il à l’annonce de sa remise en liberté. 

Une seconde audience démarre. De nouveau, un jeune homme est poursuivi pour violence et outrage lors de la manifestation du 22 mars à Rennes. Ce sera la troisième affaire de ce type au tribunal dans l'après-midi.