Rennes : "Nous, nageurs, on ne prend pas de jet pour aller en compétition !" Amertume au bord des piscines

Coûts du gaz et de l'électricité obligent, la ville de Rennes a décidé de baisser la température de l'eau de ses piscines : 26°C pour les bassins intérieurs, 24°C pour le bassin nordique de Bréquigny. Une baisse qui a des répercussions sur l'entraînement des nageurs de haut niveau. Des sportifs qui oscillent entre agacement et inquiétude.

"Je les mets au défi d'aller dans une eau à 26 voire 24 degrés à 6h du matin !"  L'amertume est palpable au bord des bassins rennais depuis que la ville a décidé d'en baisser les températures. Tous les matins, et tous les après-midis, les sportifs de haut niveau y enchaînent les longueurs, durant près de deux heures.

"Tout est compromis..."

Sauf que pour des raisons d'économie, la Ville de Rennes a donc pris un certain nombre de mesures, dont la baisse d'un degré supplémentaire dans les bassins intérieurs. 26 degrés annoncés. Cela descendra à 24°C pour le bassin nordique de Bréquigny. C'est la préconisation minimale de l'Agence Régionale de Santé.

"C'est compliqué !, réagit Mathias Even, qui nage comme les autres plus de 20 heures par semaine.  On est tous les jours dans l'eau, souffle le jeune homme dépité. On est une quinzaine à avoir des objectifs..."

Le Morbihannais de 22 ans marque un temps de pause, la gorge serrée. Il a mis ses études entre parenthèses pour tenter d'atteindre son objectif : participer aux Jeux olympiques et paralympiques qui se dérouleront en 2024 à Paris. "Mais là, tout est compromis..."

"Trop froid pour mettre de l'intensité"

"Des poules mouillées, ces nageurs ?" Une nouvelle fois, les railleries vont bon train sur les réseaux sociaux : "Ils font comment ceux qui ce baignent H24 et 365 jours par ans à St Malo ? L’eau est a combien ?" Dans le contexte de réchauffement climatique, beaucoup d'internautes s'offusquent  : "Allez dans les rivières - mettez une combinaison -- ridicule de chauffer des bassins sans toit, sans isolation -- de laisser des lumières partout..."

"Moins de 26°C, c'est une température acceptable, mais pas optimale" rétorque Mathieu Burban, l'entraîneur du pôle espoirs. "Les nageurs de haut niveau auront trop froid pour mettre de l'intensité dans leurs mouvements" poursuit celui qui a développé pour chacun de ses 18 nageurs un programme bien précis.

Selon lui, la température optimale pour un entraînement sportif se situe entre 27,5°C et 28,5°C. "A 24°C,  je ne peux pas les laisser plus de dix minutes. On ne pourra jamais faire de temps calme à cette température ! Ils seront incapables de faire ce qui est préconisé à l'entraînement... Si rien ne change je vais devoir réduire la durée des entraînements."

"C'est maintenant qu'il faut nager !" 

Une modification qui peut avoir de lourdes conséquences pour ces sportifs qui ont des ambitions. Parmi eux figure par exemple Anaëlle Roulet, la vice-championne du monde  qui vit depuis des mois avec un objectif en tête : "Y a les Jeux olympiques dans un an et demi. Anaëlle est médaillable aux Jeux de Paris... Sa prépa, comme celle de la quinzaine d'athlètes qui sont dans les meilleurs nationaux, risque d'être amputée. On va devoir faire du bricolage !..." se désespère Mathieu Burban.

"C'est maintenant qu'il faut que je nage ! complète Mathias qui espère bien se qualifier au moins pour le relais olympique parisien. "Deux ans ça passe vite... Moi j'avais prévu de reprendre mes études en 2024, après les JO. En France, on se plaint toujours qu'on n'a pas de niveau, mais on ne nous donne pas les moyens !"

"Cherchons des solutions ensemble !'

"Je suis d'accord que chacun doit faire des efforts à son échelle, complète le jeune nageur originaire du pays de Loudéac. Mais comment expliquer dans ce cas, que la Coupe du Monde de Football ait lieu au Qatar ? Nous, nageurs, on n'est pas pire que les footballeurs, on ne prend pas des jets pour aller en compétition !..."

L'entraîneur salarié du Cercle Paul Bert comprend lui aussi l'argument financier qui pousse la ville à baisser ses dépenses, mais il déplore la façon de procéder : "Sans aucune consultation et sans aucune recherche de compromis !"

"On est tout à fait capables d'entendre qu'il faut faire des restrictions" poursuit Mathieu Burban. "Mais cherchons ensemble des solutions." Et l'entraîneur de s'appuyer notamment sur les exemples d'autres municipalités comme Chartres-de-Bretagne ou Douarnenez qui chauffe au bois. "Peut-être faut-il repenser la construction de nos piscines... C'est une question sur laquelle nous devons nous pencher ensemble !"

En attendant, la Ville de Rennes a aussi décidé de fermer les piscines de Villejean et Saint-Georges pendant les vacances de Noël, de février et de printemps. Soit 6 semaines au total. Ce qui ne risque pas d'arranger les calendriers des 48 associations qui travaillent dans les bassins rennais.

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