Un adolescent responsable de centaines de fausses alertes à la bombe : “pour lui c’est juste un clic, il ne se rend pas compte”

Un adolescent de 13 ans a avoué être responsable de nombreuses alertes à la bombe. Il dit avoir agi par “jeu”. Plusieurs centaines de menaces sur tout le territoire pourraient lui être imputées. Un expert en cybersécurité dissèque son procédé.

Un jeune adolescent, un collégien vivant à Laval, a été interpellé et mis en garde à vue dans le cadre d’une enquête sur les très nombreuses alertes à la bombe qui ont fait l’actualité durant la fin d’année 2023.

Ce jeune garçon de 13 ans a reconnu être l’auteur de plusieurs centaines de menaces de mort envoyées par mail sur l’ensemble du territoire national envers des tribunaux, des aéroports, des universités, des écoles détaille Philippe Astruc, en charge de ce dossier.

Une technologie internet accessible à tous

Le procureur de Rennes précise que l’adolescent utilisait un VPN étranger ce qui a imposé d’activer une coopération internationale pour l’identifier.

“Le VPN est une technologie à la portée de tous. C’est très simple, il faut deux clics pour la mettre en place sur son propre ordinateur et ensuite cela prend du temps pour vous retrouver” assure un expert en cybersécurité.

Gwenn Feuntenn est le président du groupe ACCEIS qui travaille à la sécurité sur internet pour des ministères, des banques et des assurances. “Le VPN est une solution qui s’achète sur internet pour contourner les règles numériques d’un pays”. Concrètement, vous voulez regarder ou télécharger illégalement des vidéos présentes dans un autre pays ou sur une plateforme de streaming étrangère ? Un VPN vous permet de changer l’adresse de votre box internet et d’y avoir accès discrètement.

Lire : Une quatrième alerte à la bombe en huit jours au lycée Emile Zola à Rennes

Car chaque ordinateur connecté à internet est tracé. Un VPN permet de faire croire que votre adresse d’ordinateur est issue d’un autre pays. “De nombreux youtubeurs font des publicités pour des VPN étrangers. Les jeunes s’y intéressent pour masquer leurs traces sur la toile.”


L’usage principal est anodin mais “cela peut être utilisé pour effectuer des actes malveillants” glisse Gwenn Feuntenn. “On peut toujours remonter à la source de l’ordinateur responsable d’un message. Mais cela prend du temps.”


Surtout qu’un VPN étranger peut être relié à un autre VPN et ainsi de suite. Pour remonter à l’auteur d’un message, “il faut demander au fournisseur d’accès internet du VPN pour avoir des informations. Puis ensuite, il faut se rapprocher du fournisseur d’accès internet de l’utilisateur.” Pour franchir toutes ces étapes, il faut passer par des demandes judiciaires. “Un temps long” assure l’expert en sécurité.

Un simple "jeu"


L’adolescent a avoué avoir agi par “jeu” exprime le procureur de la République. “Derrière des écrans, il y a une abstraction, une distanciation de la réalité” fait valoir Gwenn Feunteun. 


Le président ACCEIS n’est pas surpris qu’au moment d’envoyer ses fausses alertes à la bombe, le jeune adolescent pense faire une simple blague. “Pour beaucoup d’internautes, il s’agit d’un simple clic. Ils ne se rendent pas compte que cela va perturber une organisation. Que cela va demander l’intervention des forces de l’ordre, du déminage. Ils ne se rendent pas compte de la portée de leurs actes. Pour eux c’est virtuel”.

Lire : Alerte à la bombe. Il voulait éviter un cours de français. Un jeune de 15 ans mis en examen


Le retour à la réalité est violent. Les parents de l’adolescent et son frère ont été mis en garde à vue. Après auditions, seul le jeune homme de 13 ans est poursuivi pour “menaces de mort, divulgation d’information fausse afin de faire croire à une destruction dangereuse et tentative d’extorsion par violence”. Des faits passibles de 7 ans d’emprisonnement.

Victime de troubles


Les premiers éléments de l’enquête semblent indiquer que le jeune garçon “paraît souffrir de troubles importants de la personnalité”. 

Cet adolescent est le 3e mineur identifié par les forces de l’ordre lors des enquêtes sur les fausses alertes à la bombe ayant perturbé la tranquillité publique en Bretagne. Une personne majeure a également été reconnue responsable.

Lire : Alerte à la bombe dans les lycées. Jeunes motivés par le djihad, risque de déstabilisation : le regard d’un expert en cybersécurité

Parmi les faits qui sont reprochés à l’adolescent on peut retrouver : les alertes à la bombe de l’aéroport de Rennes-Saint-Jacques, de l’aéroport de Hyères-Toulon, de Ouest-France du 31 décembre 2023. Les alertes à la gare de Rennes et à l’INSA les 8 et 10 janvier 2024.

avec Gilles Le Morvan