Une expérience insolite, ou comment j'ai dû “veiller” sur Rennes

ma veille, perché sur le toit d'un immeuble, mercredi 28 novembre / © @ Frédérique Niobey
ma veille, perché sur le toit d'un immeuble, mercredi 28 novembre / © @ Frédérique Niobey

Une heure passée perché au dessus de la ville, à l'heure où le soleil se lève, à veiller sur Rennes et leurs habitants. Une chorégraphie insolite et généreuse. Ou comment je suis devenu "veilleur" d'un jour.

Par Stéphane Grammont

A l'heure où vous lisez ces lignes, il y a peut-être quelqu'un perché au 8ème étage d'un immeuble du centre de Rennes. Dans un abri de veille, visible par tous, il scrute la ville au lever ou au coucher du soleil. Ce mercredi 28, c'était moi.

Je devais commencer ma veille à 8h33. Pour une heure, jusqu'à 9h33, éphéméride à l'appui. C'est l'heure à laquelle se soleil se lève sur la ville. J'ai pris mon tour dans une longue chaîne de 729 "veilleurs", habitants anonymes de la ville et de ses alentours. Tous les jours de l'année, du 30 septembre 2012 au 29 septembre 2013, le matin, puis le soir, un veilleur assure son quart au lever et au coucher du soleil. Il se tient debout, alerte, dans un abri de veille, nid d'aigle translucide posé sur le toit d'un immeuble de huit étages. Vue plongeante sur la l'Esplanade du général de Gaulle. Au nord, les toits d'ardoise, au sud, les immeubles des années 70.

D'abord, j'ai eu un léger sentiment de vertige. Puis, assez rapidement, je me suis approché de l'épaisse vitre de plexiglas. Une posture droite, engagée, concentrée. J'avais été préparé par un atelier au siège du festival des Tombées de la Nuit, qui a initié cette chorégraphie insolite de Joanne Leighton. "C'est une chorégraphie parce qu'il y a cette chaîne humaine, ses postures, un mouvement que l'on forme ensemble tout au long de l'année" nous avait-on expliqué. Ce matin, j'ai surtout une petite douleur aux lombaires qui pointe.

Malgré tout, je m'attache au décor, encore dans la pénombre du matin. Les bâtiments familiers prennent leur vraie dimension. Comme au Monopoly, un hôtel vaut plus qu'une maison. Celui des impôts est beaucoup plus vaste qu'on le croit. Je souris. A mes pieds les contribuables sortent du métro, prennent un journal gratuit. Peu le lisent. Dans ce petit peuple de Légo, je me rends compte que beaucoup veillent sur nous. Policiers, quoi qu'on en pense, balayeurs, agents des vélos en libre service, des gars en nacelle qui changent l'affiche grand format du cinéma. Amusons-nous sans soucis.

Je vois le soleil frapper de ses premiers rayons... les fenêtres des cellules de la "prison des femmes". Je fais un point météo. Vent frais de nord-est. Il ne pleuvra pas, mais il va faire froid.

L'intérieur de l'abri de veille, dessiné par Benjamin Tovo et Nounja Jamil sent le frais, le bois brut. Il est chaud. Je dois veiller sur les Rennais, mais c'est moi qui me sens bien. Je me sens en sécurité, intouchable, super-héros malgré des lombaires qui se plaignent.

Toutes ses pensées, ses impressions, je les consignerai à la fin de l'heure écoulée. Je retrouverai Frédérique, mon accompagnatrice, et devant un café je remplirai quelques lignes d'un cahier avec mon expérience unique. La décrire plus longuement serait présomptueux, je devine que chacun à la sienne. Le calendrier des veilleurs est bien rempli. A chaque veilleur, son heure, et un petit mot. Julien voit la ville "comme une maquette", Brigitte a "pensé aussi à tous ceux qui commençaient leur vie aujourd'hui à Rennes, et tous ceux qui la finissaient... Ça fait combien de personnes?". "Je regarderais demain dans le journal" écrit-elle. La veille nous élève, à plus d'un titre.

Dans ce mouvement, abstrait, les idées se posent. Comme en écho à mes réflexions sur le service publique, le service gratuit, l'entraide, un blog alimenté par le collectif de journaliste Objectif Plume vient interroger la veille dans tous ces états. Veiller un malade, un mourant, surveiller, attendre, prévenir, éduquer. Une certaine idée de notre ville, de notre vie, prend forme.

Pratique

INSCRIPTIONS VEILLEURS
Le projet les Veilleurs affiche complet, certes, mais une liste d’attente est en cours. Surtout pour vous, qui n'auriez jamais imaginé faire une chose pareille. Vous pouvez laisser vos coordonnées à cette adresse:  lesveilleursderennes@lestombeesdelanuit.com (nom/prénom/téléphone mobile de préférence/adresse mail ainsi que la date et l’heure de la veille souhaitée). En cas de désistement, l'équipe des Tombées de la Nuit pourra vous contacter. 

INSCRIPTIONS ACCOMPAGNATEURS

Si toutes les veilles sont pourvues, il reste encore des places pour devenir accompagnateur de veilleurs…Envoyez vos disponibilités : 
Les tombées de la nuit / Célie AUGE et Florie GILLES / T 02 99 32 56 59 / 

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