VIDÉO. "On a laissé la mort s'effacer de nos vies". Quand l'art peut aider à accepter la disparition d'un proche

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Le deuil ne signifie pas tomber dans l'oubli. Le documentaire « De sel, de cendres et de souvenirs » interroge notre rapport à la mort et à la façon dont on appréhende le déchirement et la souffrance. Sa réalisatrice, Julie Grossetête nous emmène à la rencontre de trois personnages, pour qui l'art a été d'une grande aide pour traverser l'épreuve de la mort.

Marina, Christine et Motoi, ont perdu une mère, un frère, une sœur, un grand-père, un membre important de leur famille. Pour ne pas laisser leurs proches disparus tomber dans l'oubli, ils ont choisi de vivre leur deuil en harmonie avec leur quotidien. 

Chacun d'eux a choisi de faire son deuil à travers une activité créative et vivante, afin d'abolir la barrière entre les vivants et les morts.

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Des deuils douloureux, apaisés par la créativité

Marina s’entoure d’objets qui font partie intégrante de sa vie. "J'arrive même plus à savoir à qui ils appartenaient, tellement tout est eux " dit-elle en faisant le tour de sa maison, remplie de souvenirs. Sa mère est la personne dont la mort l'a le plus marquée, mais contrairement à son père et son grand-père, c'est la personne dont elle parle le moins. Comédienne et metteur en scène, elle s'est plongée dans l'histoire des objets qui racontent.

Les objets sont comme une distance. L'émotion est moins présente.

Marina, metteur en scène, comédienne

Seule en scène avec ses objets, elle raconte l'histoire de "pépé bernique". Pépé bernique, c’est son grand-père. "À sa mort, j’ai eu envie de parler de notre relation, de ce lien qui m'a rempli, guidé, construit ".

Son théâtre d’objets met en scène, avec humour et créativité, la relation entre une petite fille qui grandit, et un grand-père qui vieillit.

La photo, pour figer l'instant, dans l'éternité

Photographe de guerre, Christine Spengler a choisi "le deuil du monde" confesse-t-elle. Correspondante de guerre, au Niger, au Tchad, à Saïgon, en Irlande, elle se sentait ainsi en osmose avec les mères, sœurs, épouses, veuves de martyrs qui ont perdu leurs maris, leurs frères, leurs pères, leurs enfants, dans la guerre. Avec la photo, je pouvais "figer l'instant pour l'éternité" dit-elle.

Mais ces photos, en noir et blanc, cachent ses blessures personnelles.

Quand son frère s'est suicidé, Christine a été anéantie. Alors, avec l'espoir de le rejoindre plus vite, elle a fui dans tous les conflits de guerre. 

Proche de se donner la mort, ses amis lui conseillent de suivre une psychanalyse. " Mais la mort n’a pas voulu de moi", dit-elle, car la psychologue l'interpelle : 

"Mademoiselle, vous qui prétendez avoir tellement aimé votre jeune frère, ne vous rendez-vous pas compte que vous le tuerez une seconde fois si vous disparaissez à jamais ? ".

Elle se lance alors dans la photo montage, en couleur cette fois, pour enluminer les photos des défunts, pour les ramener à la vie. 

D’avoir enluminé les photos de ma famille défunte, en photos couleurs, je les ai ramenés à la vie. Comme vivants, parfois même, je leur parle.

Christine Spengler

Les rituels, une appropriation du deuil

Au Japon, on plonge dans un "ailleurs" témoigne Julie Grossetête, réalisatrice, "car les cimetières y ont une tout autre place et la mort est vécue d'une manière très poétique et singulière".

Au Japon, les sépultures sont au cœur de la ville. Alors qu'en France, on a laissé peu à peu la mort s'effacer de nos vies.

Julie Grossetête

Réalisatrice "De sel, de cendres et de souvenirs"

Au Japon, il vit, Motoi, depuis la mort de sa femme, pratique des rituels avec sa fille, âgée de sept ans. Ils s'imposent des règles. Les photos recouvrent les murs, les repas sont servis à l'hôtel, pour que "maman" partage leur quotidien.

Les cheveux longs de sa fille symbolisent aussi les souvenirs de la maman disparue. Pourtant, "Petits à petits, il faut s'en détacher, pour aller de l'avant " confie Motoi. Alors, ensemble, ils raccourcissent la coupe, une façon de s'approprier le deuil en marche.

Tous les matins, on lui dit bonjour et le soir, nous lui souhaitons bonne nuit.

Motoi et sa fille

Motoi est aussi un artiste. Il a commencé ses créations à la mort de sa petite sœur, décédée d'un cancer. Ses dessins de sel représentent le cœur de la mémoire. "Mon projet est de créer des vagues de souvenirs. C'est une manière de revisiter la mémoire des êtres aimés", dit-il. 

 

Je continuerai mon art jusqu'à ce que mon corps ne me le permette plus en mémoire de ceux que j'ai aimés.

Motoi Yamamoto

Pour leur faire une vraie place dans la vie, Christine, Marina et Motoi, ont trouvé, grâce à la création artistique, le moyen d'entretenir la mémoire vivante de leurs êtres tant aimés. 

"De sel, de cendres et de souvenirs", un documentaire de Julie Grossetête à voir sur francetv.fr et sur France 3 Bretagne, le jeudi 2 novembre à 22 h 50.

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