Violences intrafamiliales en Ille-et-Vilaine : derrière la baisse des plaintes en zone police se cache une autre réalité

Avec le confinement, le nombre d’interventions pour violence conjugale ou violence familiale augmente partout en France. Mais paradoxalement, dans certaines zones, le nombre de plaintes, lui diminue. C’est le cas de celles couvertes par la Police Nationale d’Ille-et-Vilaine. 

François Angelini, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP)
François Angelini, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) © Stéphanie Labrousse

Une semaine après la mise en place du confinement, le ministère de l’Intérieur constatait une nette augmentation des violences conjugales et familiales. Une hausse de 32 % pour la gendarmerie, 36 % selon la Préfecture de police de Paris. Paradoxalement, en Ille-et-Vilaine, le nombre de plaintes diminuent en zone police. Des statistiques que François Angelini, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) d’Ille-et-Vilaine avance avec beaucoup de prudence.


Quel constat dressez-vous après un peu plus d’un mois de confinement en ce qui concerne les violences conjugales ?

"Contrairement à Paris ou dans les zones rurales où on constate, c’est vrai, une augmentation des faits en matière de violence intrafamiliales, dans les zones qui sont de notre ressort, le nombre de plainte a chuté de 50 % environ. Cette baisse est moins importante que celle de la délinquance générale du au confinement qui est de -70 %, mais on  est sur une même tendance. On n’est pas dupe pour autant, on sait que cela ne correspond certainement pas à la réalité. Le confinement, la promiscuité des familles, font qu’un certain nombre de plaintes ou de réclamations ne transparaît pas. C’est pourquoi il a été mis en place différents systèmes d’alertes tels quel le réseau des pharmaciens ou la possibilité d’envoyer des sms au 114".


Un dispositif d’alerte qu’il fallait donc adapter à cette situation du confinement ?

"L’objectif, c’est d’avoir d’autres moyens d’information que celui de la victime qui pourrait être contrariée dans son besoin de nous parler ou de nous alerter à cause de ce confinement qui la laisse en présence H 24 de son conjoint. Alerter, c’est fondamental. Il faut que l’information passe. C’est pour ça que tout un tas de dispositifs ont été montés, et au-delà des dispositifs étatiques ou mis en place par le parquet au niveau local. C’est pour ça aussi que nous avons lancé un appel à la vigilance des voisins, des amis qui, s'ils constatent ou entendent des choses, ne doivent pas le garder pour eux, mais se doivent de nous appeler en appelant le 17. Ces quatre dernières semaines, on a reçu 80 % d’appels supplémentaires alertant de violences intrafamiliales,  avec depuis une dizaine de jours une forte augmentation".


Ces résultats, ne sont-ils pas contradictoires avec la baisse de 50 % de plaintes constatés, comment l’expliquez-vous ?

"Comme je l’ai déjà expliqué, il y a certainement une part de violence intrafamiliale qui reste masquée, mais c’était le cas aussi par le passé. Le confinement n’a rien arrangé, c’est évident. Il a créé des tensions au sein des couples. Le nombre d’interventions est en hausse, sauf que pour 80 % d’entre elles, on ne constate pas de violence réelle. Des reproches, de fortes disputes, des prises à partie, mais pas de violence. Et le confinement a aussi créé plus de tensions de voisinage. Dans les appels que nous recevons, on a énormément de conflits de voisinage qui se sont rajoutés, aggravés ces derniers jours par la chaleur, et peut-être aussi par la consommation d’alcool abusive. Au final, dans plus de 80 % des cas, l’intervention se termine sans procédure, sans interpellation".


 
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