Violences policières : Reporters sans frontières dépose plainte avec 13 journalistes, dont un photographe rennais

Sept points de suture et une vue diminuée, conséquences d'un tir de grenade lacrymogène le 19/01/2019, selon Jean-Claude Moschetti photographe indépendant / © DR
Sept points de suture et une vue diminuée, conséquences d'un tir de grenade lacrymogène le 19/01/2019, selon Jean-Claude Moschetti photographe indépendant / © DR

Reporters sans frontières (RSF) a déposé plainte vendredi 20 décembre aux côtés de 13 journalistes s'estimant victimes de violences policières pendant les manifestations des Gilets jaunes, a annoncé l'ONG dans un communiqué.

Par T.P.


C'est auprès du parquet de Paris que RSF a déposé plainte contre X. La plainte vise des violences volontaires et atteintes aux biens commises par personnes dépositaires de l’autorité publique. Les faits s'étalent de novembre 2018 à mai 2019. De Lille à Paris ou Toulouse en passant par La Rochelle, les journalistes plaignants ont signalé avoir fait l’objet de violences alors qu’ils étaient parfaitement identifiables en tant que journalistes (casques et brassards), ne causaient aucun désordre et n’entravaient pas le travail de la police.
    
Parmi les 13 journalistes aux côtés desquels la plainte a été déposé, figure le photographe indépendant Jean-Claude Moschetti. Lors de "l'Acte X" des Gilets Jaunes, le 19 janvier 2019, il avait reçu un impact de grenade lacrymogène à l'oeil, suscitant une perte de vision partielle pendant plusieurs jours.
 

"Même si je n'en attends rien, ne rien faire n'est pas possible"


Près d'un an après avoir été blessé, Jean-Claude Moschetti dit ressentir toujours des douleurs à l'oeil le matin et le soir, et mettre contamment des lunettes pour travailler. Peu de temps après sa blessure, le photographe indépendant a déposé plainte auprès de la gendarmerie de son lieu de résidence à Bain-de-Bretagne près de Rennes. Il a été interrogé par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) mais attend toujours des suites ou des nouvelles de la justice concernant sa plainte.

"Je n'attends rien à titre personnel de cette plainte groupée avec RSF" explique-t-il. "Si ce n'est que cela serve à RSF". Le journaliste regrette que "l'on soit si peu nombreux à avoir répondu aux sollicitations de RSF" mais "ne rien faire n'est pas possible car il faut que l'on parle des violences policières".
 

"Des violences à sanctionner"


Parmi les 13 journalistes plaignants, le photographe Xavier Léoty avait eu le genou fracturé suite à un tir de LBD le 12 janvier 2019 à La Rochelle. La plupart de ces journalistes, dont Jean-Claude Moschetti, déclarent avoir été délibérément visés, comme le photographe Adrien Lévy-Cariès, matraqué le 1er décembre 2018 dans un restaurant près de l'Arc de Triomphe.

"Nous portons plainte aujourd'hui afin que ces violences soient sanctionnées et leurs auteurs condamnés", a déclaré dans le communiqué Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, 

"mais aussi pour amener les pouvoirs publics à revoir en profondeur la gestion du maintien de l'ordre dans les mouvements sociaux, pour qu'enfin les journalistes ne soient plus ciblés par certains fonctionnaires en charge du maintien de l'ordre". Et d'ajouter : "Les manifestations sont des évènements d’intérêt public qu’il incombe aux journalistes de couvrir pour rendre compte de la réalité du terrain. Il est donc inacceptable qu’ils soient victimes de violences de la part de membres des forces de l’ordre alors qu’ils ne font qu’exercer leur métier."

"Des journalistes et des photoreporters ont été violentés ou blessés dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions mais l’institution judiciaire ne semble pas s’en émouvoir. Cela est inadmissible", a avancé dans le communiqué Maître Emmanuel Daoud du cabinet Vigo qui représente les 13 journalistes et RSF. "La liberté d’information doit être protégée et la justice doit faire preuve de la plus grande célérité pour préserver l’exercice de cette liberté fondamentale".
 

Plusieurs dizaines de journalistes blessés


RSF avait dénombré au moins 54 cas de journalistes blessés durant les seuls six premiers mois de manifestations, dont 12 sérieusement par les forces de l'ordre. Plus de 350 médias et journalistes de terrain avaient dénoncé en mai dans une tribune des "multiples violences d'Etat" et demandé au gouvernement de prendre "les mesures nécessaires pour que les forces de l'ordre cessent" de les "harceler" et les laissent travailler "librement".

Emmanuel Macron avait alors promis que "des actions" seraient engagées pour sanctionner les violences policières délibérées contre des journalistes.
    
La France est aujourd’hui à la 32e place au classement mondial pour la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2019.
 

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