"Les vaches vivent dans une mare de lisier". L214 porte plainte pour "secourir en urgence" les animaux de cet élevage

Dans une nouvelle vidéo, l'association de défense animale L214 révèle "la situation catastrophique" d'un élevage bovin d'Ille-et-Vilaine. Elle pointe la responsabilité de l'État qui, selon elle, "n'agit pas assez dans le suivi et l'accompagnement d'une filière touchée par les difficultés économiques et donc à risque". Le retrait du troupeau de cet élevage a eu lieu ce 30 janvier 2024.

Sur les images, dévoilées par L214, des vaches et des veaux "qui s'enfoncent dans une mare de lisier pour accéder au peu de nourriture à leur disposition". L'eau qu'ils boivent est, selon l'association de défense animale, "croupie". "Certains n'ont pas survécu et sont ensevelis sous la boue, ajoute-t-elle. Les animaux vivent dans des parcs délabrés, sans litière et sans endroit sec pour se coucher".

Ces images ont été tournées dans un élevage bovin d'Ille-et-Vilaine, assure L214, laquelle a saisi le parquet de Saint-Malo "pour secourir les animaux de toute urgence afin qu'ils soient placés dans des refuges prêts à les accueillir". Elle a également déposé une plainte pour "abandon et mauvais traitement".

L'État dans le viseur de L214

L'association a saisi les services vétérinaires de la préfecture qui "avaient connaissance de la situation, affirme-t-elle. Ces conditions d'élevage perdurent depuis des années. Pourtant, il n'y a jamais eu de changement malgré les alertes répétées". Elle a donc publié une pétition à l'adresse de la préfecture d'Ille-et-Vilaine et du directeur de la DDPP 35 (direction départementale de la protection des populations).

L214 pointe la responsabilité de l'État et de ses actions qu'elle juge "insuffisantes" dans le suivi et l'accompagnement des élevages. "Et ce, précise-t-elle, dans une filière touchée par les difficultés économiques, donc à risque. Les élevages de bovins pour la production de viande affichent les revenus et le niveau de vie les plus faibles, toutes productions agricoles confondues" souligne-t-elle, statistiques de l'INSEE à l'appui.

"Comment peut-on laisser des animaux dans cet état en toute connaissance de cause quand on est en charge du contrôle des conditions d’élevage des animaux et de la vérification de la mise en œuvre de la réglementation ? La responsabilité de l'État est évidente" déclare Sébastien Arsac, cofondateur de L214. Il évoque le modèle agricole "dirigé par un seul objectif : la rentabilité économique. Un modèle qui broie les hommes et les animaux".

L'élevage plusieurs fois mis en demeure

La DDPP 35 explique de son côté que "les situations dégradées n'arrivent pas du jour au lendemain. Dans le cas de cet éleveur de Meillac, plusieurs mises en demeure lui ont été notifiées depuis 2021, assure Virshna Héng, directeur adjoint de la DDPP d'Ille-et-Vilaine. Elles indiquent précisément les actions qu'il doit mener pour corriger les anomalies que nous avons constatées et pour restaurer le bien-être animal. Nous lui avons laissé le temps de les mettre en place".

Retrait des animaux

L'OABA (Oeuvre d'assistance aux animaux d'abattoirs) s'est rendue sur place, ce 30 janvier 2024, afin de prendre en charge la soixantaine de bovins de cette exploitation d'Ille-et-Vilaine. L'association, dont la mission principale est le retrait de troupeaux en difficulté, intervient dans les élevages à la demande des services vétérinaires (DDPP).

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Comme ici, où l'opération de retrait est "complexe, dit l'OABA. Le contact avec l'éleveur est quasi impossible. Il est retranché chez lui". L'homme, âgé de 34 ans, a repris l'exploitation de ses parents et est confronté à des difficultés financières.

Cette intervention s'est déroulée sous l'autorité de la DDPP 35 et de la gendarmerie. La brigade animalière des pompiers d'Ille-et-Vilaine a également été mandatée pour la capture de certains bovins très agités et pour en anesthésier d'autres à distance car devenus trop sauvages pour se laisser approcher.

Une dizaine d'élevages en grande difficulté

En Ille-et-Vilaine, la DDPP estime à environ une dizaine les élevages en grande difficulté. "Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg, remarque le directeur adjoint du service. En dessous, on a des situations fragiles qui concernent une trentaine d'élevages".

Entre 20 et 30 mises en demeure, notamment sur la question du bien-être animal, sont actuellement prononcées dans le département. Virshna Héng souligne que la problématique du bien-être animal est l'une des thématiques relevées par les agents de la DDPP qui visitent les exploitations. "Il y a souvent plusieurs causes cumulées qui amènent à des mises en demeure, en plus du bien-être animal : l'absence de tenue des registres d'élevage ou encore la prophylaxie des animaux, par exemple".

Le directeur adjoint de la DDPP 35 rappelle que le retrait de cheptel est "le dernier recours. Malgré l'accompagnement dont il a bénéficié, cet éleveur n'a pas réussi à rebondir. C'est aussi un constat d'échec douloureux pour lui". Il ajoute que le jeune exploitant "a reconnu lui-même qu'il n'avait plus les ressources suffisantes pour faire face".

(Avec Myriam Thiébaut)

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