Saint-Malo : l’appel aux citoyens référents pour lutter contre l’insécurité fait polémique

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Écrit par Eric Nedjar

La ville de Saint-Malo veut faire appel à des citoyens référents. Des habitants volontaires qui seront les relais dans les quartiers de la police nationale ou municipale. Un appel a été lancé sur les réseaux sociaux. Les commentaires sont nombreux. 

À Saint-Malo, la municipalité a décidé d'adopter le dispositif Participation citoyenne. Mise en place en 2006 par l’Etat, il consiste à faire appel à des citoyens référents pour lutter contre les actes de délinquance et les incivilités d’un quartier ou d’une commune. Le 10 janvier, un appel à volontaires était lancé sur la page Facebook de la mairie. On peut y lire : "La ville de Saint-Malo est divisée en 16 quartiers dont celui de Paramé qui sera découpé en 2 secteurs ce qui nécessite par conséquent 17 référents pour couvrir l’ensemble du territoire malouin. " Il est également précisé que "le dispositif sera précisément défini par le biais d’une convention entre la commune et la préfecture."

Des craintes à ne pas balayer du revers de la main

Sitôt publié, l'appel a suscuté de nombreux commentaires. Pour beaucoup opposés au projet, dénonçant un "appel à la délation", "le retour des commissaires politiques", ou la "création de milices". Propos durs, voire extrêmes, quand sont évoquées "des périodes douloureuses", mais réactions prévisibles estime Anne Le Gagne, cheffe de file de l’opposition à Saint-Malo.

"L’idée de citoyens référents est ancienne. Saint-Malo l’avait prudemment stoppée ou abandonnée après des consultations auprès des comités de quartier. Nous regrettons le fond, la forme, la méthode, qui déclenchent et entretiennent, en effet, de fortes réactions. Nous-même avons souvent été interpellés en tant que conseillers municipaux", fait-elle savoir.

Pour plus de clarifications 

Aussi, sur sa page Facebook, les élus de l’opposition demandent : des clarifications sur le cadre général du dispositif, des précisions sur les méthodes et critères de sélection des référents, les limites de leurs missions, leur formation préalable, le suivi, le contrôle des remontées d’informations, et s’interrogent encore sur les moyens mis à la disposition des forces de police pour accomplir leur mission. "C’est un sujet important qui demande de la concertation . Il est hors de question de mettre en place un dispositif qui irait à l'encontre des libertés individuelles", prévient Anne Le Gagne. Et de proposer d'attendre la fin de la crise sanitaire pour relancer le projet.

Des débats reportés pour cause de Covid

En réponse aux interpellations de l’opposition, la municipalité tenait à rappeler que ce projet avait été annoncé de longue date dans son programme lors des dernières élections municipales, dans un courrier envoyé aux conseillers de l’opposition, en conseil et en commission municipale. Des réunions publiques étaient prévues, empêchées par la crise sanitaire. C’est pourquoi, dit-elle, son magazine municipal, les réseaux sociaux et la presse ont été privilégiés pour faire connaître cette initiative et lancer cet appel à candidature. 

"Nous entendons les interrogations soulevées par les Malouines et les Malouins et nous y répondrons dans la plus complète transparence. Dès que les mesures sanitaires le permettront, nous irons à la rencontre des Malouines et des Malouins", assure Florence Abadie, adjointe chargée de la sécurité. 

"Indigne et inacceptable"

Mais l’élue de la majorité se dit également révoltée de voir l’opposition relayer certains commentaires jugés inacceptables et publiés sur les réseaux sociaux. "Oser comparer la municipalité de Saint-Malo, son Maire Gilles Lurton, à ce que nous avons vécu pendant les heures les plus douloureuses de notre histoire, est tout simplement indigne et n’offre pas à notre Cité le débat politique qu’elle mérite", s’insurge-t-elle.

Moins de deux semaines après le lancement de l’appel, la ville a reçu une cinquantaine de candidatures de personnes issues de toutes les catégories sociales et de professions très variées. Les volontaires ont jusqu’au 31 janvier pour se faire connaître. À ce jour, plus de 5700 communes en France ont adopté ce dispositif.