Lettre aux élus bretons : un appel pour une" Bretagne résiliente, solidaire et vivante face aux crises"

Les tribunes pour penser le "monde d'après" ont fleuri depuis le confinement qui a été une sorte d'électrochoc. Les enjeux sont planétaires mais aussi locaux et régionaux. C'est ce qui motive la Lettre aux élu-e-s de Bretagne rédigée par près de 200 associations, personnalités et syndicats.

 

Une lettre pour "inventer la Bretagne de demain"
Une lettre pour "inventer la Bretagne de demain" © Muriel Le Morvan
L'intitulé de la lettre qui interpelle les élu-e-s bretons est explicite : les signataires veulent "une Bretagne résiliente, solidaire et vivante face aux crises" et, pour cela, ils demandent aux élus régionaux, départementaux et locaux "d'orienter dès maintenant les aides publiques vers les enjeux sociaux et climatiques". Pour se projeter sereinement dans l'avenir, il faut, selon eux, "renforcer les relocalisations et les coopérations au niveau régional et local."

 

Lettre aux élues et élus de Bretagne - 3 juin 2020




"Un coup de semonce"


"Cette crise dramatique et anxiogène nous interpelle tous, individuellement comme collectivement. Elle agit comme un coup de semonce." Les signataires introduisent humblement leur propos en se rangeant parmi les "interpelés", et pourtant, la plupart n'ont pas été vraiment surpris : citoyens, scientifiques, associations, syndicats, entreprises, ils font partie de ceux qui ont alerté, depuis des décennies pour certains, sur les risques que fait courir à l'Humanité notre mode de vie occidental.


Retrouvez la conférence de presse dans son intégralité ici.


Pourtant, ils ne veulent pas se poser en donneurs de leçons et s'inscrivent dans une démarche délibérément positive, se félicitant même de la réactivité des élus au fil de la crise, en citant par exemple la plate-forme des produits locaux initiée par la Région Bretagne : "C’est une très belle initiative pour nos collectivités territoriales bretonnes et leurs partenaires financiers que de s’engager pour soutenir les entreprises et les associations, de ne pas laisser nos concitoyens les plus fragiles basculer dans le chômage ou la précarité. La solidarité est un enjeu humain essentiel que nous soutenons avec enthousiasme."


"Une éco-conditionnalité nécessaire"


Mais il y a un sérieux bémol au satisfecit à l'heure du plan de relance : "Tout se passe comme si les leçons de la relance consécutive à la crise financière de 2008 n’avaient pas été tirées. Pire, la crise sanitaire relègue l’urgence climatique et écologique au second plan, alors même que toutes ces crises sont les symptômes d’un système économique destructeur des biens communs, nocif pour l’humanité et pour la planète."


"Changer de modèle"


Alors, à ceux qui détiennent une part de pouvoir à travers notamment des aides financières et des investissements, dans la remise en route de la société après cette hibernation forcée, les signataires "demandent de dire NON à une relance sans contreparties. La crise sanitaire renforce la nécessité d’agir collectivement pour changer le modèle socio-économique, sur la base des engagements climatiques et de solidarités renforcées. Nous vous proposons d’inventer et de mettre en place, ensemble, la Bretagne de demain".

Lors de la conférence de presse de présentation, le président de Fédération Bretagne Nature Environnement enfonce le clou en expliquant "qu'on ne peut plus mettre l'argent public n'importe où et n'importe comment, on ne peut plus consommer des terres pour l'urbanisation, il faut repenser l'aménagement du territoire".


"Inventer ensemble la Bretagne de demain"


Les initiateurs de ce courrier en appellent à la concertation et se mettent à la disposition des élus pour "inventer et  mettre en place, ensemble, la Bretagne de demain : bascarbone, humaine, sobre, vivante, riche en emplois comme en qualité de vie. La Breizh-Cop fixe d'ores et déjà cet horizon, il nous faut la renforcer..."
 

"Oser les ruptures"


Aller plus loin que les engagements de la Breizh-Cop, initiée par la région Bretagne, voilà l'objectif, car tous ces partenaires potentiels regrettent le caractère de "grande messe" de cette instance et réclament de réels espaces de négociation : " Il faut oser des ruptures, une grande transformation, et pour cela construire sur de nouvelles coopérations entre les humains et de nouvelles relations entre les humains et la nature."
 

"Avec les travailleurs et les citoyens pour une transition juste"


Et à la question du rôle du citoyen dans cette mutation : "Déjà par notre manière de consommer, en local, des produits de l'agriculture bio ou de l'agro-écologie, nous, citoyens, avons un rôle déterminant." Les signataires savent bien qu'ils s'attaquent là à du dur mais dans leur lettre aux élus, ils l'affirment : "La transition écologique est un impératif qui nécessite des changements dans nos modes de consommation, de déplacement et de production. Des changements qui doivent être accompagnés et se faire avec les travailleurs et les citoyens pour que cette transition soit juste".

Parmi les organisations signataires figurent plusieurs syndicats (voir la liste des signataires), qui partagent l'objectif d'une transition incontournable et veulent y être associés car certaines transformations d'emplois seront parfois compliquées.


"Un moment historique"


Jean-Luc Toullec n'hésite pas à dire que "le moment est historique, autant qu'à la création du Celib après-guerre" (Comité d'étude et de liaison des intérêts bretons). Au moment où des responsables politiques bretons veulent une "Assemblée de Bretagne" pour avoir plus de marge de manoeuvre, cette lettre les interpelle sur ce qu'ils font ou feraient de ce pouvoir élargi.  Depuis les années 50, le monde a changé, la Bretagne est confrontée à des problématiques différentes. Mais notre région a sa part à faire dans la transition globale, pour transmettre aux enfants une planète viable. Comme dit le poète breton Melaine Favennec : "L'Univers, ça commence là où je suis"



 
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