Lutter contre les plastiques dans les océans, une cause importante en Bretagne

Chaque année, plus de 8 millions de tonnes de plastiques sont déversées dans les océans. Depuis 2015, plus de 6,9 milliards de tonnes de déchets plastique ont été produites, mais seul  9 % ont été recyclés. En Bretagne, certains se mobilisent pour lutter contre ce fléau.
Cette photo prise le 2 juin 2018 montre un oiseau debout sur une plage couverte de déchets, dont de nombreux objets en plastique, dans la baie de Hann à Dakar.
Cette photo prise le 2 juin 2018 montre un oiseau debout sur une plage couverte de déchets, dont de nombreux objets en plastique, dans la baie de Hann à Dakar. © SEYLLOU / AFP
450 ans. C'est la durée moyenne pour qu'un plastique se dégrade dans la nature. En mer, sa durée de vie est quasiment infinie. 
La pollution plastique est l'un des fléaux de ce début de siècle, notamment dans les océans, où un septième continent de plastique s'est formé dans le Pacifique.

Et les choses ne vont pas en s'arrangeant : la production mondiale de plastique a connu une croissance exponentielle, passant de 2,3 millions de tonnes en 1950 à 162 millions en 1993 puis 448 millions en 2015.
 
Le plastique dans les océans, un fléau combattu en Bretagne

5 000 milliards de morceaux de plastique flottent déjà dans les océans.
 

La Bretagne se bouge

Depuis de nombreuses années, déjà, des associations et personnalités se mobilisent pour agir concrètement sur cette pollution. 
L'un des acteurs les plus connus est lorientais, il s'agit de la Fondation Tara OcéansAu total, Tara a avalé 375 000 milles nautiques, soit 7 tours du monde.

Lancée en 2003, la fondation envoie son bateau sur les océans dès 2006. Tara parcourt le globe pour améliorer les connaissances sur la situation du plastique en mer. Une première expédition l'emmena dans l'Arctique. 
Depuis 2014 et son expédition en Méditerrannée, ses membres étudient en particulier les microplastiques, et leur impact sur la biodiversité. 
 
En ce sens, ce travail de recherche est fortement soutenu par la région Bretagne.
L'an dernier, la goélette a passé six mois sur neufs fleuves européens, pour mieux comprendre les sources de l'arrivée de microplastiques dans les océans. Tout autour du continent, elle est intervenue sur la Tamise (Angleterre), l’Elbe et le Rhin (Allemagne), la Seine, la Loire, la Garonne et le Rhône (France), le Tage (Portugal), l’Èbre (Espagne) et le Tibre (Italie).
 

Quelques découvertes scientifiques

Des scientifiques sont montés à bord. Depuis le retour à quai le 23 novembre 2019, ils étudient les échantillons récoltés. Mikaël Kedzierski, chercheur à l'Institut de recherche Dupuy-de-Lôme à l'Université de Bretagne Sud, faisait partie de l'équipage sur quelques-uns de ces fleuves. 

Il rapporte quelques découvertes. Alors que l'on pensait que la majorité des plastiques se dégradaient en mer, "on s'est rendu compte que les plastiques se dégradent bien avant, en amont des estuaires" explique-t-il.
Et la part de pollution provenant des fleuves européens "est non-négligeable." Si les images les plus choquantes viennent d'Asie du Sud-est, l'Europe participe grandement à la pollution par les microplastiques. 
 
L'Institut de recherche Dupuy-de-Lôme travaille également à la recherche sur de nouveaux plastiques.
Stéphane Bruzaud est l'un des chercheurs les plus investis dans ce domaine. Depuis de nombreuses années, ses travaux permettent d'avancer vers "un plastique produit grâce à des matières premières végétales et non plus pétro-chimiques". En plus d'être d'origine végétale, "ces plastiques sont aussi biodégradables, surtout en milieu marin."

Cependant, une société sans plastique reste "inenvisageable, si on produit environ 450 millions de tonnes chaque année, c'est qu'il a une certaine utilité, notamment aujourd'hui dans ce contexte sanitaire où masques, blouses et charlottes sont produits en plastique." Le chercheur reconnaît que le plastique a des avantages, il faut maintenant réussir à le produite écologiquement.
 

Des projets d'envergure

Ailleurs en Bretagne, d'autres initiatives se font jour pour combattre le plastique en mer. 
Dans le monde de la course au large, de plus en plus de skippers se sensibilisent au vu de l'ampleur de la pollution lorsqu'ils sont en compétition à travers les océans du globe.

C'est le cas de Fabrice Amedeo. Le 8 juin 2020, il a installé une nouvelle sonde aux microplastiques sur son bateau. Il a pu la mettre en application cet été 2020 lors de la Vendée Arctique, course préparatoire au Vendée-Globe qui partira des Sables-d'Olonne en novembre.
"Aujourd'hui quand on est marin on ne peut plus faire comme si de rien était [...]  J'ai décidé de naviguer utilement et mettre mon bateau au service de la science," témoigne le skipper du Newrest | Art & Fenêtres.

Une fois revenu à terre, certains des filtres de la sonde sont récupérés par l'Ifremer de Brest. "On va avoir accès à des zones sur lesquelles on n'allait pas. Une sorte d'état des lieux sur une zone donnée, sur le temps de la course" détaille Catherine Dreanno, chercheuse à l'Ifremer. 
 
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Du côté de la Trinité-sur-Mer, l'association The Sea Cleaners s'attache aussi à s'impliquer dans cette lutte, à l'échelle mondiale. Elle aussi est à l'initiative d'un skipper de renom : Yvan Bourgnon. Le Franco-suisse de 49 ans s'investit depuis 2016 avec son association par le biais du projet "Manta".
Soit la construction d'un immense bateau usine qui a vocation à aller récolter les déchets plastiques directement en mer et les recycler à bord.

Le multicoque sera propulsé grâce aux énergies renouvelables et par la pyrolyse des déchets plastiques eux-mêmes. Aussi, les équipes de l'association se rendront aux embouchures des dix fleuves les plus pollués avec le Manta pour motiver les populations et pouvoirs locaux à protéger les océans. 

Le 19 septembre, c'est le "World Clean Up Day" de l'ONG éponyme, l'occasion pour chacun de mettre sa pierre à l'édifice de la lutte contre le plastique en mer. Des opérations de ramassages sont prévues le long du littoral breton, comme partout en France. 
 
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