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Bébés sans avant-bras: Santé Publique confirme un excès de cas à Guidel

Isabelle Taymans-Grassin, ex-habitante de Guidel (Morbihan), et sa fille Charlotte, 6 ans, atteinte d'une malformation de l'avant-bras / © France 3 Bretagne - Éric Pinault
Isabelle Taymans-Grassin, ex-habitante de Guidel (Morbihan), et sa fille Charlotte, 6 ans, atteinte d'une malformation de l'avant-bras / © France 3 Bretagne - Éric Pinault

Suite au signalement de plusieurs cas groupés d'enfants nés amputés d'une partie de l'avant-bras, Santé publique France publie, jeudi, une enquête épidémiologique. Elle confirme un nombre anormalement élevé de cas sur la commune de Guidel (56). Pour l'heure, aucune cause ne permet de l'expliquer.

Par Hélène Pédech


A Guidel (Morbihan), les mères d'enfants (trois filles et un garçon) nés amputés d'une partie de l'avant-bras avaient vu juste.

Santé publique France, l'organisme chargé de la veille sanitaire dans l'Hexagone, a publié, jeudi, un rapport sur la surveillance des anomalies congénitales suite au signalement de plusieurs cas groupés d'agénésie des membres supérieurs dans l'Ain, en Bretagne (à Guidel) et en Loire-Atlantique.

Les conclusions sont sans appel: "Cette investigation a mis en évidence une situation d'excès d'agénésies transverses du membre supérieur isolées dans la commune de signalement sur la période 2011-2013", rapporte l'étude.


7 cas en Bretagne dont 4 à Guidel


La cellule d'intervention en région Bretagne, relais de Santé publique France, avait été saisie, en décembre 2015, pour enquêter sur ces cas d'anomalies génétiques.

 


Il s'agissait, dans un premier temps, de vérifier qu'il s'agit bien de "cas identiques qui partagent la même définition clinique. Puis la fréquence de la malformation dans la zone étudiée est comparée à celle sur l'ensemble du territoire pour vérifier s'il s'agit ou non d'un excès de cas."

Sur la période 2011-2013, sept cas d'agénésie transverse de l'avant-bras ont été recensés en Bretagne dont trois à Guidel. Un quatrième cas devait être signalé plus tard. Il n'est donc pas pris en compte dans l'étude. Or, en France, la prévalence des anomalies similaires (anomalies réductionnelles transverses des membres supérieurs isolées) est de 1,7 pour 10.000 naissances.
 

Excès de cas aussi en Loire-Atlantique


Une surveillance menée parallèlement en Loire-Atlantique parvient aux mêmes conclusions après le signalement de trois cas nés entre 2007 et 2008. Excès de cas.
 

En revanche, l'investigation des sept cas rapportés dans l'Ain nés entre 2009 et 2014 "ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale".


Recherche d'une cause commune


En complément de cette analyse statistique, il s'agissait aussi d'essayer d'identifier une cause pouvant expliquer cette prévalence anormalement élevée.

Pour cela, l'agence a mené "une enquête auprès des mères de chacun des cas signalés, en les interrogeant sur leurs habitudes de vie lors de la grossesse et plus particulièrement lors du premier trimestre. L'objectif étant de rechercher une éventuelle exposition commune à ces cas (prise de médicaments, exposition environnementale, etc.)"
L'interrogatoire a particulièrement porté sur le premier trimestre de grossesse puisque "la période clé du développement des membres se situe entre les 24 et 56èmes jours après la conception. Cette période semble la plus sensible vis-à-vis des facteurs tératogènes
 [NDLR: agents pharmaceutiques susceptibles de provoquer des anomalies cellulaires] pour ces parties du corps humain."

Or, aucune exposition commune n'a été identifiée, ni à Guidel ni en Loire-Atlantique.

 
 


La peinture ?


Certes, trois des mères guidéloises ont rapporté avoir effectué des travaux de peinture en début de grossesse. Mais, comme le souligne l'étude française Elfe, qui suit des grossesses sur le long terme, "environ 52% des femmes déclarent avoir utilisé de la peinture pendant la grossesse. Par conséquent, la pratique observée parmi les mères des cas ne distingue en rien la commune de signalement du reste de la France et ne saurait suffire à expliquer l'excès qui y a été observé."
 

La culture céréalière ?


Autre hypothèse envisagée; l'exposition professionnelle chez les agriculteurs ou bien le fait de résider à proximité de surfaces agricoles. En effet, trois des quatre mères guidéloises vivaient à moins de 200 mètres de cultures céréalières (colza, blé, orge et maïs). Une proximité somme toute fréquente en Bretagne. Ainsi, "si un lien avec les cultures céréalières ne peut pas être exclu", rien ne prouve qu'il est effectivement à l'origine du problème.


La surveillance continue


Selon l'agence, aucun nouveau cas n'a été signalé sur la commune de Guidel après 2013.
En l'absence d'explication, le registre des anomalies en Bretagne assure maintenir, et même renforcer, sa surveillance. 
Si un autre bébé venait à naître avec la même malformation, cela pourrait changer la donne. 
 




 

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