Une dentiste du Morbihan invente un dispositif pour protéger ses confrères contre le Covid-19

Le système SOS, Self Oral Safety, imaginé par Sophie Chatel / © Thierry Bouilly - France Télévisions
Le système SOS, Self Oral Safety, imaginé par Sophie Chatel / © Thierry Bouilly - France Télévisions

Les cabinets dentaires sont des lieux privilégiés de propagation du virus, générant beaucoup de projections dans l'air. Mais la profession a de la ressource et de l'ingéniosité. Une dentiste du Morbihan a ainsi imaginé un procédé pour protéger les praticiens et leurs patients.

Par Krystell Veillard


Le cabinet d'orthodontie a rouvert cette semaine, mais rien n'est vraiment plus comme avant. Les patients rentrent au compte goutte, du plexiglass a été installé, des marquages au sol dessinés pour la distanciation mais aussi du gel hydroalcoolique et des lingettes proposés à l'accueil. Beaucoup de temps est désormais consacré à la désinfection et à l'asseptie, et puis tous, secrétaires, assistantes, praticiens, sont équipés de charlottes, blouses, sur-blouses et masques. Jean-François Ernoult arbore même une combinaison de paint-ball, "je ne suis pas un adepte, mais c'est ce que j'ai pu trouver de mieux pour me protéger" explique-t-il.
 

Une profession très exposée


Orthodontiste à Vannes, il était très inquiet à l'idée de rouvrir son cabinet. Les dentistes ont eu un sérieux sentiment d'abandon avec cette crise sanitaire, qui les rend particulièrement vulnérables. Les instruments, qu'ils utilisent quotidiennement, turbine, détartreur, sprays, génèrent beaucoup de projections dans l'air et peuvent facilement diffuser des particules contaminées et c'est cette charge virale dans les pièces que redoutent les dentistes dans un contexte d'épidémie.
 
 

Fabrication par la société Guardtex de Sarzeau


Devant les appréhensions de son mari à reprendre son activité, Sophie Chalet, elle aussi chirurgienne dentiste, mais en cessation d'activité, a eu l'idée du système SOS pour Self Oral Safety. "Je l'ai fait pour mon mari et ses confrères, pour les assistantes et les patients aussi, explique t-elle, pour les protéger". Elle a commencé par l'imaginer à partir d'un sac en plastique, puis de fil en aiguille, à partir de voile de paillage et de plastique pour la couverture des livres. Le procédé s'est amélioré, pour devenir cette enceinte de confinement à destination des patients. Enfin pour finaliser la conception et pour la fabrication, elle a trouvé une entreprise voisine, située à Sarzeau dans le Morbihan, la société Guardtex, spécialisée dans la conception et la production de matériaux souples, notamment pour l'aéronautique et le nautisme
 
 

Brevet déposé en quinze jours 


Le système ressemble donc à un sac, à une visière améliorée plutôt, en vynil très transparent, qui se fixe sur le front du patient. Mais celle-ci est agrémentée d'un tissu en polyamide, enduit de polyuréthane déperlant, pour protéger des projections, avec des ouvertures pour permettre le passage des mains du praticien. Le système est donc très simple d'utilisation, "Il faut bien marquer le pli au niveau du front, pour que la visière se positionne horizontalement par rapport au visage, afin de dégager l'espace de travail et ne pas donner au patient un trop grand sentiment d'enfermement." précise tout de même la créatrice, à l'attention de ses confrères.

Après beaucoup d'allers-retours entre l'entreprise et la conceptrice, le brevet a été déposé le 30 avril, soit en 15 jours. Très rapide pour un dispositif qui est "une solution parmi d'autres", insiste le couple de praticiens "C'est un système un peu contraignant et ça n'est pas complètement idéal, ça n'est pas la panacée, mais c'est une protection." 
 

"Ça m'a rassurée de ne pas être un risque pour contaminer les autres"


Les système SOS, vendu 60 euros HT est produit aujourd'hui à 200 exemplaires par jour, par la société Guardtex, qui continue, avec les retours des dentistes, d'améliorer le procédé. Une solution qui, en évitant les risques de nébulisation dans les pièces, permet aussi de réduire les temps de décontamination des espaces entre le passage de chaque patient. Le Conseil de l'ordre des dentistes préconise en effet au moins une demi-heure entre chaque passage, un rythme difficile à tenir pour les praticiens. Et comme le remarque Ninon, venue faire retirer ses bagues et à peine descendue du siège du dentiste "ça m'a rassurée de ne pas être un risque pour contaminer les autres et pour ne pas me faire contaminer non plus ! J'ai trouvé ça bien comme idée, c'est pratique et ça ne fait pas mal. On respire très bien dessous !"
 

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