Ploërmel, petit poumon de l’orfèvrerie

Suite à une rencontre entre l’ancien maire de Ploërmel Paul Anselin et le patron d’une entreprise illustre au Mexique, Tané, une formation dédiée au luxe de l’orfèvrerie et à la bijouterie a vu le jour en 2002 : l’école Tané de Ploërmel. Elle diplôme deux orfèvres par an.

L'école Tané à Ploërmel diplôme chaque année deux orfèvres, destinés à travailler dans les grandes maisons de ce secteur d’exception.
L'école Tané à Ploërmel diplôme chaque année deux orfèvres, destinés à travailler dans les grandes maisons de ce secteur d’exception. © France 3 Bretagne

Du travail d’orfèvre. Si le métier est devenu aujourd’hui confidentiel, cette expression de la langue française demeure révélatrice des qualités nécessaires à exercer ce métier exigent : l’extrême précision, la minutie pointilleuse, le soin du détail.

C’est justement ce qui a attiré Charlotte Cousin. Cette Nantaise de 32 ans, venue du monde du tourisme, avait entamé une conversion en chaudronnerie, mais après 3 ans de pratique, elle restait déçue du peu de contact direct avec la matière. « Là on fait du travail à la flamme, on voit respirer la matière. Je n’avais pas trouvé cela dans le monde industriel, où l’on utilise le plus souvent des commandes numériques qui font le travail à notre place. »

Charlotte Cousin a intégré en septembre la formation d’orfèvre, un CAP option monteur, proposée à l’Ecole Tané de Ploërmel. Ils sont deux dans sa promotion, deux en seconde année aussi. Tous en reconversion professionnelle, issus d’horizons très divers.
Peu d'élèves sont formés chaque année dans l'atelier, offrant ainsi à chacun un enseignement individualisé.
Peu d'élèves sont formés chaque année dans l'atelier, offrant ainsi à chacun un enseignement individualisé. © France 3 Bretagne

Louis Voyau, 25 ans, originaire d’Ile de France y avait suivi une formation en génie civil, tout en ayant développé un intérêt pour la carrosserie. Alan, un Brestois de 40 ans, travaillait auparavant dans le milieu de l’informatique, tout en assistant à des cours du soir aux Beaux-Arts.

Une fibre artistique chère aussi à Claire Sanchez, en seconde année. La plus jeune de l’atelier, 20 ans, est déjà diplômée en bijouterie, un CAP et un brevet des métiers d’arts décrochés à la Haute Ecole de Joaillerie de Paris. Elle souhaitait poursuivre son apprentissage et sa découverte du métal.


Un lien avec le Mexique


S’ils sont là tous les quatre, dans cette école, c’est un peu un hasard… Tout s’est joué, il y a un peu plus de vingt ans. Le maire de Ploërmel, Paul Anselin, entretient alors des liens avec le Mexique et y rencontre le directeur d’une institution là-bas, l’entreprise Tané, reconnue mondialement pour son travail artisanal d’orfèvrerie en particulier en transformation de l’argent.

Pierre Leites qui connaît aussi bien la France souhaite participer au renouveau du métier dans l’Hexagone, il n’y existait alors plus de formation. Leur amitié fera le reste.

En 1998, cinq jeunes de Ploërmel partent au Mexique afin d’y être formés pendant trois ans, auprès des plus grands maîtres orfèvres de Tané.

« Ils sont revenus autonomes pour pouvoir transmettre et enseigner en France à la gare de Ploërmel » raconte Nathalie Bihan, actuelle directrice de l’école.

Voilà l’originalité du projet. Tous les cinq sont devenus les premiers formateurs de cette école de bijouterie-orfévrerie, installée dans l’ancienne gare de la petite ville. Lors de l’inauguration en septembre 2002, la femme du président du Mexique avait elle-même fait le déplacement.

Depuis la formation de bijouterie a acquis une certaine renommée, son formateur principal est même un meilleur ouvrier de France.


"C'est vraiment une chance"


La branche orfèvrerie est pilotée depuis près de dix ans par Mélanie Aquilina, une ancienne élève de l’école, qui a eu la chance également de poursuivre son apprentissage au Mexique. Si l’école porte le nom de Tané, elle en perpétue aussi les techniques. « C’est ancré dans l’école, dans l’esprit des pièces et dans les modes de fabrication, comme la fonte au sable par exemple, ou la ciselure. J’ai vu des choses au Mexique que je reproduis et transmets ici, le tout en utilisant le moins possible d’outillage mécanique, le plus possible à la main. »
En sortie de formation, les élèves  intégreront de belles maisons, fleurons de l’orfèvrerie française, Christofle ou Puyforcat par exemple.
En sortie de formation, les élèves intégreront de belles maisons, fleurons de l’orfèvrerie française, Christofle ou Puyforcat par exemple. © France 3 Bretagne

En atelier, à seulement quatre élèves, l’accompagnement est individualisé, au plus près des besoins de chacun. « On travaille des techniques de base, une bonne soudure, une bonne brasure, des gestes précis, et ensuite on peut exprimer sa créativité et trouver son style » précise la formatrice.

Et c’est cela qui plaît à Claire Sanchez : « ici on prend le temps de nous montrer des techniques que des orfèvres en entreprise n’ont pas le temps d’aborder. C’est vraiment une chance. »

Au terme de deux ans de formation, avec 2100 heures en atelier et en cours théoriques, plus 12 semaines de stage, les élèves obtiennent un CAP. « En sortant ils vont rentrer dans des belles maisons, fleurons de l’orfèvrerie française, Christofle ou Puyforcat par exemple, ils vont fabriquer des cafetières, des chandeliers, des plats, et aussi éventuellement dans certaines entreprises un peu d’orfèvrerie religieuse » confie le président de l’école, Christophe Evellin.

Il en fut également un des premiers formateurs, et dispense encore des cours d’histoire de l’orfèvrerie. Un métier de famille, il représente la 5ème génération d’orfèvre. Installé à Rennes et spécialisé dans la restauration de pièces du patrimoine, il n’a pas eu l’opportunité de suivre une formation. Il n’en existait plus à cette époque.

Et c’est dans l’atelier familial qu’il a pu acquérir ce savoir-faire millénaire. « Cette école, c’est un petit poumon pour le métier et d’ailleurs on est soutenu par les grandes maisons du secteur. Je suis très heureux de voir ces jeunes choisir cette voie, c’est très beau d’avoir cette grande envie, car c’est un très beau métier ».
 
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