Coupe de France. Il y a 20 ans, le FC Lorient ramenait le trophée en Bretagne

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Écrit par S.B. avec Gilles Le Morvan

Le 11 mai 2002, il y a tout juste 20 ans, le Football Club de Lorient entrait dans l’histoire en remportant la finale de la Coupe de France face à Bastia. Un match retardé pour cause de Marseillaise sifflée, un but libérateur de Darcheville, et Rémi Gaillard qui s'invite à la remise du trophée. Retour sur un match et une soirée extraordinaire.

"Quand on entre dans la compétition, la finale de la Coupe, ça paraît à la fois, tout près et très très loin, quelque chose d’inaccessible", se souvient Loïc Druon, le défenseur du Football Club de Lorient. "Si vous jouez en Ligue 1, vous rentrez en 32èmes, ça va veut dire que la finale n’est qu’à 6 matchs ! A condition de gagner, précise-t-il aussitôt ! Et il y avait des gros clients !"

"Au début de l’année, pour nous l’objectif, c’était le maintien. Et puis, il y a eu cette aventure " poursuit-il. "Quand on est dans le couloir pour rentrer sur la pelouse du Stade de France, qu’on entend les 80 000 spectateurs, on sent le stade qui vibre, ça donne un énorme frisson.

La Marseillaise sifflée, le Jour de gloire va devoir patienter... 

Dans les tribunes, la soirée débute dans une ambiance tendue. A 20h40, alors que s’envolent les premières notes de la Marseillaise, des sifflets commencent à résonner dans le Stade de France. Certains supporters corses ont décidé de  manifester ainsi leurs convictions indépendantistes.

"Ca siffle, je m’en vais ! " annonce aussitôt le Président de la République, Jacques Chirac en tournant les talons. Les joueurs repartent vers les vestiaires. Jacques Chirac exige des excuses immédiates de la Fédération Française de Foot.

Claude Simonet se lève et prend la parole : "la Fédération Française de Foot présente ses excuses à la France parce qu’on a sifflé la Marseillaise.

Les footballeurs reviennent sur le terrain puis repartent presque aussitôt. Le Président de la République veut faire une déclaration officielle. "Quelques irresponsables ont cru devoir siffler la Marseillaise, c’est inadmissible et inacceptable. Je ne tolèrerai pas et je n’accepterai pas que soit porté atteinte aux valeurs essentielles de la République."

Yvon Pouliquen : on nous disait qu'on n'allait pas jouer 

Sur le banc des Merlus, c'est Yvon Pouliquen. Le Finistérien, qui avait gagné la Coupe de France l’année précédente avec Strasbourg, réussit l'exploit de venir deux années de suite disputer le titre au Stade de France. Mais la soirée commence donc mal. 

"C’était un soir particulier", se rappelle-t-il, "le match était retardé et dans les vestiaires, on avait des infos qui disaient qu’il n’allait pas se jouer… C’était vraiment bizarre."

2002, une année contrastée pour les Merlus

Et puis l’arbitre donne enfin le coup d’envoi. Le Football Club de Lorient vient de vivre une année compliquée. Les hommes de Pouliquen savent qu’ils descendent en Ligue 2 et ils viennent de s’incliner en finale de la Coupe de la Ligue 3 à 0 contre Bordeaux. La saison est pour le moins contrastée. Yvon Pouliquen est arrivé en janvier, il veut cette Coupe. "Finir avec une descente et deux finales perdues, ça aurait été une saison noire". 

" J’ai eu l’occasion de perdre une finale en tant que joueur, explique-t-il. Une coupe de France, c’est quelque chose de très particulier. J’ai le souvenir d’avoir dit aux joueurs, on le refera pas tous les jours, il faut tout donner, y aller, gagner."

Tirer les leçons de la première finale

"La finale perdue de la Coupe de la Ligue nous a bien servi", analyse Pouliquen. "Il n’y a deux façons de jouer au Stade de France. Soit on est un joueur international, soit on joue les Coupes. Pour la finale de la Coupe de la Ligue, le groupe avait été impressionné par le Stade, et ça l’avait complètement inhibé. On a perdu le match, mais ça nous a permis de préparer la Coupe de France !"

"Et on avait une équipe exceptionnelle, avec Seydou Keita, Pascal Feindouno, Jean-Claude Darcheville, et tous les autres" se remémore le coach.

La feinte de frappe de Darcheville

Dès les premières minutes, Lorient domine le jeu. Un premier tir de Darcheville est repoussé par la gardien bastiais. Et puis, à deux minutes de la fin de la première mi temps, Darcheville récupère la balle, feinte le gardien et ouvre le score.

Le deuxième meilleur buteur de la Ligue 1 de cette année 2002 vient d’envoyer les Lorientais au paradis du foot.

La seconde mi-temps est longue, très longue. Loïc Druon se blesse à l’heure de jeu et est obligé de sortir. "Quand on est défenseur, il faut être objectif, je sentais que j’étais diminué, il fallait que je quitte le terrain pour ne pas mettre l’équipe en péril."

"Et puis quand l’arbitre siffle la fin du match, c’est l’explosion dans la tête. La Coupe de France, c’est la Coupe à laquelle tous les footeux participent. On était plusieurs Bretons dans l’équipe, ramener ce trophée à la maison, c’est ENORME."

Ls supporters lorientais exultent. Yvon Pouliquen se précipite sur la pelouse. Les joueurs dansent, s’embrassent.

Les félicitations de Jacques Chirac... à Rémi Gaillard 

Au milieu de la cohue, un spectateur se faufile et descend sur la pelouse. C'est Rémi Gaillard. Le jeune humoriste, qui a pris l'habitude de "faire n'importe quoi pour devenir n'importe qui", poste régulièrement des vidéos sur les réseaux sociaux. Et ce soir-là, il a fait un pari avec ses potes, il veut participer à la fête, et porter lui aussi la Coupe.

"Ce 11 mai 2002, tout s’est déroulé comme par magie" raconte-t-il, le but de Darcheville, la victoire de Lorient (ça tombait bien, je n’avais pas le maillot de Bastia) et puis je réussis à me faufiler à la tribune officielle." 

"Là, normalement, la Coupe passe de mains en mains entre tous les joueurs, mais le capitaine est tellement content qu’il part en courant sur la pelouse avec le trophée. Tout de suite, je me suis dit, il va falloir que je descende, ça va être coton, et à cet instant-là, Jacques Chirac me tend la main et me dit : Félicitations !"

"C’est comme s'il avait validé la connerie que je faisais, j’ai couru sur la pelouse. J’ai vécu un moment incroyable, j’oubliais que je faisais une connerie, je vivais un rêve de gosse. Il y avait 80 000 personnes qui nous ovationnaient. Il n’y a pas de mots pour décrire ça. Je suis lié à Lorient pour l’éternité. Je me considère comme vainqueur de la Coupe de France." 

Une nuit de liesse

Les joueurs savourent leur bonheur. Ils rentrent à Lorient avec la Coupe !

"On a été surpris par l’engouement à l’aéroport, on ne s’attendait pas à ça", reconnait Loïc Druon. "Dans l'allégresse, je me suis retrouvé avec la Coupe de France. Je l’ai mise dans un vieux sac de sport dans ma voiture et je me suis promené une partie de la nuit avec la Coupe dans ce sac tout pourri. Je la montrais dans les bars. La plupart des gens devaient penser que c’était une fausse, c’était la vraie ! "

Au milieu de la nuit, Loïc Druon croise le président qui lui demande : "mais qu’est-ce que tu fais avec la Coupe ? Je lui ai donnée… mais pendant des heures, personne ne savait où elle était ! "

Un moment historique

"Pour un club comme Lorient, ce sont des moments privilégiés, et nous on sait que ce jour-là, on a marqué l’histoire du club."

Yvon Pouliquen a remporté la Coupe de France deux années de suite. "Je l’ai ramenée dans ma région d’adoption avec Strasbourg en 2001, je l’ai ramenée dans ma région en Bretagne en 2002. C’est un énorme souvenir."

"Moi, conclut Loïc Druon j’ai passé la plus grosse partie de ma carrière (sauf trois saisons) en Ligue 2. Il y a des joueurs incroyables qui n’ont jamais gagné la Coupe… c’est un exploit d’aller chercher une Coupe. Avoir un titre, ça reste un truc énorme. "

20 ans après, personne n'a oublié cette soirée magique et mouvementée, où Lorient a gagné la Coupe de France.