A Lorient, la fermeture possible de l'aéroport complique l'activité des entreprises locales

Le retrait d'Air France du ciel de la Bretagne sud en mars 2021 fait planer sur l'aéroport de Loirent la menace d'une fermeture définitive. Une fermeture qui va compliquer les déplacements professionnels de nombreux salariés.
Avec le départ annoncé d'Air France et de sa compagnie à bas coût Hop du tarmac de l'aéroport de Lorient, les entreprises locales s'inquiètent des conséquences économiques d'une fermeture définitive de l'équipement.
Avec le départ annoncé d'Air France et de sa compagnie à bas coût Hop du tarmac de l'aéroport de Lorient, les entreprises locales s'inquiètent des conséquences économiques d'une fermeture définitive de l'équipement. © S.Izad/FTV
"Je ne vois pas comment faire autrement que de subir et de nous adapter". Xavier Duquesne semble résigné. Pour le directeur de Fives Syleps, la probable fermeture définitive de l'aéroport de Lorient va compliquer un peu plus les déplacements professionnels de certains salariés de l'entreprise d'ingénierie industrielle. La galère a commencé fin août avec l'arrêt par Air France des vols entre Lorient et Lyon. Lyon où Fives Syleps a une filiale avec laquelle elle travaille beaucoup.
 

Difficile d'aller d'ouest en est

"On est en train de se regrouper. Et dans le cadre de ce rapprochement, on a énormément d'interactions avec cette société et le fait de pouvoir faire un aller-retour à Lyon dans la journée pour nous, c'était extrêmement important, déplore Xavier Duquesne. Aujourd'hui, on ne peut plus faire le trajet sur la journée. On perd désormais énormément de temps pour aller à Lyon. On est obligés de prendre un avion à Nantes, à Rennes ou à Brest mais les horaires des vols sont mal adaptés : les avions partent très tôt le matin donc ça oblige à se lever à 3h30 du matin pour attraper un avion. Et vous ne pouvez pas vous lever à 3h30 du matin et à la fois rentrer le soir à minuit. Donc on est obligés soit d'aller à l'aéroport et de dormir à côté pour prendre l'avion tôt le matin, soit de partir à Lyon la veille".
 

Manque de fluidité 


Une situation qui pénalise le rapprochement de l'entité de Lorient avec celle de Lyon. "Il y a des choses qu'on ne peut plus faire bien. Ca nous empêche de travailler correctement. Sur certains points, ça nous bloque, note Xavier Duquesne. Les voyages deviennent tellement pénibles et compliqués qu'on a tendance à supprimer un certain nombre de déplacements. J'ai un directeur commercial qui a une équipe sur chaque. Avec la liaison directe, il aurait fait le déplacement toutes les semaines et là, il les fait péniblement une fois par mois. C'est vrai aussi pour ses équipes. Et quand on doit fusionner des équipes, les outils de visioconférence ne suffisent pas".

Et la crise sanitaire n'a pas arrangé les choses. Avec la covid, le trafic de l'aéroport de Lorient est passé de 102 000 passagers en 2019 à 25 000 cette année. Conséquence : après l'arrêt des vols vers Lyon, Air France a réduit les rotations quotidiennes de sa filiale à bas coût Hop à 4 aller-retour par semaine avec Roissy. L'aéroport est fermé partiellement depuis le 21 octobre et n'ouvre que pour le départ et l'arrivée des avions de Hop.
 

Fin de tous les vols AF en mars 2021


Et pour noircir un peu plus le tableau, Air France n'a pas donné de plan de vol après mars 2021. Si la compagnie aérienne française n'est pas remplacée, l'aéroport de Lorient fermera définitivement. "Au delà du 31 mars, il n'y a plus rien. C'est juste fini, explique Loic Bardin, le directeur de l'aéroport de Lorient-Lann Bihoué. Il faudrait un collectif d'acteurs privés, un collectif d'acteurs publics s'ils souhaitent maintenir en vie cet aéroport. Parce que l'Etat nous fait savoir aujourd'hui qu'il souhaite maintenir cet équipement, leur équipement."
 
Les autres destinations desservies ne suffiront pas à soutenir l'activité. Un vol part chaque jour de Toulouse-Blagnac il fait l'aller-retour par jour entre 6h45 et 10h25 du lundi au mercredi et entre 16h45 et 20h25 du jeudi au vendredi. Quant aux avions qui vont à l'aéroport du Bourget, il s'agit de vols privés à la demande : 
 
Ce sont les vols vers le sud ouest qu'Ivan Morin emprunte toutes les semaines. Directeur de l'entreprise Olichon à Lorient, il dirige également Egénie à Saint-Sulpice près de Toulouse. S'il a accepté de diriger les deux sociétés, c'est parce qu'il existait une offre de transport entre les deux sites. "On parle beaucoup d'Air France mais il n'y a pas qu'eux à Lorient, explique-t-il. Je me retrouve être un dommage collatéral du retrait d’Air France parce que si l’aéroport ferme à cause de ça, la compagnie qui va à Toulouse, c’est fini. Parfois je passais aussi par Lyon pour aller à Toulouse. C’était un peu long mais faisable. Là, c'est double peine pour moi. Et c'est dommage parce que dans l'avion pour Toulouse, et même dans celui pour Lyon, je peux vous dire que je croisais pas mal de gens : y a du monde. C’était vraiment un super service d’autant que les billet ne sont pas hors de prix". 

Alban Ragani ne décolère pas non plus contre la décision de la compagnie aérienne française. "C'est une décision politique de l'entreprise Air France, s'indigne le président du Medef du Morbihan. Quel est leur intérêt aujourd'hui de ne pas déservir des villes comme Lorient ou d'autres villes en France ? Parce qu'il y en a d'autres. Je pense qu'aujourd'hui, il faut faire pression sur l'entreprise parce que dans Air France, il y a France et elle doit desservir les territoires français. Et ça je pense que c'est déjà important. Après il faudra mobiliser le monde économique et on aura besoinde l'Etat pour faire comprendre et admettre que nos territoires ont besoin d'être desservis et d'avoir ces lignes quotidiennes".
 

Des offres de transport mal adaptées


Des lignes quotidiennes qui arrangeait bien Roland Guillou. Gérant-tournant dans l'hôtellerie, il se rend régulièrement en région parisienne pour travailler et s'inquiète de la probable disparition définitive de la ligne Lorient/Roissy : "pour moi, ce serait compliqué parce qu'il faudrait que je prenne un vol à Quimper. Et encore ! S'il y a un vol depuis Quimper. Sinon, c'est Nantes. Et Nantes, c'est à deux heures de voiture d'ici. Donc ça ne m'aide pas pour faire les trajets".

Xavier Duquesne a le même problème pour les collaborateurs de Fives Syleps qui partent superviser les projets de l'entreprise partout en France mais aussi à l'étranger."On travaille un peu partout en France. C'est très pratique d'avoir un équipement comme l'aéroport de Lorient. C'est pratique également aussi quand les collaborateurs voyagent à l'international d'avoir un point de chute à proximité de l'entreprise et de là où ils habitent : quand on fait un long voyage au Japon ou en Chine, aussi bien quand on part que quand on revient, c'est toujours plus pratique d'aller directement prendre le hub qui convient depuis Lorient plutôt que de prendre le train jusqu'à Paris, ce qui est très long. Et quand vous avez passé la semaine en Asie ou Outre-Atlantique et que vous devez encore subir un voyage en train une fois l'avion atterri, c'est difficile. Les salariés sont très collaboratifs mais du coup, ça réduit la faculté des gens à se déplacer". 
 

Des alternatives aux vols professionnels et touristiques ?


Et de conclure : "c'est vraiment compliqué pour nous. Le coût financier, ça se gère mais c'est surtout la fatigue pour les collaborateurs et la perte de temps. Il n'est pas envisageable d'avoir un moyen de transport propre pour rétablir ces liaisons aériennes. On est obligés de s'adapter aux offres de transport qui restent mais qui sont mal adaptées. De fait, ça augmente le nombre de voyages en voiture : il y a les trajets Lorient vers Nantes ou Brest mais aussi vers Paris que l'on faisait avant en avion. Et ça, ce n'est pas bon notamment pour des questions de sécurité. On subit".

Le 30 octobre dernier, l'aéroport de Lorient a permis l'évacuation sanitaire de deux patients du CHU de Nîmes :
 
La crise sanitaire, largement responsable de l'avenir plus qu'incertain de l'aéroport de Lorient, pourrait paradoxalement lui ouvrir d'autres horizons.
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