La Bretagne ce sont près de 2000 km de littoral sur lesquels se nichent de nombreuses plages et criques. Ces étendues de sable qui font le bonheur des vacanciers ont aussi des histoires à raconter. Petite balade sur la côte finistérienne.
 

Escale à Névez

  • La plage de Tahiti
Sable blanc et eau turquoise la plage de Tahiti à Névez n’a rien à envier à l’original ou presque... Ici pas d’immeuble, ni de terrasse bruyante les promeneurs et baigneurs peuvent se laisser bercer par le bruit des vagues. Cette étendue de sable Marylène Croguennec la fréquente depuis sa plus tendre enfance, mais à l’époque elle s’appelait la plage de Corn Lor. Le nom de Tahiti elle le doit aux propriétaires du terrain adjacent « Ils avaient bâti une paillotte avec un toit en paille et s’asseyaient autour. Les hommes avaient déjà vu ça à Tahiti alors pour se moquer ils ont dit « ils se croient à Tahiti ceux-là ! ». Le surnom a depuis traversé les années, récupéré au passage par les acteurs du tourisme.
 
Sable blanc et eau turquoise, la plage de Tahiti à Névez
Sable blanc et eau turquoise, la plage de Tahiti à Névez


Mais Marylène se souvient surtout des journées passées ici en famille où tout le monde aidait les pêcheurs à la retraite qui jetaient là leurs filets  « A la saison adéquate ils jetaient les filets à l’eau. Il y avait toujours deux guetteurs là. Et quand le poisson était là le bateau faisait le tour et on tirait le filet jusque sur la plage et tout le monde se servait. S’il en restait c’était revendu à la criée de Concarneau ».

A l’époque sur ce sable on croisait aussi de nombreux goémoniers, ces travailleurs des rivages si souvent immortalisés par les peintres.

Marie Olivier âgée aujourd’hui de 94 ans est fille de pêcheur névézien. Dès l’âge de 15 ans elle ramassait les algues sur cette côte :
« On les mettait en tas, ça pourrissait, ensuite on tirait avec des crocs, on les mettait en tas puis il fallait y mettre les brûler. Comme ça on faisait la soude qu’on envoyait à l’usine pour faire de l’iode ’’ explique la nonagénaire.

La teinture d’iode tirée du goémon est un produit aseptisant utilisé en temps de guerre. Dès le milieu du 19eme des usines à iode se multiplient sur le littoral et l’une d’entre elle est construite sur la presqu’ile de Raguenes au bout de la plage de Tahiti.
 


Aujourd’hui il reste quelques pierres des grandes cheminées de cette usine et aussi le souvenir chez les plus âgés que tout le monde voulait vendre du goémon à l’entreprise mais que personne ne voulait y travailler. Marylène nous explique pourquoi : « les gens  des Névez n’étaient pas d’accord. Parce qu’ils ont vu comment ça fonctionnait sur les Glénan où des gens avaient été malades à cause des fumées qu’on accusait d’être toxiques ».

Les industriels ont donc fait appel à des familles des Glénan qui sont ainsi venues travailler à Névez. Certaines y sont restées et beaucoup y ont laissé leurs patronymes.
 

Saint-Nicolas des Glénan

C’est sans doute la plus exotique des plages bretonnes. Avec leurs eaux turquoises la ou plutôt les plages de Saint Nicolas des Glénan n’ont rien à envier aux caraïbes. Ceci explique le succès des Glénan auprès des touristes. En saison ce sont 2000 à 4000 personnes qui passent chaque jour sur l’île Saint-Nicolas, la seule qui possède les infrastructures pour accueillir des navettes de passagers.
 
Les plages de Saint Nicolas des Glénan n’ont rien à envier aux caraïbes.
Les plages de Saint Nicolas des Glénan n’ont rien à envier aux caraïbes.
 
  • Lulu la guide nature historique des Glénan
Lucienne est guide nature depuis 40 ans sur cet archipel. L’été elle accompagne des groupes sur les Glénan plusieurs fois par semaine. Géographie, histoire, flore et faune Lulu sait presque tout de ces îles et n’est jamais avare dans ses explications. A son groupe de visiteurs elle raconte : « en face de nous on voit plusieurs îles qui forment un cercle de mer. Il y a en face l’île Drénec, là le Veau et juste derrière la Tombe. Ces îles sont des réserves ornithologiques ».

 

 
  • Une réserve naturelle nationale créée pour une fleur
Sur l’archipel des Glénan les scientifiques ont dénombré 140 espèces d’oiseaux dont 34 variétés nichent sur ces îles bretonnes. Toujours équipée de sa longue vue Lulu sait où emmener ses visiteurs pour admirer l’huîtrier-pie, un oiseau noir et blanc au long bec rouge qui a aussi un cri particulièrement identifiable. L’huîtrier-pie est un des oiseaux marins qui est suivi par les professionnels de la réserve naturelle. Mais cet espace de protection a été créé en 1974 pour une plante : le narcisse des Glénan.

« Le Narcisse des Glénan a été découvert en 1803 par un pharmacien Quimperois. C’est une fleur unique au monde que l’on ne trouve qu’ici » s’exclame Lulu tout en présentant une photo du végétal.

C’est désormais la star de Saint Nicolas, protégé par un enclos qui interdit l’accès au public.

Le patrimoine naturel des Glénan  ne se limite pas au Narcisse. Une zone de protection a vu le jour en 1997 pour suivre et protéger  de nombreuses autres espèces végétales ou animales. L’association Bretagne Vivante en a la charge.

De son côté Lulu n’oublie jamais de sensibiliser le public à sa fragilité. « C’est magnifique d’avoir tout ce monde mais c’est aussi important de leur dire qu’il faut respecter les consignes sur ce site classé » martèle Lulu.

 

La plage de l’Aber sur la presqu’île de Crozon

La presqu’île de Crozon c’est 60 kilomètres de littoral et une quinzaine de grandes plages. Toutes ont  leur charme, leurs particularités.
Sur la côte sud de la presqu’île, à quelques kilomètres à l’est de la plage de Morgat se trouve la plage de l’Aber.
 
Plage de l'Aber sur la presqu'île de Crozon
Plage de l'Aber sur la presqu'île de Crozon
 
  • L’arrière plage, réserve d’une biodiversité à préserver
A marée basse c’est une immense étendue de sable qui fait le bonheur des chars à voile, des baigneurs et des surfeurs. Mais la plage de l’Aber cache d’autres trésors moins connus du grand public. Comme la flore de la dune grise située juste derrière la plage. « On a là de l’orpin âcre, de la bugrane, du thym serpolet qui sont de typiques des dunes grises. Ces espèces sont résistantes à la chaleur et la sécheresse » explique Ségolène Guéguen conservatrice Natura 2000 du site.
  • L’Aber, couveuse à poissons et havre de paix pour les oiseaux
Mais ce qui fait la particularité de la plage de l’Aber est, comme son nom l’indique, la ria formée par la remontée de la mer dans le lit de la rivière, nommée l’Aber. Cette zone de prés-salés, qui peut s’admirer depuis le haut d’un ancien four à chaux, forme un habitat précieux pour les oiseaux et de nombreuses autres espèces.

« Ces zones de marais sont très riches en poisson, on a 19 espèces de poissons qui viennent se reproduire et nicher ici avant de retourner dans la baie de Douarnenez » nous détaille notre guide.

 
 
  • Une biodiversité unique sauvée in-extremis
Ces prés-salés ont bien failli disparaître à jamais.

En 1850 une digue est construite pour relier les deux rives de l’Aber. Un siècle plus tard une deuxième digue est bâtie pour cette fois-ci assécher les marécages et exploiter la terre. Mais le coup de grâce aurait pu être donné dans les années 80 avec un projet de promoteurs immobiliers qui voulaient construire là une Marina de 2000 bateaux. Les habitants de Crozon et les défenseurs de la nature se mobilisent et interpellent l’État qui décide de racheter les terres par l’intermédiaire du Conservatoire du littoral qui venait d’être créé.

L’organisme public décide de détruite la digue empêchant la marée de remonter. La mer et l’Aber reprennent alors leur droit et leur territoire. C’est la première « dépoldérisation » d’un site en Europe. Une expérience encourageante saluée par le retour de la loutre.





 

La plage brestoise

  • Sainte Anne du Portzic
« Sainte Anne se situe à l’entrée du goulet de la rade de Brest. Juste en face de la pointe des espagnols sur la presqu’île de Crozon » explique Hervé Cadiou, fondateur de l’association mémoire de Saint-Pierre. C’est sur cette ancienne commune devenue un quartier de Brest que se trouve la plage de Sainte-Anne du Portzic, la seule plage de la ville.
 
 
  • La porte d’entrée maritime de Brest
La situation de la plage de Sainte Anne en fait un lieu de passage privilégié. Tous les bateaux qui voulaient accéder à la ville de Brest accostaient sur cette grève. « Les romains arrivaient déjà par ici, par voie maritime et les gens qui venaient à Brest par la mer passaient par ici car il n’y avait pas de port alors ».
  • Le rendez-vous des familles brestoises
A partir de la fin du 19e siècle la plage de Sainte-Anne devient un lieu de farniente et de balade. On vient ici à pied, en calèche ou en train électrique. « Comme Brest était occupée de la mer c’était la plage la plus accessible et la seule qui avait du sable … donc c’était un haut lieu de pique-nique, et l’endroit où on venait le dimanche prendre des bains de mer » raconte Hervé Cadiou.

Le tourisme ne s’est depuis jamais éteint ici même si ce n’est plus la foule d’antan. Philippe Le Lann tient la petite boutique de la plage. Il est la 3e génération de restaurateurs de Sainte-Anne. Derrière son comptoir le commerçant est aussi un témoin privilégié de la vie du quartier « Tous les anciens ont des souvenirs de baignade à Sainte Anne. On voit les anciens qui viennent des maisons de retraite retrouver le coin qu’ils ont adoré quand ils étaient jeunes et où ils ont quelques fois regardé les feuilles à l’envers... » lance Philippe, maliceux.

Ceci explique peut-être l‘attachement des Brestois à la petite plage. En 2018 les habitants ont d’ailleurs demandé le réensablement de Sainte Anne du Portzic dans le cadre de l’appel à projet du budget participatif de la ville de Brest… Une façon de lui redonner son allure d’autrefois.
  • La Maison blanche
A quelques encablures de Sainte-Anne du Portzic se trouve le petit port de La Maison blanche, un lieu bien connu des Brestois.
 
La maison blanche est devenu un repère pour les marins.
La maison blanche est devenu un repère pour les marins.


Contrairement à ce que son nom laisse penser La Maison blanche abrite des dizaines de cabanes multicolores, occupées en majorité par les pêcheurs-plaisanciers. Ici on bricole, on fait cuire les crabes et on passe du temps en famille ou entre amis.
  • Une maison blanche comme la chaux du four
Le nom de La Maison blanche est donné à ce port à la fin du 18e siècle. On trouvait alors, à la place de ces cabanes, un four à chaux et un cabaret bâti un peu plus haut sur la route.  Le lait de chaux donnait à cette maison une blancheur éclatante visible depuis la mer. La maison blanche devint ainsi un repère pour les marins. Elle donna aussi son nom au village de pêcheurs qui grandit ici…
  • Le triste passé de la Maison Blanche
Avant que les cabanes de pêcheurs ne s’installent de façon anarchique, La maison blanche était un véritable petit port de pêcheurs. Mais son destin a été scellé dans la nuit du 18 au 19 juin 1940.

Ce mardi 18 juin les Brestois découvrent que les Allemands ont atteint Rennes. Ils savent qu’ils n’ont plus qu’ne journée de répit avant de voir débarquer les troupes ennemies. Les marins français décident avant de quitter le port de Brest, d’aller incendier les immenses cuves à mazout stockées sur le plateau des quatre pompes, au-dessus du village de la maison Blanche, pour éviter que ces réserves de carburant ne tombent aux mains des troupes allemandes.

Les militaires s’apprêtent à allumer le feu et la population environnante est invitée à quitter les lieux. Mais la chaleur intense dégagée par l’incendie déclenche l’explosion d’une réserve de munitions. Une coulée de mazout en feu dévale alors la pente et va ravager le village de pêcheurs. Les quatorze maisons de pêcheurs sont entièrement détruites.