Tempête Ciaran. Sans téléphone depuis une semaine mais pour combien de temps encore ?

Plus d'une semaine après le passage de la tempête Ciaran, près de 20.0000 foyers bretons sont toujours privés de téléphone fixe et/ou mobile. C'est moins qu'en début de crise où 400.000 personnes avaient été touchées. Pour les derniers foyers encore isolés, notamment dans les zones blanches, la réparation pourrait durer des mois.

Ne pas avoir d'électricité est une chose compliquée. Mais ne pas avoir de réseau en est une autre. Imaginez votre quotidien sans aucun accès à internet ni téléphone.

Finis les mails, les SMS, les appareils connectés... C'est pourtant la situation dans laquelle se trouvent encore près de 20.000 foyers bretons.

Encore 14.000 clients sans téléphone mobile

Orange a détaillé le profil des personnes toujours pénalisées une semaine après le passage de la tempête Ciaran : 14.000 clients sont privés de téléphone mobile. 10.000 sont sans téléphone fixe. Parmi tous ces clients : 50 entreprises sont concernées.

Une situation "exceptionnelle" directement liée à l'intensité inédite de Ciaran, tente de relativiser l'opérateur qui a une mission de service universel sur le territoire. Au début de la crise, ce ne sont pas 20.000 mais 400.000 personnes qui étaient concernées, souligne Jean-Marc Escalettes, le directeur d'Orange Grand Ouest. "Ça a été la plus forte tempête de ce type depuis qu'existent les antennes mobiles, internet et l'ADSL, indique-t-il. Les tempêtes précédentes de même ampleur ont eu lieu avant l'ère de l'internet et du mobile. Donc les impacts sont d'autant plus forts..."

"Nous, quand on est coupé, on est vraiment coupé"

Certes, mais pour les clients concernés, le temps commence sérieusement à peser. C'est notamment le cas du côté de Quistinic dans le Morbihan. Une commune de 1.500 habitants au nord-est de Lorient et où le maire est vent debout.

"Orange considère que la 4G doit suppléer à tout. Eh bien non ! Il y a des zones encore en Bretagne où il n'y a pas de 4G. Les zones blanches sont toujours d'actualité. Nous, quand on est coupé, on est vraiment coupé" s'agace le maire, Antoine Pichon.

Si Orange promet un retour à la normale "à 90-95% du réseau mobile d'ici la fin de semaine (autour du 12 novembre, NDLR). Seuls les téléphones mobiles et grandes artères, c'est-à-dire celles qui permettent aux données de circuler, sont concernés" précise l'opérateur.

"Restera en effet la partie la plus difficile, la boucle locale comme on dit, c’est-à-dire l'accès jusqu'au client final. Là, il y a beaucoup de dégâts et il va falloir du temps".

Solidité et avenir des poteaux électriques

En balayant notre région, la tempête Ciaran a fait tomber un certain nombre de poteaux : 2.000 rien que dans les Côtes-d'Armor, 10.000 en Bretagne selon Orange dont le directeur Grand Ouest ne cache pas le travail que cela représente. "10.000 poteaux en Bretagne, c'est énorme pour le réseau télécoms. Il nous faut d'abord tout déblayer pour tout replanter. Cela va prendre des semaines, sûrement des mois".

À l'échelle de Quistinic dans le Morbihan, le maire a comptabilisé pas moins de 25 poteaux à terre. Les fils téléphoniques mais aussi ceux de la fibre optique sont au sol. "Le réseau cuivre était un très bon réseau. Nous, on a besoin du fil téléphonique fixe, ce qui est dommage c'est d'avoir mis dessus la fibre optique, parce que quand il y a une tempête comme la dernière avec ses 150 km/h de vent, une grande partie des poteaux sont à terre".

"Les poteaux sont solides, se défend Jean-Marc Escalettes. Sauf si un arbre les fait tomber, ils tiennent. Et les câbles qui y sont accrochés aussi. En revanche, quand on a une tempête de cette ampleur-là, les arbres entraînent tout sur leur passage, même les poteaux et les câbles les plus solides".

Enterrer, la fausse bonne idée ?

Pour le maire morbihannais de Quistinic, la solution est claire : il faut enterrer les câbles, au moins dans les zones à risques telles que "les voiries qui longent les bois, qui passent dans une forêt, précise l'élu. Il faut réussir à enfouir".

La demande d'enterrer ces câbles dans les parties boisées a été faite il y a deux ans via une motion de son conseil municipal. "On ne nous a pas dit non, on nous a dit "ok, mais à vos frais". Comme nous sommes une petite commune rurale, on n'a pas les moyens".

Qui doit payer ? C'est bien là, le cœur du problème d'autant que la facture est salée. "Il y a un problème économique certain, confirme le directeur Grand Ouest d'Orange. Sur la Bretagne, celui qui possède le réseau, c'est le RIP (le réseau d'initiative publique) donc la région Bretagne. Selon l'estimation de Loïg Chesnais-Girard lui-même, l'enterrement du réseau représenterait un surcoût de 30%. 30% de coûts supplémentaires, aujourd'hui personne n'est capable de l'assumer ! Donc on aura toujours des poteaux".

Au-delà de l'aspect économique, l'enterrement des câbles poserait d'autres problèmes selon Jean-Marc Escalettes. "Enterrer le réseau n'est pas une solution idéale, note-t-il. Outre les problèmes de génie civil que cela causerait, quand on a de fortes pluies puis de fortes sécheresses, on a des contractions, des torsions dans le sol. Elles aussi créeraient un risque de coupure de câbles".

Clients facturés et solutions temporaires

En attendant que tout soit réparé, les clients seront facturés. Nous avons posé la question à Orange qui nous a répondu : "Nous sommes dans une situation de catastrophe naturelle". Autrement dit : "ce n'est pas de notre faute".

L'opérateur invite néanmoins les clients à se rendre en boutique où des solutions adaptées et temporaires seront proposées : soit le prêt d'un téléphone mobile pour ceux qui n'en ont pas, soit le prêt d'une Airbox de 200 gigaoctets pour permettre le partage de connexion. 200Go de data sont offerts à ceux qui possèdent un forfait mobile. Enfin, il reste l'abonnement satellite "aussi rapide que la fibre et disponible dans les prochaines semaines" précise Orange.

L'opérateur rappelle que "si vous avez un poteau cassé ou des fils arrachés, il faut le signaler au service dommages réseaux. Cela permet aux réparateurs de localiser et d'intervenir le plus vite possible".

(Avec Isabelle Rettig et Sandrine Ruaux)

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