Menaces de morts, violence verbale, intimidations : vives tensions entre habitants et élus à Le Saint, dans le Morbihan

Mais que se passe-t-il dans la commune de Le Saint ? Depuis un peu plus d'un an, cette commune rurale située dans le Morbihan est en proie à de vives tensions entre habitants. Plusieurs élus et agents de la municipalité auraient subi des pressions et des attaques personnelles. Une crise politique sur fond de difficultés financières. Plusieurs procédures sont en cours au parquet de Lorient.

Élu en 2020 à la tête de la commune, Jérôme Régnier ne s'attendait sûrement pas à vivre un mandat aussi agité. Depuis un peu plus d'un an, le maire de la commune de Le Saint ainsi que certains membres de son équipe municipale sont victimes d'attaques personnelles.

Harcèlement, insultes, menaces de morts. Le dernier événement en date concerne la secrétaire de mairie. Elle aurait été menacée par un élu de l'opposition d'être aspergée d'acide. L'agente municipale a décidé de porter plainte pour ces faits présumés d'agression verbale. Une enquête de gendarmerie a été ouverte et la procédure est toujours en cours. Conséquence, la mairie a été fermée pendant plus de trois semaines. Elle a rouvert depuis ses portes début décembre. 

Ces exactions ont poussé le maire de la commune et certains membres de son équipe à déposer plusieurs plaintes en justice. "Il y a de la diffamation sur les réseaux et des attaques plus concrètes. J'ai personnellement été suivi sur une quarantaine de kilomètres par des opposants qui m’attendaient et qui m'ont menacé moi et menacé ma famille", témoigne Jérôme Régnier. "J'ai des attaques verbales, des outrages en conseil municipal et des menaces de morts sur certains de mes élus." Certaines plaintes ont été classées sans suite. D'autres sont toujours en cours d'instruction. 

Des attaques qui touchent notamment la nouvelle équipe municipale à l'image de Sylvain Metz. Il a été élu en décembre 2021 lors d'élections partielles suite à la démission de cinq conseillers municipaux. Dès la campagne, il aurait été pris à partie par des habitants de la commune. "Dès qu'on est allé se présenter en tant que membre de la liste, tout de suite, c'est tombé. Voyou, SS, John Doe, ça a commencé comme ça." 

Sur la page Facebook d'un groupe d'opposition Agissons pour le Saint, de nombreux conseillers municipaux de la majorité font l'objet de caricatures traduisant l'ambiance délétère qui règne au sein de la commune. Un habitant de la commune a même tagué sur sa maison "Démocratie participative. Commune en mal de maire."

Sur ces tensions qui agitent la commune, nous avons contacté plusieurs élus d'oppositions qui ne souhaitent pas témoigner car certains disent vivre "dans un climat délétère et dans une certaine crainte de ce qui pourrait nous arriver à la suite de ce genre d'initiative." 

Un autre habitant déclare de son côté, "dans notre village, tout le monde a peur de parler maintenant." 

La municipalité dénonce une mauvaise gestion de l'ancienne municipalité

 

Cette crise politique entre l'actuelle équipe et certains opposants se déroule sur fonds de difficultés financières auxquelles doit faire face aujourd'hui la commune.

Depuis son arrivée à la tête de la mairie, Jérôme Régnier pointe la gestion budgétaire de l'équipe municipale précédente et notamment de l'ancienne maire Hélène Le Ny. L'actuel maire se base sur des audits et avis réalisés par notamment par la Cour régionale des comptes et la banque des territoires. 

En février 2021, Jérôme Régnier prévient le préfet Patrice Faure. Quatre experts financiers étudient les comptes et sont unanimes : il fallait diminuer les dépenses de fonctionnement.

L'avis rendu par la CRC le 17 septembre 2021 pointait "une situation financière qui se tend : l'effet de ciseaux (charges supérieures aux produits de fonctionnement) serait atteint dès 2023 ; la baisse de l'autofinancement entraînant un recours croissant à l'emprunt pour financer les investissements, en 2026, la capacité de désendettement serait proche de 13 ans."

Un risque de mise sous tutelle de la commune

"La maire précédente avait été notifiée d'un audit mandaté par la communauté de communes en décembre 2019 qui expliquait que la commune de Le Saint allait, si aucune correction n'était appliquée, être placée sous tutelle à l'horizon 2023-2024", explique Jérôme Régnier. "Les conclusions de cet audit étaient assez alarmistes et on s'est rendu compte qu'elles étaient en deçà de la réalité parce que la maire précédente avait caché au cabinet d'audit qu'elle avait un projet de revitalisation de centre bourg à 1,7 millions d'euros au-delà des possibilités d'une commune de notre strate."

Ce projet de revitalisation du bourg et son plan de financement ont donc été par la suite revus à la baisse. 

L'ancienne municipalité rejette en bloc ces accusations

Suite à ces accusations au sujet des finances de la commune, de vives tensions ont émaillé les conseils municipaux. Durant l'été 2021, cinq conseillers de la majorité et proche de l'ancienne maire ont décidé de démissionner. Par la suite, cinq autres conseillers ont décidé de se désolidariser de l'actuel maire pour rejoindre l'opposition. 

Des élections partielles ont donc eu lieu en décembre 2021. Ce sont les candidats de la liste qui soutien le maire qui remportent l'élection. Jérôme Régnier sort conforté. 

Par la suite, deux candidats malheureux considérant que le scrutin aurait été entaché d'irrégularités ont introduit un recours le 10 décembre. Ce scrutin n'a fait qu'exacerber les tensions au sein de la commune. 

Lorsque nous avons quitté en 2020, les finances étaient saines.

Hélène Le Ny, ancienne maire de la commune.

Mais concernant les faits qui lui sont reprochés, Hélène Le Ny, l'ancienne maire de la commune a souhaité réagir face à ces déclarations du maire. "Budgets et délibérations ont toujours été validés par le contrôle de légalité de la préfecture et trésorerie. Lorsque nous avons quitté en 2020, les finances étaient saines," déclare Hélène Le Ny. 

L'ancienne maire ajoute qu'elle a alerté à l'époque les organismes de tutelle. "La préfecture et la sous-préfecture ont depuis longtemps été alertées et connaissent la situation. À ce jour, aucune médiation ou rencontre ne nous ont été proposées et aucune réponse aux mails et courriers qui leur ont été adressés.

Hélène Le Ny ajoute qu'avec l'ancienne municipalité, "notre objectif principal était d'œuvrer pour l'intérêt de la collectivité, le bien-être des saintoises et des saintois".

Des soupçons de faits présumés de malversations et d'irrégularités

Mais ce qui a mis le feu aux poudres dans le village, ce sont les soupçons de l'actuelle municipalité suite à une enquête administrative réalisée entre décembre 2020 et avril 2021 avec le centre de gestion du Morbihan. Des faits présumés concernant des malversations et d'irrégularités visant l'ancienne équipe municipale et une association locale notamment autour de la gestion du gîte communal.

"L'enquête administrative a mis en évidence dans la comptabilité du gîte des bulletins de remises en espèces au nom, non pas de la mairie, mais de l'association "Le Saint en marche" dont le trésorier n'est autre que monsieur Le Ny, l'époux de l'ancienne maire" explique Jérôme Régnier. "Ce qui peut, j'espère que le monde de l'enquête le démontrera, laisser un doute sur le fait que le gîte communal pouvait servir à alimenter d'une association et non pas les caisses de la mairie."

Alertée ces sur faits présumés, la préfecture du Morbihan a décidé de saisir le parquet de Lorient pour demander l'ouverture d'une instruction. Contacté, le Procureur de la république de Lorient ne souhaite faire pour le moment "aucune déclaration"

L'ancienne maire, Hélène le Ny a souhaité elle réagir par mail concernant cette affaire. "Des plaintes ont été déposées et des procédures sont en cours. Je n'en dirai donc pas davantage sur cette dramatique et désolante situation pour ne pas risquer de nuire aux personnes prises dans la tourmente et en grande souffrance pour certaines."

L'association des Maires de France et le Conseil départemental du Morbihan en soutien

Dans ce climat de défiance vis-à-vis du maire, l'association des maires de France du Morbihan a décidé de se porter partie civile en signe de soutien à Jérôme Régnier et à son équipe. Via cette initiative, Yves Bleunven, son président souhaite également faire accélérer les choses sur le plan judiciaire.

"La situation de Le Saint est inacceptable et si on veut que les choses reviennent à la normale et que la démocratie fonctionne, qu'on puisse garder des élus au pilotage et à la gouvernance de cette commune, il faut que l'on défende la situation et qu'on alerte la justice de la situation et d'anomalies graves", déclare Yves Bleunven. "Quand on fait la liste des exactions, on a atteint un niveau gravissime dans les faits."

Dans l'attente des suites de l'affaire, le président du conseil départemental du Morbihan suit de très près cette affaire. En signe de soutien, David Lappartient a d'ailleurs décidé de faire voter une aide de 297 000 euros pour aider la commune à se relever financièrement. 

"On regrette qu'il y ait un tel niveau de tension dans une commune comme celle-là et je veux saluer le courage du maire de tenir bon face à cela", déclare David Lappartient. "De manière plus large, j'appelle tous les habitants de la commune à se réunir et faire en sorte que ce climat de défiance préjudiciable puisse être laissé derrière." 

Le président du conseil départemental a prévu de se rendre aux vœux du maire organisés le 20 janvier prochain pour tenter de jouer la carte de l'apaisement.