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Polémique autour de la scientifique qui a rendu publique l'affaire des bébés nés sans bras

Emmanuelle Amar, épidémiologiste et directrice du Registre des malformations de Rhône-Alpes. / © PHILIPPE MIRKOVIC / MAXPPP
Emmanuelle Amar, épidémiologiste et directrice du Registre des malformations de Rhône-Alpes. / © PHILIPPE MIRKOVIC / MAXPPP

"Lanceuse d'alerte" ou "irresponsable" qui "manipule l'opinion publique"? Emmanuelle Amar, la scientifique qui a rendu publique l'affaire des bébés nés sans bras dans l'Ain, est au centre d'une intense polémique.

Par S.Salliou (avec AFP)


"Protégeons ceux qui alertent sur un risque sanitaire", a lancé l'eurodéputée écologiste Michèle Rivasi jeudi lors d'une conférence de presse à Paris. Aux côtés de deux ex-ministres de l'Ecologie, Delphine Batho et Corinne Lepage, elle a exprimé son "soutien" à Mme Amar, qualifiée de "lanceuse d'alerte".

"Mme Amar n'est pas une lanceuse d'alerte", a répliqué l'épidémiologiste Ségolène Aymé. Dans ce texte très virulent, cette directrice de recherche émérite à l'Inserm fustige les "mensonges" et "l'attitude irresponsable" de Mme Amar. Des "attaques calomnieuses", répond l'intéressée dans un entretien.

Emmanuelle Amar dirige le Remera, le plus ancien des six registres des malformations congénitales de France. Basée à Lyon, cette structure a été fondée en 1973 après le scandale du thalidomide, anti-nauséeux qui avait fait naître des milliers d'enfants sans bras entre 1957 et 1962. Le registre a notamment aidé à montrer les conséquences de la prise de l'antiépileptique Dépakine pendant la grossesse

Cet été, il a révélé que plusieurs bébés sont nés ces dernières années sans mains, bras ou avant-bras dans un périmètre restreint de l'Ain (7 naissances
entre 2009 et 2014). Deux autres groupes de cas ont été observés, en Loire-Atlantique (3 entre 2007 et 2008) et en Bretagne (4 entre 2011 et 2013).
 


Après enquête, l'agence sanitaire Santé publique France a conclu début octobre que le nombre de cas de l'Ain n'était pas statistiquement supérieur à la moyenne
nationale. A l'inverse, il y a bien, selon elle, un excès de cas en Loire-Atlantique et en Bretagne, mais qui restent sans explication.
 


Ces conclusions sont contestées par Mme Amar, soutenue par des élus écologistes comme Mme Rivasi ou Yannick Jadot. Malgré l'absence de toute preuve scientifique, ils pensent que des pesticides pourraient être à l'origine des malformations.
 

 Le fruit du hasard?


"Mme Amar fait en sorte de jeter la suspicion sur tout et tous, dans la plus grande tradition complotiste", dénonce Ségolène Aymé, qui fait autorité dans son domaine puisqu'elle préside le comité chargé d'évaluer les registres, dont le Remera. Elle souligne que l'existence d'un groupe de cas (appelé "cluster" en épidémiologie) peut, au final, être le fait du hasard. Pour cette experte, "la bonne attitude est de continuer à surveiller pour vérifier que le taux de malformations n'augmente pas avec le temps". "Si j'étais une manipulatrice de médias, on n'en serait pas arrivé à la fin du Remera", rétorque Mme Amar, qui sera auditionnée mardi à l'Assemblée nationale.
 

Entretien préalable au licenciement


Depuis plusieurs mois, elle s'inquiète pour l'avenir de sa structure, à laquelle la région Auvergne-Rhône-Alpes et l'Inserm ont retiré leur financement.  Il ne lui reste plus que les fonds de Santé publique France et de l'Agence du médicament (ANSM), soit 115.000 euros par an alors qu'il en faudrait 250.000, selon
elle. Elle a affirmé ce 19 octobre au micro de RTL, qu'elle avait été convoquée à un entretien préalable au licenciement pour le 31 décembre prochain. Emmanuelle Amar a précisé que l'ensemble de l'équipe du registre a été convoqué pour cette procédure de licenciement.

"Le motif est très clair : comme ce sont des contrats de droit public, le licenciement économique n'existe pas. En revanche, c'est un licenciement pour perte de poste. Tout simplement parce que le CHU de Lyon n'a pas reçu les financements pour l'année 2018 permettant de financer nos salaires". Selon la directrice générale du Remera, l'équipe paye son action dans l'affaire des bébés nés sans bras. Elle a demandé à rencontrer Agnès Buzyn. Selon la chercheuse, le financement a été supprimé au motif qu'elle dérange. 

Du côté de la région, dirigée par Laurent Wauquiez (LR), on affirme que c'est un "manque de justification de dépense des fonds publics" qui explique le non-versement de la subvention de 2017. Mme Aymé, elle, affirme que les financements de l'Inserm ont fini par être retirés car la directrice du Remera n'avait pas mis en oeuvre des mesures réclamées depuis 2012. Il s'agissait de "collaborer avec le réseau européen de registres de malformation" et de s'adosser à une équipe de recherche.

 

Campagne calomnieuse


Le directeur général de l'agence Santé Publique France, François Bourdillon, a pour sa part dénoncé vendredi "une campagne calomnieuse" visant l'agence. Tout en estimant que le financement du Remera devait être "maintenu dans des conditions scientifiques qui soient claires". Mme Amar peut toutefois compter sur le soutien du conseil scientifique du Remera, qui a dénoncé dans un communiqué des "attaques odieuses". "C'est quelqu'un de brillant, qui a du courage et de l'obstination", déclare Elisabeth Gnansia, présidente du conseil scientifique et ancienne directrice du Remera.

 

Selon le nouveau ministre de l'agriculture, ces scientifiques doivent prouver le lien entre les bébés sans main et l'usage des pesticides


Le nouveau ministre de l'Agriculture Didier Guillaume s'est attiré les foudres des ONG vendredi en déclarant que les scientifiques devaient faire la preuve que
l'usage de pesticides avait des conséquences sur la santé, dans l'affaire des bébés nés sans bras. "Sur la question des bébés sans bras il faut que la science fasse son travail", a affirmé M. Guillaume sur RTL. "Il y a peut-être des soupçons, mais il n'y a aucune preuve scientifique". "C'est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu'il y a des conséquences à l'usage des pesticides ou pas", a-t-il ajouté. Dans cette affaire, l'Agence sanitaire du ministère de la Santé a choisi d'arrêter d'enquêter. 


 Les propos du ministre ont été très mal reçus par les ONG comme par la gauche, plutôt tenants du principe de précaution. "Ca commence bien mal! Première intervention et déjà une communication de lobbyiste. Les études sont toutes là, la démonstration des magouilles et mensonges de Monsanto aussi, mais on ne va pas contrarier la FNSEA, n'est-ce pas?", a aussi ironisé Pascal Durand, eurodéputé écologiste, sur les réseaux sociaux. "L'âge de bronze..." a noté Benoît Hamon, fondateur du mouvement Génération.s qui a lui même publié sur son compte twitter: "trois jours d'exercice et déjà porte-parole des lobbies: chapeau bas".
  
"La loi stipule que c'est au producteur de prouver, au moment de la demande de mise sur le marché, que son produit n'a pas d'effet inacceptable en regard des
différents critères réglementaires. Ce n'est pas aux scientifiques de montrer que le produit a des effets. On va mettre (la déclaration du ministre, NDLR) sur le
compte de l'inexpérience
", a ajouté M. Veillerette.
 

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