REPORTAGE. Locminé. Recyclage des masques, un an après le début de l'initiative, où en est-on ?

L'économie solidaire, l'écologie, autant de sujets importants aux yeux des Français. A Locminé, dans le Morbihan, c'est tous les jours que ces idées sont mises en pratique. Retour dans cette ville, un an après le lancement du recyclage des masques.

A l’orée de cette élection présidentielle, l’écologie apparaît comme la 3è préoccupation des Français (après la démocratie et le pouvoir d’achat) dans l’enquête "Ma France 2022" menée par France Télévisions.

Alors direction Locminé au cœur du Morbihan. Dans cette commune d’un peu plus de 4 100 habitants, l’écologie se vit au quotidien. Il y a d’abord la piscine chauffée par une chaudière à bois et un méthaniseur alimenté par les déchets de la collectivités. Le hub énerco, incubateur d'entreprises écoresponsables.

"Avec les prix actuels de l’énergie, on estime l’économie à 45 000 €/an, se félicite Joël Nicol, DGS (directeur général des services) à Locminé.  
Et puis il y a le recyclage des masques. Locminé a été l’une des rares communes en France, avec Meudon en Ile-de-France, à s’être emparée de ce problème.

Pionnière dans le recyclage des masques 

Dès janvier 2021, 17 bornes de collecte de masques usagés ont été installées à travers la ville dans les écoles, les commerces, les pharmacies, les rues. A la manœuvre, Mickaël Offret, conseiller municipal et président du club d’athlétisme.

Je voyais les élus aller inaugurer des usines de masques et je me disais qu’il manquait un maillon de la chaîne : le recyclage

Mickaël Offret

Conseiller municipal à Locminé

Un visage rond et des yeux noirs pétillants d’énergie. "J’en avais marre de voir des masques par terre, se remémore-t-il. Les gamins que j’entraînais ramassaient des masques usagés par terreCe n’était pas hygiénique."

Et Mickaël Offret va plus loin : "Je voyais les élus aller inaugurer des usines de masques et je me disais qu’il manquait un maillon de la chaîne : le recyclage." 

Simple comme un coup de fil

Ni une, ni deux. Il imagine la solution : collecter, puis recycler. "C’était deux coups de fil à passer", assure-t-il. D’abord l’ESAT (établissement ou service d'aide par le travail) de Grand Champ, à une vingtaine de kilomètres de Locminé. Là, les barres de métal des masques sont enlevées.   

Puis le tout part à l’usine Plaxtil de Châtellerault dans la Vienne, où ils sont fondus et transformés en supports pour smartphones ou en règles, équerres, rapporteurs distribués dans les écoles de la commune.  

10 centimes par masque

En 15 mois, la mairie a collecté et recyclé 50 000 masques. "Tout ça a un coût, précise Joël Nicol, le DGS. Environ 10 centimes par masque."

"Ce sont des choix, sourit Mickaël Offret. On préfère consacrer l’argent à ça qu’à des feux d’artifice." Le recyclage de 20 masques permet d’obtenir un kit d’écolier : règle, rapporteur, équerre.  

Fiers de leur modèle d’économie circulaire, Joël Nicol et Mickaël Offret auraient aimé faire des émules. De nombreuses mairies les ont contactés mais aucun projet n’a abouti à leur connaissance.

Pourtant à les écouter, les citoyens sont demandeurs. Pour preuve dans les rues de Locminé, pas un masque ne traîne. La population a joué le jeu. Toutes les personnes interrogées sont unanimes à l’image d’Emmanuel : "A la maison, on stocke et on les dépose dans les bacs."

Un processus de recyclage adaptable à d'autres équipements

Aujourd’hui, le port de masque se faisant plus rare, les stocks récoltés diminuent. Des bornes de collecte ont été retirées. Il n'en reste que cinq. Le processus mis en place par la mairie pourrait être calqué pour les EPI (équipements de protection individuelle) des hôpitaux ou de l’agro-alimentaire. L’idée est lancée, mais pas sûr que les structures concernées s’en emparent. Question de coût.