À Vannes, ils manifestent contre l'accueil de la frégate russe Shtandart pour la Semaine du Golfe

Une manifestation s'est tenue à Vannes ce samedi 18 mars contre la participation du navire russe Shtandart à la Semaine du Golfe du Morbihan. Un collectif dénonce un accueil illégal au regard des sanctions à l'encontre des navires russes en Europe, argument que réfutent l'organisation de l'événement et le capitaine du bateau.

Arborant les fameux drapeaux jaune et bleu ukrainiens, une trentaine de manifestants s'est rassemblée à Vannes devant les locaux de l'organisation de la Semaine du Golfe du Morbihan, vers 11 heures ce 18 mars.

"Les Ukrainiens de La Rochelle m'ont demandé de les appuyer dans leur campagne pour demander le départ du navire russe Shtandart qui viole les sanctions dans les ports français, explique Bernard Goua, Nantais membre du collectif No Shtandart in Europe et originaire du Morbihan. Le bateau, réplique de la frégate de Pierre le grand au XVIIIe siècle, qui mouille actuellement à La Rochelle, doit participer à la Semaine du Golfe du Morbihan, du 15 au 21 mai 2023.

On n'est pas là pour polémiquer mais pour rappeler les textes européens, notamment un article qui interdit la présence de tout navire russe dans les ports européens. (...) Ce n'est pas du troll ou de la politique, c'est du simple civisme."

Nous demandons aux organisateurs de la Semaine du Golfe d'agir moralement - puisque ces sanctions ont été prises suite au massacre de Boutcha - et d'agir en tant que citoyens, en respectant la loi européenne qui s'impose à tous.

Bernard Grua

activiste au sein de No Shtandart in Europe

Du côté de l'organisation de la Semaine du Golfe, qui possède le feu vert des autorités, on reste pantois. "En tant qu'organisateurs, nous nous sommes renseignés auprès des douanes qui possèdent une cellule chargée d'appliquer les éventuelles interdictions de stationner dans les ports français, raconte Gérard d'Aboville, le commissaire général de la Semaine du Golfe du Morbihan.

La réponse est claire : le Shtandart n'est pas un navire de charge ni de plaisance, il a le droit de stationner dans un port français. Cet argument a été entériné par le secrétariat général de la mer, celui des affaires européennes, les affaires maritimes. Partant de là, l'organisation de la Semaine du Golfe ne va pas prendre seule la décision de refuser le Shtandart dans le port de Vannes. Nous serions d'ailleurs en tort.

Gérard d'Aboville

commissaire de la Semaine du golfe du Morbihan

Opposant à Poutine

Le capitaine et propriétaire du Shtandart ne comprend pas les manifestations contre la venue de son bateau à Vannes. "M. Grua tente de ruiner les efforts de tous. Je ne vois pas d'explication raisonnable à ça, assène Vladimir Martus, désabusé. Ce monsieur est en train de gâcher le festival pour le public français, et gâche aussi l'argent du contribuable."

Nous vivons aujourd'hui une période compliquée. En tant que citoyen russe, je ne peux pas commenter les actions militaires de la Russie. Tout ce que je peux dire, c'est que je suis activement contre les décisions du président de la Fédération de Russie. C'est tout ce que je peux dire pour ne pas avoir de problème avec la justice de mon pays.

Vladimir Martus

capitaine et propriétaire du Shtandart

Russo-Ukrainien, le marin se défend : son père est "originaire de la ville de Novoukrainka, pas très loin de Zaporijia [grande ville industrielle du sud de l'Ukraine, NDLR]" et il a de la famille "à Mariinka et Kourakhove, tout près des combats". Il rappelle que le Shtandart "a définitivement quitté la Russie en 2009" et qu'il est devenu aujourd'hui "une organisation non commerciale qui dépend essentiellement des dons." Or, les boycotts de certains événements - à Sète et à Bordeaux - ont mis à mal les finances du Shtandart, qui "envoie notamment des dons à un hôpital de Zaporijia" soutient Valdimir Martus.

"Il y a ici des gens qui ont tout perdu"

"Il se compare aux Ukrainiens victimes de Poutine et c'est inacceptable, répond Bernard Grua. Vladimir Martus possède un yacht de 34 mètres, se déplace où il veut, a un domicile à Saint-Péterbourg où il peut retrouver sa femme et ses enfants quand il le souhaite. Il vit une vie libre sur les mers, c'est un yachtman qui prend du bon temps et qui se fait payer par différentes organisations pour réparer son bateau. Alors qu'ici, il y a des gens qui ont tout perdu, leur maison, y compris des membres de leurs familles."

De son côté, Vladimir Martus martèle que son organisation n'est pas en France pour promouvoir la politique russe. "Quand l'Ukraine redeviendra libre, qu'adviendra-t-il des millions de Russes ? Nous devons construire de bonnes relations, inclure les Russes dans la reconstruction de l'Ukraine, confie le capitaine. Tous ne supportent pas Poutine. En tous cas, ici sur le Shtandart, nous sommes des opposants et nous ne nous en cachons pas."