"En un an, ma vie a changé". Artiste pendant trente ans, il est devenu livreur à cause de la pandémie.

Thierry Lassemblée, 52 ans, est artiste. Depuis 30 ans, il sillonne les routes de France avec sa caravane transformable en scène de concert. Faute d’événements, il a été contraint de s’adapter et est devenu livreur. Rencontre.

Thierry Lassemblée devant sa caravane transformable en scène de concert.
Thierry Lassemblée devant sa caravane transformable en scène de concert. © Juliette Vincent Seignet / France Télévisions

Cheveux longs, lunettes de soleil, Thierry Lassemblée, n’a pas perdu son âme de rockeur. Pourtant, depuis un an, toute son activité est à l’arrêt. Fini les concerts, fini les rencontres… et fini les rentrées d’argent.

Rapidement, Thierry Lassemblée a été obligé de se réinventer. Depuis mai dernier, il travaille dans une société de livraison à Vannes. "C’est le grand écart mais c’est un mal nécessaire, obligatoire. C’est un boulot alimentaire, mais il ne faut pas le prendre au sens péjoratif du terme. C’est vraiment pour manger. Il faut que l’argent rentre.

Depuis le début de la crise, Thierry Lassemblée bénéficie de l'aide de 1.500 euros de l’Etat. Une somme insuffisante pour combler toutes ses charges. 


La vie d’artiste mise de côté

Avant la crise, le quotidien de Thierry Lassemblée tournait autour des rencontres, de la fête, des concerts. "J’avais une vie d’artiste, une vie sur les routes, une vie à installer le matériel de musique. Une vie dans une ambiance festive, qui me motivait tous les jours".

En mars dernier, juste avant l’annonce du premier confinement, Thierry Lassemblée avait déjà tout préparé pour sa prochaine tournée. "Ca a été un gros coup de massue que j’ai reçu sur la tête. C’était la douche froide. Tout était prêt à partir", se souvient-il.

Désormais, sa vie professionnelle se résume à transporter des colis, des denrées alimentaires ou des échantillons de test Covid.

Aller chercher des échantillons de test covid c’est beaucoup moins rock’n roll que d’accueillir des musiciens qui vont faire les bœufs sur scène, ça c'est sûr !


Une reconversion éprouvante

Le plus difficile dans sa reconversion a été le changement de rythme. Quand il a commencé les livraisons, Thierry Lassemblée s’occupait des tournées dans le transport frigorifique. Il devait livrer des denrées alimentaires périssables. Tous les matins, le réveil sonnait à 3h45. "Pendant trois mois, je me suis levé à l’heure où je me suis couché pendant trente ans". Une souffrance qui lui fait perdre 4 kilos.

Il a fallu mettre son égo de côté. Passer du statut de chef d’entreprise à celui d’intérimaire, ce qui n’est pas forcément évident.

Mais Thierry Lassemblée est de nature optimiste. Il préfère voir les bons côtés de cette reconversion, en attendant la reprise. "Ce que je constate, c’est la grande capacité d’adaptation de l’être humain". Ce changement de vie, c’est aussi un petit clin d’œil à son père. "Mon père s’est fait licencier dans les années 1980, il travaillait dans la sidérurgie et a repris les études pour passer son diplôme de mécanicien pour partir en mer".

"Mon père l’a fait, c’est peut-être un moyen de montrer que le fiston aussi est capable de s’adapter à la situation".  

Même si Thierry Lassemblée a accepté son nouveau quotidien il préférerait que cette période passe le plus rapidement possible, pour retrouver sa vie d'artiste. "Ce qui me manque le plus, c'est la basse qui frappe, la grosse caisse qui émet des ultrasons, des vibrations qui me prennent dans le corps. Ce sont des sensations que nous avons presque oubliées, que j'espère voir revenir très vite parce que c’est vital".

Ce passionné de musique espère reprendre les tournées avec sa caravane l’été prochain.

 

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