Tourisme en Bretagne. Le casse tête des logements saisonniers

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Écrit par Quentin Cezard

Les saisonniers se font désirer sur tout le littoral breton. Il va en manquer cet été. Parmi les freins essentiels à leur embauche : le logement. Communes, offices du tourisme et professionnels s'organisent et tentent de trouver des solutions pour réussir à les héberger.

"En plein été, on aura des restaurants fermés pendant deux jours consécutifs parce qu'ils vont manquer de saisonniers". Arnaud Burel, directeur de Golfe du Morbihan Vannes Tourisme, ne cache pas son inquiétude alors que "juillet et août représentent pour certains professionnels presque 50% de la fréquentation annuelle".

Il va manquer de personnel dans le secteur du tourisme. Les saisonniers se font rares. Ils sont plus exigeants sur leurs conditions de travail et ont de plus en plus de mal à se loger. 

"Il y a une inversion des forces, développe Arnaud Burel. On est revenu au plein emploi. On a plus d’offres que de saisonniers. Ils sont en forces et font des choix. Ils peuvent imposer leur manière de travailler". 

Si les conditions de travail ne leurs conviennent pas, ils vont les refuser. Si le logement n'est pas suffisamment confortable, ils vont aussi pouvoir négocier ou bien aller voir ailleurs si leurs interlocuteurs ne répondent pas assez vite.  

Si un saisonnier est bon, il y a 15 personnes qui veulent l'embaucher. Avant on disait au candidat "on vous rappelle". Aujourd'hui ce sont eux qui nous le disent

Bruno Kerdal, président de l'Umih 56

"Si un saisonnier est bon, il y a 15 personnes qui veulent l'embaucher, explique Bruno Kerdal, président de l'Umih 56 (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie, NDLR). Aujourd'hui, il faut mieux les rémunérer, mieux les loger. On ne peut plus les payer comme avant. Avant on disait au candidat "on vous rappelle". Aujourd'hui ce sont eux qui nous le disent".

"Il faut être extrêmement réactif, détaille Jean-Luc Jolibois, coordinateur logement à l'association Agora Services qui propose des solutions d'hébergements aux jeunes travailleurs dans les pays d'Auray, Quiberon et Lorient. On doit trouver une solution d'hébergement dans la journée, sinon les saisonniers partent dans une autre commune !".

Lorsque le saisonnier est bien accueilli, il tient la saison

Jean-Luc Jolibois, association Agora Services

Mais voilà le hic : il y bien plus de demande que de places. A titre d'exemple, sur le ressort d'Auray Quiberon Terre Atlantique (AQTA), la maison du logement reçoit plus de 400 demandes d'hébergement par an alors qu'elle n'a que 56 places à proposer aux saisonniers sur la collectivité de communes. 

"Avant les saisonniers se dépannaient dans les campings mais il y a de moins en moins d'offres de camping léger, à l'ancienne avec une simple tente, continue Jean-Luc Jolibois".
Les prix sont trop élevés pour ces travailleurs précaires qui "demandent de plus en plus de confort pour venir travailler. Lorsque le saisonnier est bien accueilli, il tient la saison".

Transformer une colonie de vacances en logements

L'AQTA s'est pourtant organisée ces dernières années pour tenter de trouver des solutions. La communauté de communes a racheté l'ancien hôtel Relais sur la presqu'île de Quiberon, pour y loger une vingtaine de personnes. Et l'a transformé en huit appartements pour en faire des colocations de travailleurs.

Le dernier projet va voir le jour début juillet à la Trinité-sur-mer : I'AQTA a mis la main sur La maison des salines, une colonie de vacances qui pourra héberger des jeunes travailleurs dès juillet. 20 personnes seront accueillies dans l'urgence cet été. Des travaux seront faits après la haute saison pour la réhabiliter. Elle pourra accueillir 30 personnes toute l'année. 

Du côté de Carnac, la ville négocie pour racheter un ancien camping pour y loger ses travailleurs. Certains professionnels louent des mobil-homes pour leurs saisonniers à prix cassés dans les campings, mais les places sont peu nombreuses. Il est en effet plus rentable de louer 1.000 euros la semaine à des touristes que 500 euros au mois à des travailleurs.

Appel aux habitants à Crozon

"On a 20 ans de retard par rapport à la montagne, attaque Arnaud Burel, directeur de Golfe du Morbihan Vannes Tourisme. Il faut absolument penser cette problématique du logement des saisonniers en amont sinon ils vont tracer leur route".
La Bretagne a du retard au démarrage. "Et les collectivités ont les pieds dans le ciment ! On a peur d'expérimenter !".

Heureusement pas partout. A Perros-Guirec, un guide de l'emploi saisonnier a été mis en place et le programme "un toit, un emploi" a vu le jour.
L'idée ? Développer une offre d’hébergement chez l’habitant. Une idée qui a séduit sur la presqu'île de Crozon. "On a fait un appel aux habitants fin mars, explique Sabine Le Pape-Kerdomarrec, agent à l’office de tourisme chargée de mettre en lien particuliers et saisonniers. 15 propriétaires ont répondu positivement pour une trentaine d’hébergements à Crozon, Camaret, Argol, Lanvéoc ou Telgruc". 

Concurrence d'Airbnb

"Il y a toujours eu un soucis de logement mais jamais de cette ampleur là, le président de l'Umih 56. Tous les propriétaires, qui, jusqu'ici, louaient aux saisonniers, sont partis sur d'autres plateformes type Airbnb. Le problème c'est qu'on investit beaucoup plus pour faire venir des touristes plutôt que pour accueillir les saisonniers.

"Je le dis à tous ceux de la profession : si vous le pouvez, achetez un logement ! Petit à petit. Il faut investir pour loger le personnel" conseille-t-il.

C'est ce qu'a fait Mémé Germaine, un restaurant à Camaret, sur la presqu’île de Crozon. La propriétaire a acheté une maison pour loger ses saisonniers. Mais c'est un luxe que tous ne peuvent pas s'offrir même si Bruno Kerdal le promet : "il y a un retour sur investissement".

Dans tous les cas, les professionnels n'échapperont pas à l'obligation de loger le personnel. "Comme en Savoie, où la question du logement ne se pose même pas pour les saisonniers". 

Saisonniers à l'année

Du côté d'Arzon, Roland Tabart, le maire a décidé de renverser la table. "Il faut redéfinir le saisonnier, explique-t-il. Le saisonnier qui n'est là que deux mois l'été est une caricature. Ce n'est plus cela. Il y a des saisonniers annuels et des momentanés".

Selon lui, il faut donc repenser l'accueil et l'hébergement de ces travailleurs sur toute l'année. Certains saisonniers travaillent au cours de l'année scolaire, sur le port pour l'entretien des bateaux à Arzon, dans le milieu de la pêche ou à la conserverie à Quiberon, chez le boucher pour une formation à l'année.
D'autres sont là en hiver pour les huîtres. Et enfin, les saisonniers "classiques" pour la saison touristique très élargie à Noël et d'avril à octobre, des sauveteurs sur les plages aux serveurs dans les bars.

Conclusion du maire : il y a un besoin de logement toute l'année. Il a donc décidé de mettre tout le monde autour de la table. Professionnels et élus se sont lancés dans un partenariat public-privé pour créer 65 logements dans la commune.
Des logements qui serviront toute l'année. "On a trouvé un modèle, affirme Roland Tabart. Le dossier est là, avec les partenaires. Maintenant il faut trouver les financiers, les subventions pour que tout cela aboutisse avant la fin du mandat". Affaire à suivre.