Pollutions au norovirus. Pourquoi les ostréiculteurs veulent saisir l'Europe et porter plainte contre l'Etat

Face aux pollutions répétées au norovirus et les fermetures des zones de vente de leurs productions, les ostréiculteurs brandissent la menace d'une procédure auprès de l'Europe. Ils veulent faire pression sur les pouvoirs publics pour accentuer les travaux d'assainissement des eaux rejetées en mer.

Samuel Durand, président du syndicat ostréicole des deux rivières (Crac’h et Saint-Philibert)
Samuel Durand, président du syndicat ostréicole des deux rivières (Crac’h et Saint-Philibert) © S. Izad - FTV

"Oui, ça se justifie d'aller voir au niveau judiciaire, ce qui est possible de faire, car on a eu 6 fermetures en 5 ans", explique déterminé Ronan Henry, vice-président du syndicat ostréicole des deux rivières (Crac'h et Saint-Philibert). "On sait que résoudre le problème de la pollution est difficile par rapport à la masse de travaux à réaliser pour mettre en conformité les stations d'épuration, les réseaux de canalisations ou encore les habitations. On veut donc faire pression".

 

Des fermetures de zones trop récurrentes

Car pour Ronan Henry, les ostréiculteurs morbihannais sont les victimes des multiples fermetures administratives de zone de pêche et de ramassage de coquillage provoquées par des pollutions au norovirus (virus de la gastro-entérite). Des fermetures qui les empêchent de vendre leurs huîtres plusieurs semaines chaque année. 

Il y a encore un peu plus d'un mois, fin février, début mars, deux zones ont été fermées une semaine, à Carnac et en rivière de Crac’h. Et tous les professionnels du secteur se souviennent encore de l'hiver 2019 - 2020 durant lequel certaines zones avaient été fermées jusqu’à 10 semaines, provoquant un manque à gagner énorme pour les entreprises ostréicoles.

 

Des aides pour la création de bassins de purification

"On doit obtenir des dédommagements car ce n'est pas au pollué de payer les frais de ces fermetures mais au pollueur de payer et il faut forcer à faire les travaux d'assainissement" explique Ronan Henry. L'ostréiculteur estime également qu'il faudrait créer sur chaque entreprise ostréicole des bassins de purification afin de mettre à l'abri les huîtres et ainsi ne pas être fermé longtemps en cas de pollution. "Un investissement lourd, mais qui est la seule solution pour ne plus être fermé et garantir la sécurité alimentaire aux consommateurs" précise le responsable du syndicat. "Il faut qu'on nous finance ces bassins de purification" insiste-t-il.

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Ronan Henry, ostréiculteur, explique la nécessité des bassins de purification

 

Une procédure judiciaire auprès de l'Europe pour "faire pression"

L'ostréiculteur conçoit que des travaux pour mettre aux normes les stations d'épuration et les réseaux de canalisations ont été engagés, dont la réhabilitation de l’assainissement collectif lancé par l’intercommunalité Auray Quiberon terre atlantique (Aqta). Mais, il y a tellement à faire avec des centaines de kilomètres de canalisations à changer et des stations d'épuration à agrandir que le professionnel estime qu'il y a urgence à "faire pression".

Savez-vous qu'il y a encore des endroits dans le département où quand quelqu'un tire la chasse d'eau, ça part directement à la plage. C'est un vrai problème de santé publique.

Samuel Durand, président du syndicat ostréicole des deux rivières (Crac’h et Saint-Philibert)

Samuel Durand, président du syndicat ostréicole des deux rivières (Crac’h et Saint-Philibert) explique que les ostréiculteurs ont pris contact avec l'avocate Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement. Avec ses conseils et son expertise, ils envisagent de porter la question auprès de l’Europe et cherchent la meilleure procédure pour porter plainte contre la France pour non-respect de la directive-cadre sur l’eau. Une initiative à laquelle d'autres régions pourraient s’associer.

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Samuel Durand, président du syndicat ostréicole des deux rivières, précise les mesures judiciaires

 

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