"Raconte moi" ton confinement en Bretagne : entre bouleversement et opportunité, ils témoignent

Avec l'annonce du confinement et des normes sanitaires, nos vies professionnelles et familiales ont été bouleversées. Pour certains cette période s'est avérée être difficile, d'autres l'ont vécu comme une opportunité. "Raconte-moi"est une collection de témoignages face au Covid.

"Raconte moi" ton confinement en Bretagne
"Raconte moi" ton confinement en Bretagne © Catherine Ribault Masson - Ten2Ten films, Le groupe Ouest, Produit en Bretagne, Breizh Film Fund et France 3 Bretagne

Marie-Claire Franchet travaille au sein de l'entreprise Cloitre, à Saint-Thonan, premier imprimeur breton. Peu avant l'annonce officielle du confinement, l'époux de Marie-Claire est testé positif à la Covid 19. Dès lors, elle commence à exercer sa profession a distance et s'y résigne, non sans difficulté. 
 

Je prends mes cartons et je me retrouve chez moi toute seule dans la salle-à-manger, mon mari lui est dans sa chambre et je me trouve là, hébétée. Seule en me disant "mais qu’est-ce qu’il m’arrive?"

Marie-Claire Franchet


Quelques jours plus tard, Marie-Claire est elle-même atteinte par la maladie. Elle témoigne d'un sentiment d'impuissance, vis-à-vis de son entreprise notamment. "Quelques jours après, je me retrouve malade également. Je ressens une forme de culpabilité parce que je sais que notre PDG est en train de se battre. on vient de subir 80% de baisse de notre chiffre d’affaires et moi, je suis là mais pas moyen d’aider concrètement. »
 

Ex-malade du Covid, Marie-Claire Franchet est optimiste : "C'est l'esprit breton"

 


Marie-Claire est optimiste et tire de belles leçons de cette crise qu'elle a dû traverser.

 

 

 

Dans cette difficulté, on va y aller, c’est l’esprit breton aussi d’une certaine façon.

Marie-Claire Franchet

 


"Je pense qu’il y a un élan formidable de solidarité. On a eu des appels d’éditeurs qui nous ont dit 'on avait l’habitude d’imprimer en Pologne. Si vous êtes 15% plus chers, c’est vous qu’on choisira'. C’est une espèce de proximité relationnelle avec les gens. C’est-à-dire qu’on va partager nos problèmes, nos sentiments par rapport à ce qui nous est tombé dessus. Il y a une volonté de dépasser ces difficultés. Dans cette difficulté, on va y aller, c’est l’esprit breton aussi d’une certaine façon." 
 

 

Pour Matthieu Breton : "Un véritable coup de massue"

 
Travaillant dans le milieu des sorties et de la restauration, Matthieu Breton est artisan brasseur. Il a dû mettre son activité à l'arrêt. 
 

Le 14 mars dernier, on a appris dans la douleur, comme beaucoup de nos concitoyens, qu'on nous proposait, ou plutôt qu'on demandait de ne plus nous voir, de ne plus nous mettre ensemble, de ne plus partager d'instants conviviaux. Vous imaginez bien que pour nous ça a été une très très dure nouvelle.

Matthieu Breton, artisan brasseur


Néanmoins, Matthieu a su tirer du positif de cette situation et a constaté l'émergence d'un réel élan de solidarité. "Assez rapidement, cette période de trouble et de stress intense va finalement devenir une période de profonde amitié. On a vu que les gens se sont retournés avec beaucoup d'intensité vers nous, pour prendre de nos nouvelles : en nous appelant pour voir si ça n'était pas trop dur. On a assisté à un vrai engouement solidaire".
 


Le 2 juin a été une libération. Depuis, si ce déconfinement lui a ôté un poids, il reste toutefois prudent vis-à-vis de l'avenir. Cette incertitude réveille encore en lui pas mal d'inquiétudes.

"Tous ces chiffres sont bien sympathiques mais ce que l'on comprend en substance, c'est que le covid revient. Il faut qu'on fasse attention. On craint que ce retour ne nous soit à nouveau préjudiciable. Quand je dis "nous" je pense évidement à la brasserie mais pas que. Je pense aussi à nos clients, nos bistrotiers : tous les commerçants en fait, parce que ce monde là, c'est le nôtre. Tous ces gens qui sont réunis autour d'un projet commun. On appelle cela l'humanité je crois."

La leçon principale que Matthieu tire de cette crise est la suivante : " Cette crise nous a obligé à nous arrêter deux minutes de courir, à regarder un peu autour de nous, et probablement à prendre un recul que l'on n'arrive jamais à prendre en temps normal."


Cindy Bremanato, agent de service : "je devais me désinfecter avant de voir mes proches" 


Cindy est agent de service au Gouesnou dans le Finistère. Elle témoigne, comme beaucoup, de l'esprit de solidarité et de bienveillance né du confinement. 

Forcée de maintenir son activité en présentiel, Cindy décrit cette période comme très anxiogène.  "On est là on arrive sur le lieu de travail. On commence à s’habiller avec les choses qu’il faut. On est là dans la peur, même si c’est vide, il y a très peu de monde dans les sociétés, il y a quelques personnes qui traversent mais on est là, quand même dans la crainte d’avoir ce coronavirus. "
 


Ses habitudes ont aussi été modifiées du fait de son travail et de la crise. 
 

Quand j’arrivais chez moi, ça va être peut-être drôle pour certains, mais moi, je n’allais pas vers ma famille leur dire "bonjour je suis rentrée du travail". Ce n’était même pas concevable à ce moment-là donc le premier réflexe c’est que j’allais à la salle de bains me laver, me désinfecter avant de voir mes proches.

Cindy Bremanato


Si la crainte ne l'a pas complètement quittée, l'annonce du déconfinement a été très positive pour elle. Cindy témoigne de la reconnaissance de ses clients. "Je pense que ça a été réconfortant pour les gens, après le déconfinement que je vienne faire la désinfection de leurs locaux. Ils se sentaient quand même en sécurité. Je pense qu’ils avaient ce réconfort que je sois là pour pouvoir désinfecter où ils étaient. J’ai l’impression que les gens étaient reconnaissants que je sois là pour faire ce genre de choses. On était invisible pour ces personnes-là et c’est vrai que depuis le Covid, c’est devenu très important pour eux. D’un coup j’ai été plus visible à leurs yeux sur ces choses-là. "


Raconte-moi, une collection de témoignages


Matthieu, Leslie, Vincent, Claire, Gwenaël, Dolores et bien d'autres. C'est au total trente témoignagnes que le Groupe Ouest, la société de prodution Ten2Ten avec le soutien de Produit en Bretagne et de France 3 Bretagne ont pu récolter, écouter, mettre en lumière pour figer et ainsi pouvoir en garder une trace.

Qu'ils soient poète-entrepreneur comme Sébastien Minguy de La Vallée des Saints ou brasseur-connecté comme Jean-François Istin, tous s'expriment face caméra, sans artifice, sur leur expérience du confinement et de cette crise sanitaire. Tantôt un bouleversement, parfois un réveil, ces bretonnes et bretons livrent leurs émotions. 

"L'envie de retour à la nature", "le besoin de réussir à rencontrer son voisinage, prendre le temps", ou encore "l'impression de ne jamais pouvoir s'en remettre". Les sentiments vécus sont aussi différents que le nombre de regards posés sur ce moment qui restera dans nos mémoires. 
  

 
Trente visages de Brest à Rennes, en passant par Carhoët, Quimper ou Morlaix, retrouvez sur notre cartographie chacun des entretiens réalisés. Zoomez, dézoomez sur la cartographie, rapprochez vous de votre domicile, et écoutez le témoignage recueilli près de chez vous.

 

 

 


Retrouvez ci-dessus les témoignages de :

 

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