Régionales 2021. L'abstention, l'adversaire invisible des candidats

Les Bretons seront-ils nombreux à voter en juin prochain pour les élections régionales et départementales ? Sur le terrain, les candidats constatent surtout l'indifférence des électeurs essentiellement préoccupés par le déconfinement. La mobilisation pour les deux scrutins est désormais un enjeu. 

© Kévin Gaignoux-France Télévisions

Il y a des chiffres qui interpellent. L’année dernière en Bretagne, les élections municipales ont enregistré un taux record d’abstention : 58,4%. La crise sanitaire n’étant toujours pas réglée, l’ombre d’un nouveau "flop" civique plane à nouveau sur les élections départementales et régionales prévues les 20 et 27 juin prochain.

Ce mardi, Daniel Cueff, le candidat de la liste « Bretagne ma vie »,  appelle à se mobiliser contre l’abstention. Dans une lettre adressée à Loïg Chesnais-Girard, le président du Conseil régional, l’ancien maire de Langouët demande à la Région de lancer une campagne de communication pour sensibiliser au vote.
 

Courrier de Daniel Cueff adressé au président du Conseil régional pour les élections des 20 et 27 juin prochain.

« Nombre de nos concitoyens ne se déplacent pas aux urnes pour la simple et bonne raison qu’ils ne sont pas au courant que des élections se tiennent. La Région a les moyens de communication permettant de faire une campagne d’affichage. D’ici à l’échéance électorale il faut que les gares, les panneaux d’affichages municipaux, les panneaux publicitaires soient remplis d’affiches indiquant les dates de l’élection et les modalités permettant aux citoyens d’aller voter (…) la ville de Lyon a d’ores et déjà mis en place une telle campagne » fait remarquer Daniel Cueff.

Proposition soutenue désormais par deux autres candidats, Thierry Burlot pour la majorité présidentielle et Gilles Pennelle pour le Rassemblement national.
 

Pas le rôle de la Région

Contactés ce mardi, les services de la Région sont plus dubatifs. "Nous avons un cadre juridique strict en matière de communication électorale. Contrairement aux communes, la Région en tant que collectivité n’a pas en charge l’organisation  des scrutins. Nous ne souhaitons pas être taxés de partialité ou accusés de propagande. Il y a donc une zone floue où nous ne souhaitons pas entrer.  Par ailleurs, l’association des Régions de France, via une campagne de communication, sensibilise déjà à ce problème"  précise le cabinet de Loïg Chesnais-Girard .

D’autres candidats attendent surtout la campagne de sensibilisation au vote que doit lancer prochainement le gouvernement via les médias traditionnels et les réseaux sociaux. "Les maires peuvent être de bons relais pour informer les concitoyens via les bulletins municipaux. Ils vont devoir aussi recruter des assesseurs . Ce sera aussi l’occasion de rappeler qu’il y aura deux élections les 20 et 27 juin prochain " précise Isabelle Le Callennec, candidate LR, cheffe de file de la liste " Hisser haut la Bretagne !".
 

Des électeurs peu concernés

Une chose est sûre: le contexte sanitaire actuel ne facilite pas une campagne électorale dynamique.

" Sur les marchés, les gens sont étonnés qu’on leur distribue des tracts. Aujourd’hui leurs préoccupations c’est quid du déconfinement, quid des prochaines vacances. Le fait qu’il y aura un double scrutin et aussi le passage du Tour de France fin juin, ne nous aident pas non plus " observe Gilles Pennelle .

Le chef de file du Rassemblement national attend donc à partir de la mi-mai un nouvel assouplissement des règles. Aujourd’hui, le couvre-feu à 19h ne s’applique plus pour les candidats qui peuvent également circuler au-delà des 10 km pour les besoins de leur campagne. " Avec des incohérences tout de même. Nous avons le droit d’ouvrir une permanence électorale, mais il nous est interdit de recevoir du public"  déplore Gilles Pennelle.

D’autres listes se contentent de contacts beaucoup plus restreints avec la population. Isabelle Le Callennec, cheffe de file (LR) de « Hisser haut la Bretagne ! » a pu reprendre son Tro Breizh à bord des TER. La maire de Vitré multiplie également les petites réunions en mode visio. "Nous avons organisé cette semaine une visioconférence avec des jeunes. Les questions qui relèvent de la compétence de la Région comme l’emploi ou la formation, les ont beaucoup intéressés. Je suis donc persuadée que ces jeunes iront voter en juin prochain" affirme la candidate de la droite bretonne.

                                                                        

 

Une campagne digitale

Sérénité affichée également du côté des écologistes. " Depuis un an, avec la crise sanitaire, beaucoup de choses sont imposées à la population. Je constate sur le terrain une envie de débat et d’expression " souligne Claire Desmares-Poirrier, tête de liste écologiste et régionaliste « Bretagne d’avenir ».

Son équipe a tout de même lancé sur les réseaux sociaux une série de communications sur les modalités de vote. " Aujourd’hui l’enjeu ce sont aussi ces milliers de Bretons qui ne sont pas inscrits ou mal inscrits sur les listes électorales. Souvent des personnes qui ont déménagé ou des étudiants qui sont restés inscrits dans la commune de leurs parents. Ils ont jusqu’au 14 mai pour ré-actualiser leur inscription !" alerte  la candidate EELV.

Pour mobiliser l’électorat, une stratégie beaucoup plus neutre que celle choisie par les écologistes franciliens. Ces derniers viennent d’enflammer la « toile » avec des visuels jugés discriminants envers les électeurs de plus de 55 ans, ceux que l’on appelle «  les boomers ».  "Julien Bayou, le candidat écologiste en Ile-de-France s’est excusé. C’était maladroit. Une erreur de l’agence de communication mobilisée sur leur campagne. Nous, en Bretagne nous avons fait le choix de tout faire en interne" fait remarquer Claire Desmares- Poirrier.

                                                             

La campagne pour les départementales et les régionales a encore deux mois pour s’animer et se densifier. Avec des aménagements encore possibles pour attirer d’avantage de personnes dans les isoloirs.

"Pour le vote électronique ou un scrutin étalé sur plusieurs jours, c’est trop tard car cela suppose un changement dans la Constitution. En revanche on peut tout à fait élargir les horaires d’ouverture et de fermeture des bureaux de votes les 20 et 27 juin prochain. Une circulaire ministérielle suffit" estime Daniel Cueff, la tête de liste « Bretagne, ma vie ».

 

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