Sanglier en Bretagne : un gibier devenu nuisible

Ces dernières années la population de sangliers augmentait en Bretagne. Les dégâts agricoles et les enjeux sanitaires concernant les élevages de porcs, ont mené les fédérations de chasse à augmenter les prélèvements suivant des règles différentes dans chaque département.

Sangliers en forêt
Sangliers en forêt © JOEL SAGET / AFP
Le sanglier est un animal sauvage prisé des chasseurs de gibiers mais il est loin le temps où il faisait le bonheur des Gaulois. L'animal est aujourd'hui dévastateur pour certaines cultures de céréales ou de légumes-racines. Les chasseurs sont chargés de maîtriser leur population. En Bretagne, l'animal est même classé nuisible dans trois départements, reste l'Ille-et-Vilaine où il bénéficie encore du statut de gibier.


Augmentation des populations de sangliers et de leurs dégâts

Le sanglier prolifère un peu partout en Europe, surtout les années où la météo favorise la fructification forestière des glands et des châtaignes, et donc la nourriture naturelle de ce gibier fouilleur. D'autant que la fertilité des femelles augmente dans ces périodes favorables. En Bretagne leur population se porte si bien que les fédérations de chasse ont augmenté les prélèvements à la demande des agriculteurs qui constataient une augmentation des dégâts causés aux cultures ces dernières années. Les périodes traditionnelles de chasse vont du troisième week-end de septembre à la fin février.


En Ille-et-Vilaine la chasse au sanglier prolongée jusque fin mars

Les agriculteurs d'Ille-et-Vilaine avaient signalé durant la saison 2016/2017 163 hectares de cultures détruites par les sangliers. Une forte augmentation qui ne s'est pas reproduite en 2017/2018 (64 hectares) parce que les chasseurs ont été autorisés à chasser plus.

D'après André Douard, président de la Fédération Départementale des Chasseurs d'Ille-et-Vilaine, les prélèvement sont passés de 2600 sangliers en saison 2016/2017, à 3100 sangliers sur la saison de chasse 2017/2018. Les 500 sangliers abattus en plus auraient permis de préserver 100 hectares de cultures céréalières.

Mais il est difficile de quantifier le nombre d'animaux. Ils se déplacent partout où ils peuvent se nourrir et savent se faire oublier quand on les laisse tranquilles, jusque sur les bords de routes où ils provoquent parfois des collisions. Pour anticiper toute nouvelle prolifération, la chambre d'agriculture en lien avec la fédération de chasse a donc demandé au Préfet d'Ille-et-Vilaine de prolonger d'un mois la chasse aux sangliers. Autorisation accordée jusqu'au 31 mars sous réserve de déclarations mentionnant les jours et les participants : des autorisations individuelles de « chasses particulières » seront délivrées par la Direction Départementale des Territoires et de la Mer, après avis de la Fédération Départementale des Chasseurs, pour la période du 1er au 31 mars 2018 inclus.


Un nuisible dans les autres départements bretons

Dans les autres département bretons, le sanglier est classé non pas comme gibier mais comme nuisible.

Bruno Jaffré  directeur de la fédération de chasse du Morbihan explique que la préfecture a autorisé, le 27 février dernier, des battues dans les communes où les sangliers sont trop présents. Mais il est difficile de convaincre les chasseurs qui ont déjà raccroché le fusil. Souvent ils sont agriculteurs et les travaux des champs ont repris, sans compter les risques d'accident avec des promeneurs plus présents si le soleil se montre. Bruno Jaffré décompte actuellement 2300 sangliers abattus contre 2000 l'an dernier mais il reçoit des décomptes tous les jours.

Dans les Côtes-d'armor, même constat.
Romain Pardoen, coordinateur administratif de la fédération de chasse du 22, explique que chaque association (il existe 730 territoires de chasse publics ou privés dans ce département) fait une demande de destructions à tirs de nuisibles pour une période précise et avec l'accord du propriétaire du terrain de chasse. Si la fédération donne un avis favorable, la DDTM suit généralement cet avis.

Romain Pardoen ajoute que le sanglier fait l'objet d'un plan de gestion dans les Côtes-d'Armor comme s'il s'agissait d'un gibier. C'est à dire que les chasseurs achètent pour 58 euros des bracelets avant de tuer un sanglier. Ils doivent aussi remplir une carte qui décrit le poids, la taille et l'état sanitaire du sanglier à retourner à la fédération.

Durant la saison 2014/2015 les chasseurs avaient droit à 2 sangliers par jour et par semaine et au maximun à 6 par an. Aujourd'hui c'est 4 bracelets par semaine et il n'y a plus de limite annuelle.


Dans le Finistère la chasse aux sangliers est encore plus radicale.
Il suffit d'acheter un timbre annuel à 5 euros pour chasser le sanglier à volonté.


Un réel danger sanitaire

Si les chasseurs et les agriculteurs s'entendent à maîtriser la population des sangliers c'est aussi pour une autre raison. Une raison sanitaire qui s'appelle la peste porcine africaine (PPA). Une maladie qui aurait pris pied en Europe à partir de la Géorgie et qui gagne le nord-est de l'Europe jusqu'à la Pologne.

Cette peste porcine n'est pas dangereuse pour l'homme mais peut se propager dans les élevages de cochons.
Le sanglier est le vecteur de sa transmission le plus compliqué à contrôler.

Evolution de la PPA sur les trois dernières années en Europe
Evolution de la PPA sur les trois dernières années en Europe © France 3 Bretagne

Autant dire que la PPA fait très peur. Les pays européens qui sont touchés sont interdits d'exportation.
En Bretagne ce serait une catastrophe pour ce secteur d'élevage.

Explication en images avec Éric Pinault.
durée de la vidéo: 03 min 26
Sangliers et peste porcine africaine ©France 3 Bretagne





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