Un quart des livres vendus en France est destiné à la jeunesse, et nombre d’entre eux sont nés en Bretagne.
La région compte en effet près de cent cinquante auteurs et une cinquantaine d’illustrateurs qui consacrent leur travail aux plus jeunes.
A cela, s’ajoute une dizaine de librairies spécialisées pour ce public exigeant et curieux, ainsi qu’une dizaine d’éditeurs.

Rencontre au fil des pages et des mots…

 

Ecrire et dessiner pour les enfants

Un livre sur 4 vendu en France est un livre jeunesse.
La réputation de la production française en la matière est excellente à travers le monde tant la fabrication des livres est sophistiquée,
les créations audacieuses et le graphisme inventif.

Couple dans la vie et installés à la Guerche de Bretagne (35), Anne Montel et Loïc Clément travaillent ensemble à nourrir l’imaginaire des enfants.
Elle dessine, lui écrit… Des BD, des histoires créées à 4 mains. Ils ont déjà une dizaine de livres à leur actif, et au moins autant en préparation, sans compter leurs projets solo.

Avant d’être auteur de romans, la catégorie préférée des jeunes lecteurs, Gwenaëlle Barussaud enseignait le français.
Elle en garde le souci de la pédagogie de la langue, de l’authenticité des univers historiques dans lesquels évoluent ses personnages…
Cette malouine d’adoption, déjà à la tête d’une multitude de titres, vient de donner vie à Célestine, un petit rat de l’Opéra
qui vit au début du XXème siècle.
Ses aventures publiées chez Albin Michel se sont hissées au printemps dernier à la 4ème place des meilleures ventes jeunesses du classement Livres Hebdo, juste après Harry Potter, Vendredi et Le petit Prince.
 
Littérature Jeunesse : tous les métiers sont en Bretagne

Les stars de la littérature jeunesse

Au cœur de l’édition jeunesse, des titres phares s’imposent avec des personnages stars dont certains ont été créés en Bretagne.
Il y a :
  • l’incontournable Loup (Editions Auzou) né dans les Côtes d’Armor sous la plume d’Oriane Lallemand,
  • Bali (Flammarion) illustré par un autre costarmoricain Laurent Richard.

L’auteur de la série Max et Lili (Caligram), Dominique de Saint-Mars,
est également attachée à ce département, où elle passe beaucoup de temps, du côté de Saint-Jacut de la mer.

Elle publie cet été le 117ème tome de cette série devenue en 25 ans un outil pédagogique utilisé par les enseignants et adoré par les 6-11 ans qui s’y reconnaissent.
Elle a même reçu en septembre 2017 la légion d’honneur pour cette œuvre.

Max et Lili connaîtront-ils la longévité du célèbre Babar ?
Le pachyderme en costume vert imaginé par Jean de Brunhoff fêtera en 2021 ses 90 printemps.

L’universitaire rennaise Isabelle Chevrel (à l’origine en 1969 du premier enseignement universitaire en France sur la littérature jeunesse) lui a consacré un très bel ouvrage.
Elle y décrypte le côté révolutionnaire de ces albums, véritables chefs d’œuvre de la littérature enfantine.
 
Des personnages stars ont pris naissance en Bretagne
Au cœur de l’édition jeunesse, des titres phares s’imposent avec des personnages stars dont certains ont été créés en Bretagne.

 

L’édition jeunesse en Bretagne


Avec un chiffre d’affaires de :
  • trois cents soixante quatre millions d’euros en 2016
  • et plus de seize milles titres publiés
L’édition Jeunesse est, en valeur, la quatrième catégorie de l’édition en France, derrière :
  • la littérature,
  • le scolaire
  • et les sciences humaines et sociales.
Mais les quatre plus gros éditeurs représentent à eux seul la moitié de ce chiffre d’affaire.
C’est dire si les sept cents cinquante trois éditeurs restant sont plus modestes, mais pas moins inventifs ni combattifs.

A l’image des Editions Anacrouse pilotées par Isabelle Lecerf-Dutilloy.
Cette pianiste de Betton (35) a voulu transposer en histoire et en images, pour les enfants, la musique qu’elle aime interpréter.
Son dernier livre audio donne vie à « Chouchou », un conte lu par Catherine Jacob et illustré musicalement à partir des partitions de Claude Debussy.

Devenue éditrice faute d’avoir trouvé un partenaire pour publier ses œuvres, elle a pris goût à ce nouveau métier et désormais s’est lancée dans l’édition de livres pour enfants plus traditionnels, écrits par d’autres auteurs.

Cécile Lecomte est à la tête des Editions la Pimpante, basée à Loyat dans le Morbihan.
Un travail artistique, entre le texte et l’image, qui lui permet de « faire écho à l’enfant qui est en elle » et à la comédienne qu’elle fut.
Mais pour survivre en tant que micro-éditrice, il faut endosser de nombreuses casquettes :
  • celle de commerciale auprès des libraires,
  • celle de diffuseur
  • et de distributrice,
des fonctions un peu éloignées de la création mais essentielles. Reste ensuite le plaisir des rencontres en direct avec les lecteurs pour renouer avec l’humain.

Rencontre aussi dans ce numéro avec des éditeurs atypiques rennais, l’atelier Art-Terre qui produit des livres, en mettant en scène des sculptures animalières réalisées à partir de matériaux de récupération et photographiées dans des décors originaux.
Des romans-photos uniques dont le graphisme et les textes ont été adaptés pour convenir à des lecteurs dyslexiques.
 
Etre éditeur en Bretagne dans le milieu de la littérature jeunesse
Dans un milieu trusté par les géants, de petits éditeurs font vivre leurs rêves.

Donner envie de lire

Les écrans ont-ils réellement détrônés les livres ?
Vue la vitalité économique du secteur jeunesse, probablement pas !
Mais cet appétit des mots doit être accompagné et stimulé.

Une initiative a essaimé un peu partout en France et notamment en Bretagne, encadrée par l’association « Silence on lit ».
A l’origine, la pratique d’un lycée turc d’Ankara qui a ritualisé depuis 2001 une pause quotidienne d’un quart d’heures de lecture.
Tous sont concernés: les élèves, les enseignants et l’ensemble du personnel.
Le groupe scolaire d’Ercé sur Liffré (35), de la maternelle à la primaire, a aussi instauré ce rendez-vous et manifestement personne n’imagine désormais y renoncer.

Certaines librairies ou médiathèques animent aussi des clubs de lectures ou des ateliers d’écritures.
A l’image de cette rencontre menée ce jour-là dans une librairie rennaise avec des adolescentes et pilotée par un auteur de romans jeunesse Richard Couaillet.

Ces échanges ludiques nourrissent autant l’imagination des jeunes lecteurs que l’inspiration de cet écrivain passionné par ce monde de l’adolescence.
 
Les écrans ont-ils détrônés les livres ?
Vue la vitalité économique du secteur jeunesse, non ! Mais cet appétit des mots doit être accompagné et stimulé.