Vendée Globe : les marins dans l'attente

Jérémie Beyou sur le foil de son IMOCA Charal / © Gauthier Lebec/Charal
Jérémie Beyou sur le foil de son IMOCA Charal / © Gauthier Lebec/Charal

Le départ du Vendée Globe doit être donné le 8 novembre prochain des Sables d’Olonne mais le coronavirus pourrait bien tout chambouler. En attendant d’en savoir plus, les skippers de la classe IMOCA, les monocoques de 18m, gardent le moral.
 

Par Isabelle Rettig avec Laïla Agorram

Ce sera son premier Vendée Globe et à seulement 30 ans, Clarisse Crémer,  a de la pression sur les épaules.
La protégée d’Armel Le Cléac’h, dernier vainqueur de l’épreuve, se prépare donc depuis plusieurs mois.

Mais l’arrivée du Covid et le  confinement ont quelque peu changé ses plans.
Plus question d’aller sur l’eau. Alors, c’est dans son jardin que la jeune femme s’entraine avec les moyens du bord : un vélo et des seaux d’eau.
 


Un confinement qui pèse


Clarisse est l’une des 6 femmes inscrites pour le Vendée Globe. Au total, 35 marins devraient prendre le départ du tour du monde en solitaire et sans escale le 8 novembre prochain, aux Sables d’Olonne (85).

Parmi eux, le Finistérien Jérémie Beyou, 3ème du dernier Vendée Globe. Confiné à Larmor-Plage avec sa famille, le marin en a profité pour s’occuper de ses deux garçons tout en peaufinant sa préparation physique «en visio-conférence avec mon coach mais aussi tout seul à la maison, avec un home-trainer. J’ai aussi travaillé sur la partie météo et la stratégie et j’en ai profité pour recharger les batteries ».

 Seul sur son bateau pendant 78 jours lors du dernier Vendée Globe, il a pourtant l’habitude du confinement.


Mais à terre, c’est différent. « Ca commence quand même à être long, avoue-t-il, la navigation et aller dans l’eau, ça me manque ».

Le chantier sur son bateau a dû être stoppé une petite  semaine, le temps de réorganiser les postes de travail. Du coup, peu de retard pour lui qui envisage de remettre son bateau à l’eau dès la semaine prochaine.


Alan Roura, 12ème du dernier Vendée Globe, prend lui aussi son mal en patience à Lorient tout en gardant un œil sur son beau bateau rouge et blanc. En chantier cet hiver, il aurait dû être remis à l’eau le 17 mars dernier. Il est donc toujours au sec.

« On avait encore deux semaines de travail mais on a préféré fermer le chantier explique le jeune navigateur suisse. On avait deux personnes à risque dans l’équipe, on ne voulait pas les mettre en danger. On reprendra le 11 en équipe réduite».


La question s’est posée aussi pour Stéphane Le Diraison qui se lance dans son deuxième Vendée Globe. Il avait prévu six mois de chantier pour faire tous les travaux nécessaires avant le Vendée Globe.

Ça se passait bien, on était dans les temps. La veille du confinement, 18 personnes travaillaient sur le bateau. Et tout d’un coup, tout s’est arrêté. C’était une ambiance presque apocalyptique.


Deux semaines d’arrêt total, à l’issue desquelles le travail a pu reprendre sur la base du volontariat. Du coup, il a pris du retard et le bateau qui devait être mis à l’eau le 20 avril, ne retrouvera pas son élément avant la mi-juin.
 


Coté préparation physique, c’est plus compliqué. Confiné près de Lorient, Stéphane doit gérer avec sa compagne, ses trois enfants, tout en trouvant le temps de suivre tous les dossiers qui accompagnent la préparation d’un Vendée Globe et de faire un peu de sport.

Lui qui avait l’habitude de nager en mer, de faire du paddle et du vélo, a dû y renoncer pour se contenter de quelques footings et des séances d’abdominaux. « J’ai plutôt l’impression de faire de l’entretien qu’une véritable préparation. J’ai au moins pu me reposer et travailler la météo. »

Alan Roura lui aussi s’occupe tant bien que mal. «Je bricole dans la maison, j’avance sur des dossiers que je  n’avais pas pu terminer. J’essaye de garder une vie normale. Je me lève tôt",  dit-il en riant, car il faut bien garder le moral.
 

Le Vendée Globe pour horizon


Mais la question qui  taraude aujourd’hui tous les marins, c’est celle du départ du Vendée Globe.
La course pourra-t-elle avoir lieu comme prévu cette année ? Le départ sera-t-il retardé ?
Des questions sans réponse pour l’instant. L’organisation de la course devrait prendre une décision début juin.
 Les deux courses du circuit qui devaient se dérouler en mai et juin n’auront pas lieu comme prévu. La Transat CIC entre Brest et Charleston a été annulée. Quant à la New-York-les Sables, elle n’aura pas lieu non plus. Elle pourrait être remplacée par une course les Sables-les Sables via l’Islande et les Açores, sans escale bien évidemment.
Une course qui permettrait au moins aux marins de faire des milles.

 « Si cette course ne part pas, ça va être compliqué pour ceux qui ne sont pas encore qualifiés, s’inquiète Alan Roura. Et si certains ne peuvent pas se qualifier, le Vendée Globe pourra-t-il être maintenu ? »

Jérémie Beyou est favorable à un départ le 8 novembre comme prévu. 


La préparation pour un Vendée Globe est toujours semée d’embûches et de contretemps. On est rarement prêts comme on l’aurait souhaité, explique-t-il, même s'il pense être prêt à temps. On a un écosystème autour de nous qui a besoin de courses. On n’en a déjà pas beaucoup, alors si celle-là n’avait pas lieu cette année, ce serait une année sans course .


Impensable pour le marin qui piaffe d’impatience et estime qu’à chaque chose malheur est bon : « des crises comme celle-là, ça nous permet de revoir nos sports, nos pratiques, de réorganiser les choses. Le Vendée Globe, comme d’autres compétitions, doit réfléchir à de nouvelles normes d’accueil du public. C’est d’ailleurs ce que font ses organisateurs. Il y a plein de solutions.
On n’a pas le choix de toute façon. On a la chance d’avoir un sport fabuleux où pendant trois mois, sans public, on donne de l’émotion aux gens. Il ne faut pas le perdre de vue. »


Un point de vue que partage Stéphane Le Diraison, même si, en fonction de l’évolution de l’épidémie, il est prêt à quelques concessions : «un report de la date de départ de quelques jours ou de quelques semaines par exemple, ce qui permettrait de récupérer du temps. On ne peut pas se permettre de partir sur des bateaux qui ne seraient pas prêts à affronter trois mois de mer dans des conditions souvent difficiles. Il faut être capable de s’adapter. »

Et puis, il y a le risque financier que pourrait faire courir un report de la course. Stéphane comme Alan ont des contrats avec les sponsors qui ne vont pas au-delà de 2021.
 « Mon budget est bouclé jusqu’en juin 2021, confie Alan Roura. Et si on devait reporter la course d’un an par exemple, il faudrait renégocier avec les sponsors qui veulent avoir de la visibilité. »


Le poids des sponsors


Il faut dire qu’en avril, les propos du directeur général de Paprec Group, sponsor de Sébastien Simon, ont jeté un pavé dans la mare. Dans une interview au webzine spécialisé « Tip and shaft »,  Sébastien Petithuguenin déclarait souhaiter le report d’un an du Vendée Globe.


 Les conditions actuelles de l’organisation d’un Vendée Globe sur l’année 2020 ne me paraissent vraiment pas réunies. Il me semble qu’il faudrait que la possibilité d’un report à 2021 soit étudiée, parce qu'en 2020, quelle que soit l’évolution de la pandémie, et même si elle est très favorable, je crois que la fête sera forcément un peu gâchée.


Pour Jérémie Beyou, ce sont des propos qui n’engagent que lui. « Je ne comprends pas qu’il veuille mettre tout le monde dans le même panier", s’étonne le marin.

Même sentiment du côté de l’équipe d’Isabelle Joschke. Pour Eric Mollard, directeur sponsoring et communication de Macsf :

Ce n’est pas quand il y a un coup dur qu’il faut arrêter, même si nos ambitions sont revues à la baisse. Le sponsoring n’est pas remis en cause, même si c’est plus compliqué : il y a moins de régates, c’est moins bien organisé mais on doit s’adapter à ce contexte de crise. Nous avons signé un contrat qui court jusque fin 2021, nous allons faire le Vendée Globe, on est prêts !


En attendant, la préparation continue à terre. Mais tous, à l’image de Samantha Davies qui a publié une video sur son compte Twitter, n’aspirent qu’à une chose : retourner sur la mer au plus vite.


 

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