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« Si je viens vers toi » de Véronique Verger aux Editions Villèle

© France 3 Centre
© France 3 Centre

« Si je viens vers toi » est le témoignage de Véronique Verger sur sa vie...  jusqu’à ce qu’elle sombre dans la prostitution. Avec l’association « Le Nid », elle se bat aujourd’hui pour accéder à une vie « normalisée ».

Par A.Lepais / Bernard Henninger

Nous ne saurions trop recommander au lecteur de lire attentivement la préface consacrée à l’association « Le Nid ».

Le Nid

Fondé dans les années 30 par un prêtre et par une prostituée alcoolique venue « mourir dans sa ville natale », « Le Nid » s’est affirmé d’emblée comme un mouvement d’aide sur le terrain aux prostituées en difficulté : accueil dans un local, écoute, échange de paroles et mobilisation de l’aide sociale.
Ce mouvement d’entraide et de terrain se complète d’une action plus générale visant à informer le public sur les ravages de la prostitution, en France, aujourd’hui. Dans un second temps, « Le Nid » défend l’idée d’une abolition pure et simple de la prostitution
La préface nous raconte ainsi comment les militants de l’antenne locale de Tours ont aidé en 2000 une prostituée qui voulait arrêter.
En ouverture de cette préface, des militants du « Nid » esquissent la question sociale de la prostitution, les différentes tendances existantes et nous donnent des clefs pour mieux appréhender le récit de Véronique Verger. Il est donc possible de partager une opinion différente et de lire ce récit de vie à cœur ouvert. Se gardant de donner de toute opinion préconçue, le lecteur gagnera à lire cette préface, avant de se consacrer au récit très surprenant qui suit.

« Si je viens vers toi »

« Si je viens vers toi » est le témoignage de Véronique Verger sur sa vie, depuis la toute petite enfance, jusqu’au présent. Ce récit, cru et cruel, passe par un changement complet de registre au niveau de l’écriture.
   La force du témoignage de Véronique Verger vient sans aucun doute du côté « non lissé » de l’écriture.  Au départ, tout indique que le récit s’est construit à partir d’un enregistrement audio de son témoignage. Par la suite, l’écriture a été éclaircie, mise en forme, et les phrases ont été tournées de manière correcte. Mais ce travail de correction n’a pas changé la ligne général du récit : le témoignage de véronique Verger suit une progression en ligne brisée, tout à fait typique ce que Barthes appelait le bruissement de la langue et qui accentue la vérité de la narration.
   Comme dans le langage parlé, l’auteur suit le fil de sa pensée, donnant les faits, évitant toute description de lieux, enchaînant avec un commentaire à chaud, avant de renouer avec le fil du récit qui avait été interrompu.
   Des lieux où elle a vécu, nous aurons les noms, mais rarement la description, sauf une fois, quand l’auteur, souhaitant rendre le souvenir d’un passage heureux de sa vie décrit un logement qu’elle a aimé et auquel elle consacre une page, pour dire le souvenir ému qu’elle en a conservé. S’écartant de toute (mauvaise) littérature, le récit s’ancre dans une suite de situations, d’évènements vécus, et d’analyses à chaud de ce qui vient d’être raconté.
   Véronique Verger trace à grandes lignes, et avec une étonnante précision, le portrait de différents hommes qui ont croisé sa vie. Avec vivacité, elle redonne leurs paroles, les violences quotidiennes ou la cruauté d’un mot, parfois bien pire que des coups.
   Souvent, la ligne narrative s’arrête et alors l’auteur laisse libre cours à son indignation, et à son besoin d’humanité partagée. Puis elle reprend son récit, n’hésitant pas à sauter d’une époque à l’autre, détaillant le souvenir d’un évènement heureux, d’une trahison ou d’une violence inattendue.
   En creux se dessine le parcours terrifiant de cette femme : de sa première violence subie dans la toute petite enfance, puis sa glissade, depuis un premier amant violent qui la contraint, jusqu’à celui qui devient son maquereau, ses refus, ses fuites, ses tentatives vaines à s’extirper de son enfer personnel, jusqu’au jour où, en situation difficile, elle se résigne volontairement à pratiquer le seul métier qu’elle connaît : la prostitution, qu’elle choisit, seule possibilité de vie dans un univers sans échappatoire…

A la recherche de soutien

   Tout changera pour l’auteur le jour où elle aura la force et le courage d’aller chercher du soutien.
   Les militants de l’association « Le Nid » se mobilisent pour l’aider à sortir de la prostitution. Il y a une pente, du milieu proche qui la condamne, de la facilité croissante à ne pas sortir de la prostitution, qui a mené Véronique Verger à une vie où tout n’est qu’impasse, la difficulté titanesque du parcours vers la « normalité », ce pour quoi elle lutte depuis dix ans, qui n’est souvent que le chômage…

Un autre regard sur la prostitution

   Quand il refermera le livre, il est possible que le lecteur se pose beaucoup de questions et qu’il renonce aux opinions — souvent abstraites— qu’on peut lire sur la prostitution. Et c’est tout le mérite de ce livre que d’ouvrir le débat par ce témoignage fort.

Véronique Verger

Tours : Éditions de Villèle, mars 2013
 

>>> site des éditions de Villèle http://www.villele-editions.fr/


 

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