"À l’occasion de cette journée contre l'homophobie, jamais le proviseur n’avait reçu autant d’appels de la part des parents d’élèves. Du jamais vu en 16 ans !"

Près de deux ans après la visite d'Elisabeth Borne alors Première ministre dans un centre LGBTI+ d’Orléans, l’aide financière promise a permis aux associations de se structurer pour accompagner les victimes, mais en cette journée mondiale contre l'homophobie, elles demandent à l'État davantage d'engagement pour faire face à des comportements LGBTophobe de plus en plus nombreux et violents.

Tenir la main de son compagnon publiquement en toute sécurité lorsqu’on est un homme ou être en phase de transition pour une personne transgenre peut encore aujourd’hui être synonyme de mise en danger. 

Les crimes et délits envers les personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes) l’attestent. Ils sont en constante hausse depuis plusieurs années. 2 870 ont été enregistrés en France l’an dernier (+ 19 % par rapport à 2022) selon les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur. Un climat qualifié de délétère par les associations qui dénoncent "des droits et des vies des personnes LGBTI plus que jamais remis en question et menacés".

Un climat de violences généralisées auquel n’échappent pas les minorités sexuelles et de genres

Michel Navion, porte-parole de SOS Homophobie en région Centre-Val de Loire

Des chiffres qui n’étonnent pas Michel Navion, porte-parole de SOS Homophobie en région Centre-Val de Loire. "C’est un climat de violences généralisées qui touchent de nombreux secteurs et auquel n’échappent pas les minorités sexuelles et de genres."

Une centaine d'actes discriminatoires recensés en Centre-Val de Loire par SOS Homophobie

L’association dénombre à l’échelle nationale des milliers de témoignages reçus. Dans notre région, une vingtaine d’actes discriminatoires par an et par département a été remonté par les forces de l'ordre à l'association. Parmi les victimes les plus visées, les personnes transgenres. "Elles subissent des injures très violentes. Souvent homophobes. C’est un phénomène nouveau, qui trouble et mal compris.", explique Michel Navion.

Une haine qui s’explique par la libération de la parole et l’intensification des discours conservateurs affirme l’association. "Les gens se lâchent vraiment, le langage se durcit, les réseaux sociaux n’aident pas. C’est un vrai défouloir.", s’inquiète Christophe Desportes-Guilloux, secrétaire-adjoint du Groupe Action Gay et Lesbien du Loiret (GAGL45). En effet, la haine en ligne constitue 23 % des cas signalés à SOS Homophobie.

Une aide financière à destination des associations

Face à ce constat inquiétant et grandissant, certaines associations dénoncent une inaction politique. Pourtant, le gouvernement s’est déjà engagé dans le passé sur le sujet. En août 2022, Élisabeth Borne ancienne Première Ministre (2022-2024) et désormais députée s’était rendue à Orléans à l’occasion des 40 ans de la dépénalisation de l’homosexualité. Dans les locaux du GAGL45, elle y avait fait plusieurs annonces : la nomination d’un ambassadeur des droits des personnes LGBT+ et le déblocage d’un fond de 3 millions d’euros. Deux promesses tenues. Jean-Marc Berthon a été nommé ambassadeur à l’automne 2022 et certaines associations locales ont reçu une aide financière.

C’est le cas du GAGL45. 65 000 euros sur trois ans au total. Une somme essentielle pour financer le fonctionnement de l’association : "deux personnes ont pu être embauchées, de l’argent a été épargné pour financer le futur déménagement de notre local aujourd’hui trop étroit et cet argent financera aussi les frais de déplacement car nous assurerons dans les prochaines semaines des permanences à Gien, Montargis et Pithiviers."

L’association voit les sollicitations bondir en flèche : "en plus des habitants du Loiret nous sommes sollicités par ceux vivant dans des départements limitrophes. Il n’y a pas de centre en Essonne, en Seine-et-Marne ni dans l’Yonne et la Nièvre." Une partie des 3 millions d’euros doit d’ailleurs financer la création de centres LGBTI+. Mais le Centre-Val de Loire en possédant trois n’est pas concerné par cette dotation.

Des interventions en milieu scolaire de plus en plus délicates

Les associations espèrent que ce soutien financier perdurera dans le temps, mais elles appellent aussi à d’autres actions et à d’autres engagements de la part des pouvoirs publics, notamment en matière d’éducation. "Aujourd’hui, rien n’est fait pour que l’école décide qu’elle soit un lieu de non-discrimination. Il faut que les pouvoirs publics s’engagent sur la prise en charge des interventions en milieu scolaire", demande Christophe Desportes-Guilloux. L’association dont il est membre a l’habitude depuis une quinzaine d’années d’effectuer des conférences pour sensibiliser sur les droits des personnes LGBTI+.

À l’occasion de cette journée, jamais le proviseur n’avait reçu autant d’appels et de mots de la part des parents d’élèves. Du jamais vu en 16 ans !

Christophe Desportes-Guilloux, secrétaire-adjoint du GAGL45

Mais depuis plusieurs mois, les intervenants constatent une augmentation de l’agressivité…chez les élèves et même de la défiance de la part des parents d’élèves. "Sale bâtard" s’est ainsi fait insulter un salarié de l’association dans un collège d’Orléans. Dans un autre établissement scolaire de la capitale régionale des élèves ont mis la pression sur d’autres afin qu’ils n’assistent pas à une conférence sur la LGBTphobie, "À l’occasion de cette journée, jamais le proviseur n’avait reçu autant d’appels et de mots de la part des parents d’élèves. Du jamais vu en 16 ans !" s'exclame Christophe Desportes-Guilloux.

Les incidents de ce type se multiplient et mettent directement en danger le travail des associatifs.

Des plaintes insuffisantes

En plus d’éduquer, il faut pour Michel Navion de SOS Homophobie, une meilleure application des textes de loi et des sanctions pour davantage dissuader : "Aujourd’hui, il n’y a pas d’efficacité" dit-il. Mais pour cela, encore faut-il que les victimes déposent plaintes. Bien que le nombre de contraventions ait augmenté de 4 % par rapport à 2022, les plaintes restent insuffisantes déplore-t-il. Pourtant il y a un meilleur accueil des victimes par les forces de l’ordre qui sont mieux formées sur le sujet. "Les victimes ont encore peur. Elles considèrent qu’une plainte ne fera pas forcément avancer l’enquête, elles estiment que c’est leur faute, et surtout elles n’ont pas envie que ça se sache. Une situation encore plus vraie en milieu rural où on tient encore plus à la discrétion."

Une discrétion que ne souhaitent pas les associations à l’occasion de cette journée internationale des droits des personnes LGBTI+. Témoigner et réclamer, toujours, pour permettre à l’ensemble d’une communauté de vivre en toute liberté, sans jugement et surtout en toute sécurité.

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