Témoignage. "Je regrette d'avoir dû subir la puberté masculine" : les personnes trans défendent leur droit à l'autodétermination

Publié le Écrit par Thomas Hermans et Marine Rondonnier

La proposition de loi de la droite sénatoriale inquiète les milieux LGBTQI+, et particulièrement les personnes trans, qui ont manifesté pour leurs droits. France 3 a recueilli les témoignages de personnes concernées.

"J'aurais voulu pouvoir transitionner plus tôt, je regrette d'avoir dû subir la puberté masculine." Ce samedi 4 mai, Jade Sergent manifestait, comme 200 personnes, place Jean-Jaurès à Tours. L'objectif : protester contre une proposition de loi signée par une centaine de sénateurs Les Républicains, et déposée par Jacqueline Eustache-Brinio. Le texte prévoit d'"encadrer les pratiques médicales mises en œuvre dans la prise en charge des mineurs en questionnement de genre".

Dans les faits, le texte prévoit notamment d'interdire les bloqueurs de puberté, qui retarde le déclenchement de cette dernière, ainsi que les traitements hormonaux et les opérations chirurgicales avant l'âge de 18 ans.

Capacité d'autodétermination

Pour Jade, membre de l'Organisation de Solidarité Trans (OST), le texte va "à l'encontre de la nécessité pour chacun de pouvoir s'autodéterminer". Femme trans, elle raconte avoir "pris conscience" de sa transidentité bien avant sa majorité, mais avoir dû attendre "d'avoir plus d'espace à soi sans avoir peur des représailles", face à "la société, la famille".

En somme, "beaucoup de personnes sont mises dans le placard par des politiques, comme cette sénatrice LR, qui passent leur temps à mentir sur les personnes trans, et mettent un climat qui empêche les personnes de vivre dans leur corps, de s'autodéterminer", estime-t-elle. D'autant que les bloqueurs de puberté sont régulièrement prescrits à des enfants cisgenres. Et, dans ces cas-là, "on n'en fait pas tout un scandale", raille Sophie Dixneuf, elle aussi présente dans les rangs de la manifestation tourangelle.

Mais, pour les signataires de la proposition de loi, et pour les pourfendeurs de l'autodétermination de genre, la simplification des procédures de transition (notamment médicale et chirurgicale) risque d'encourager les plus jeunes à changer de genre par "effet de mode".

Sauf que "les jeunes qui sont dans ma situation savent que c'est irréversible, on est transgenre, il n'y a rien à faire", soutient Sophie, qui a transitionné tard mais savait "depuis au moins [s]es 17 ans" qu'elle entreprendrait une transition. "Ça n'est pas un effet de mode." Quand aux détransitions, des phénomènes rares mais existants, elles sont majoritairement à mettre au crédit de pressions exercées sur la personne, note la littérature scientifique.

"Institutionnalisation du mal-être"

En plus de nombreuses associations LGBTQI+, la Défenseure des droits s'est aussi inquiétée de la proposition de loi LR au Sénat, dans un avis publié ce lundi 6 mai. "En interdisant l'accès à des soins pouvant être utiles au bien-être de mineurs", cette proposition de loi "méconnaît leurs droits au regard de la Convention internationale des droits de l'enfant", estime la Défenseure des droits, Claire Hédon. "L'impossibilité pour les mineurs d'accéder à ces soins comporte des risques d'atteinte majeure à leur santé", notamment mentale, souligne-t-elle.

"On craint une recrudescence de mal-être, alors que les mineurs LGBTI+ sont beaucoup plus exposés au risque de crise suicidaire", explique Ash Claveau, coprésident du centre LGBTI de Touraine. Pour lui, ce texte, c'est "l'institutionnalisation du mal-être", avec "ni plus ni moins que des thérapies de conversion dissimulées".

L'article 3 du texte promet ainsi à chaque mineur d'être "soigné" en cas de questionnement de genre entraînant un mal-être. "La transidentité n'est pas une maladie, et la France a été le premier pays du monde à dépathologiser la transidentité. On revient 15 ans en arrière", plaide Ash Claveau.

La Défenseure des droits semble d'accord, qualifiant la formulation de "pathologisante" et "pour le moins problématique". Ce qui lui fait "craindre une approche de la santé des mineurs transgenres centrée exclusivement sur une approche psychiatrique".

L'examen en séance publique du texte est prévu pour le 28 mai.

Témoignages recueillis par Marine Rondonnier et Julien Bernier.

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