"Sans aucune expérience dans le bâtiment, vous recevez une formation en 5 mois et vous êtes diagnostiqueur DPE", s'indignent des professionnels

À compter du 1er juillet 2024, le mode de calcul du DPE va évoluer pour les petits logements. Selon le ministère de la transition écologique, près de 140 000 logements pourraient ne plus être considérés comme des passoires thermiques. Pour autant, le métier de diagnostiqueur est toujours accompagné d’un certain scepticisme.

C’est une mention obligatoire qui a bouleversé le marché de l’immobilier des dernières années. Affiché depuis 2006, le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) a longtemps été pris comme une simple valeur informative. Mais depuis 2021, avec la loi climat et résilience (qui vise à réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre), le DPE prend une tout autre envergure.

Dès le 1er janvier 2025, la loi interdit à la location pour les nouveaux locataires, les biens classés G. Alors, en quelque temps, ces lettres (de A à G), sont devenus un argument de négociation imparable. "Bien évidemment que le prix de vente d’une maison classée G et un bien identique en D, le prix n’est pas le même", affirme Moussa El Messaoudi, directeur de l'agence 4% Immobilier à Olivet (Loiret). Conséquence directe, les diagnostiqueurs immobiliers, dans certains cas, font et défont certaines ventes. Aujourd’hui, si vous vendez un bien classé F ou G par un premier diagnostic, et qui coûte en moyenne autour de 300€, le propriétaire a l’obligation de réaliser un audit énergétique, qui lui se chiffre autour de 1000€ en moyenne, afin d’analyser les travaux à effectuer. Un audit réalisé souvent par le diagnostiqueur lui-même.

On ne peut pas être à la fois, juge et partie ! Certains poussent pour réaliser des audits, en mettant des notes standards qui défavorisent le bien, sans vérifier la réalité de l’isolation, afin de pousser le propriétaire à acheter un audit énergétique

Moussa El Messaoudi, directeur de "4% Immobilier"

Mais ces échéances d’interdiction ajoutent une pierre à la crise du logement que connaît le pays actuellement. Alors pour permettre à des propriétaires de voir leur logement passer d’un rang G ou F à un rang E, le ministère de la Transition écologique prévoit à partir du 1ᵉʳ juillet, une modification du mode de calcul, pour les appartements de moins de 40m2. Résultat 140 000 logements devraient sortir de la zone rouge en France. Pour autant, le calendrier d’interdiction à la location ne bouge pas pour le moment. La lutte contre les passoires énergétiques est censée s’achever en 2034 avec l’interdiction à la location des logements classés E. Pour y arriver, la filière se développe, et les propositions d’emplois sont nombreuses.

Le problème vient de la formation

Selon France Travail (anciennement Pôle Emploi), plus de 600 emplois relatifs au métier de "Contrôle et diagnostic technique du bâtiment", ont été publiés sur leur site internet concernant la région Centre-Val-de-Loire sur les douze derniers. Soit une progression de 18% par rapport au 3ᵉ trimestre 2022.

Mais comment expliquer la méfiance de certains professionnels du secteur vis-à-vis de ce métier ? Pour Vincent Richard, diagnostiqueur depuis plus de 20 ans à Orléans, le problème vient de la formation.

Le gouvernement fait n’importe quoi. Aujourd’hui, sans aucune formation dans le bâtiment, vous recevez une formation en cinq mois, et ensuite vous avez une certification pour 7 ans. Alors oui, certains font des erreurs qui nous portent préjudice.

Vincent Richard, diagnostiqueur immobilier à Orléans

Cinq petits mois de formation où le futur diagnostiqueur doit valider six modules différents (sur le plomb, l’amiante ou le gaz par exemple), et connaître une législation qui évolue régulièrement. Résultat, si le marché connaît beaucoup de nouveaux diagnostiqueurs, ils sont peu nombreux à continuer leur activité plus de deux ans. "Ils sont peu formés, et en plus ils pratiquent un métier réglementé qui peut se terminer au tribunal en cas de faute", rappelle Vincent Richard.