Des tiny houses pour les grands exclus à Tours, premier bilan du dispositif un an après

Porté par l'association Entraide et Solidarités et soutenu par la préfecture d'Indre-et-Loire et la ville de Tours, le projet "La Maison" a été mis en œuvre, au sortir des confinements, dans le quartier Sainte-Radegonde, sur un terrain situé en zone inondable. Les 14 tiny houses (maisons sur roulettes) et caravanes, proposées aux SDF qui ne font plus appel au 115, ont déménagé début 2023 sur un terrain plus adapté appartenant à la SNCF.

Après la crise sanitaire et sous la pression des associations, le gouvernement a admis qu’il fallait maintenir ouverts certains dispositifs d’hébergement d’urgence, et lancé un appel à des solutions innovantes pour les "grands exclus" : principalement des hommes, parfois accompagnés d'animaux, réfractaires aux foyers collectifs et qui renoncent même à appeler le 115 pour chercher une solution. Un public désociabilisé depuis de longues années, voire des décennies, connu des associations uniquement par le biais des maraudes.

Parmi une quarantaine d'autres projets en France, a été retenu le projet "La Maison" de l'association tourangelle Entraide et Solidarités, soutenu par la préfecture, la ville de Tours et l'ARS (Agence régionale de santé).

Faute de solution satisfaisante, le terrain retenu dans un premier temps était situé en bord de Loire, en zone inondable, une solution d'hébergement mobile, tiny houses et caravanes, s'est donc imposée. Malgré les craintes des riverains du quartier Sainte-Radegonde, la cohabitation, qui a duré un peu plus d'un an, jusqu'en janvier 2023, semble s'être bien passée.

Le bilan du dispositif, en revanche, semblait plutôt mitigé : sur 19 personnes hébergées, 3 avaient quitté le projet pour un logement pérenne, une seule avait trouvé un emploi salarié sur un chantier de réinsertion.

Une mise en route compliquée la première année

Mais "c'est difficile de raisonner uniquement en terme de sortie positive, explique Sabine Rebeix, directrice du Pôle social et médical à Entraide et Solidarités. L'intérêt véritable du dispositif, sa philosophie, est de pouvoir offrir une pause à ces personnes. Ce n'est pas coercitif, personne n'est obligé de rester, ils peuvent entrer et sortir, reprendre leur route et revenir plus tard."

Et Pauline Richez, responsable du site ajoute que "ce dispositif expérimental a connu un lancement compliqué, il a fallu tout construire, avec les résidents, les équipes, mettre en place les règles de fonctionnement, une organisation d'équipe et de structure. Et puis préparer le déménagement...Ce n'est qu'en 2023 que l'on a vu la véritable force de cette structure."

Fin 2022, en effet, un terrain de 4000 m² appartenant à la SNCF, situé le long des rails dans la rue Edouard-Vaillant, a été proposé. Le déménagement a commencé fin janvier 2023, il y a un peu plus d'un an.

La Maison compte actuellement dix résidents (pour une capacité de 14 places) et, en 15 mois, 4 personnes, dont un couple, ont pu retrouver un logement pérenne. 3 ont repris une activité professionnelle, en intérim ou en chantier d'insertion.

Les riverains de la rue Edouard Vaillant sont aujourd'hui rassurés : "Comme à Sainte -Radegonde, les riverains ont manifesté une forte inquiétude et, au final, tout se passe bien", explique Marie Quinton, adjointe au maire de Tours, en charge du logement."Ça va bien pour les riverains, leurs inquiétudes sont levées, mais aussi pour les résidents. 27 personnes au total sont passées par les tiny houses, c'est un dispositif qui fait ses preuves."

Abder, qui va fêter bientôt ses 50 ans, est arrivé à La Maison en décembre dernier. Chauffeur routier, père de trois enfants, il a connu la dégringolade et les années de galère dans la rue après s'être séparé de sa femme. Un accident grave avec de multiples fractures et le vol de toutes ses affaires, dont ses papiers, n'ont pas facilité les choses...

"Au début j'allais un peu dans les foyers, mais c'était vraiment difficile. Les vols, les chambres où l'on s'entassait, la discipline très militaire, ce n'était pas pour moi, j'ai décidé de rester à la rue en dormant sur des paliers. Certaines personnes qui avaient fini par me connaître m'aidaient de temps en temps, mais je n'avais pas trop le courage de faire la manche, c'est difficile, on a honte."

Par le biais d'Entraide et Solidarités, Abder a fini par intégrer le dispositif et, après avoir été hébergé en caravane dans un premier temps, il dispose aujourd'hui d'une tiny house toute neuve.

"C'était un soulagement de ne pas avoir à passer l'hiver dans la rue, même s'il a fait plutôt doux. Et ça se passe bien ici, il y a de la solidarité, on s'invite les uns chez les autres."

Tout recommencer à zéro

Bien sûr, Abder espère retrouver un logement et un travail, pour revoir peut-être un jour ses enfants, mais il lui faudra de la patience :

"Cela ne peut pas se faire en un claquement de doigts, explique Justine Bouverot, monitrice-éducatrice depuis deux ans à La Maison. Pour des personnes autant dans la galère, il faut repartir à zéro, commencer par l'hygiène et les soins. Rien n'est évident."

Avec l'aide de travailleurs sociaux, les trois moniteurs permanents de la structure assurent aussi l'accompagnement social, démarches administratives et recherche d'emploi. Mais surtout, ils gèrent le quotidien, font vivre la structure, organisent, aussi, des petites sorties culturelles.

"Sur ce public de grands exclus, souligne également Marie Quinton, l'accès direct au logement peut être très mal vécu. Certains font de grosses crises d'angoisse et, s'il y a déficit d'accompagnement, on enregistre des échecs. C'est exactement ce qu'on avait à l'esprit avec ce dispositif proposé par Entraide et Solidarités."

Évaluation du dispositif d'ici à la fin 2024

"Ce projet, on l'avait en tête depuis longtemps, explique François Ferrisse, président de l'association. Cela fait partie de nos valeurs, l'accueil inconditionnel de toutes les personnes, d'où qu'elles viennent et quelles qu'elles soient. Ne laisser personne à la rue et éradiquer la pauvreté, même si l'on est loin du compte ! Des personnes qui ont trouvé un appartement, d'autres qui ne dorment plus à la rue, ont un petit chez-eux, après un peu plus de deux ans c'est très positif..."

Et l'Entraide, bien sûr, aimerait que l'expérimentation se prolonge au-delà de 2024. Mais le budget alloué par l'Etat, 300 000 € d'investissement et 300 000 de fonctionnement, n'est prévu que pour 3 ans.

"Je ne peux pas dire aujourd'hui si le dispositif va être reconduit, déclare Guillaume Saint-Cricq, sous-préfet en charge de la politique de la ville. Il va y avoir une évaluation de la DIAHL, Délégation interministérielle à l'hébergement et l'accès au logement. Le public visé est le même partout, mais les dispositifs et modalités de prise en charge sont différents d'une ville à l'autre. C'est ce qu'est en train de regarder la DIAHL, avant d'envisager de pérenniser cette expérimentation."

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