Affaire Jonathan : le suspect allemand mis en examen, 17 ans après le meurtre du petit Berrichon

Martin Ney, un allemand déjà condamné pour le meurtre de 3 enfants, a été mis en examen le 25 janvier, pour enlèvement et meurtre de Jonathan, 11 ans, en avril 2004, dont le corps avait été retrouvé dans un étang près de Guérande (Loire-Atlantique), relançant l'espoir d'un procès pour sa famille  

17 ans après le meurtre du petit Jonathan, originaire d'Orval dans le Cher, la famille espère un procès.
17 ans après le meurtre du petit Jonathan, originaire d'Orval dans le Cher, la famille espère un procès. © FRANK PERRY / AFP

Âgé de 50 ans, M. Ney avait été remis aux autorités françaises vendredi. Il a été mis en examen pour "meurtre d'un mineur de moins de 15 ans et arrestation, enlèvement et séquestration, ou détournement arbitraire de mineurs de moins de 15 ans", a précisé le parquet de Nantes.

Jonathan, originaire du Cher, avait disparu dans la nuit du 6 au 7 avril 2004 d'un centre de vacances de Saint-Brévin-les-Pins. Son cadavre avait été découvert le 19 mai, ligoté et lesté d'un parpaing, dans un étang proche de Guérande, à 25 kilomètres du lieu de l'enlèvement. Il aurait fêté ses 28 ans le 29 avril.
Un mandat d'arrêt européen avait été délivré contre Martin Ney, en octobre 2019. L'hypothèse de sa responsabilité était, parmi d'autres, explorée de longue date par les enquêteurs et cette piste a été relancée en avril 2018 par des aveux indirects, entre détenus.

Le codétenu de Martin Ney avait alors affirmé avoir recueilli les aveux de ce criminel, déjà condamné à perpétuité en 2012 pour le meurtre de trois enfants dans le nord de l'Allemagne. 
Selon Me Catherine Salsac, avocate de la mère de Jonathan, "les enquêteurs avaient trouvé des similitudes entre les modes opératoires" mais la procédure "s'est accélérée" après ses aveux à son codétenu.

Né le 12 décembre 1970, Martin Ney, était, jusqu'à son transfert à Nantes, incarcéré à Celle en Basse-Saxe (nord-ouest de l'Allemagne) où il purgeait une peine de prison à perpétuité pour le meurtre de trois garçons.

"On espère un procès" 

"Il y a une satisfaction, mais on a peut-être un peu moins d'impatience qu'au départ, qui était très vive, maintenant il y a un peu plus de sérénité", a réagi Me Salsac.
 

On espère un procès, mais comme disait Virginie Lacombe, la maman de Jonathan, on ne veut pas d'un coupable absolument, on veut que ce soit lui, on ne veut pas d'un faire valoir

Maître Salsac, l'avocate de la famille de Jonathan

"Si on a suffisamment d'éléments pour qu'il soit renvoyé devant une cour d'assises, il y aura là un procès et ce sera un soulagement pour sa maman" qui "pourra commencer un deuil", a ajouté Me Salsac.

Vêtu d'un blouson et d'une cagoule noire lors de ses passages à l'acte, Martin Ney a été "surnommé l'homme au masque" par la presse allemande. Arrêté en 2011 à Hambourg, suite à un avis de recherche, il a été condamné l'année suivante à la prison à perpétuité assortie de 15 ans de peine de sureté, pour les meurtres de trois garçons de huit, neuf et treize ans, entre 1992 et 2001. Il avait reconnu les faits.

Martin Ney se servait de son métier d'éducateur pour entrer en contact avec ses victimes. Il avait enlevé ces trois garçons dans un internat, une école rurale, et un campement de la région de Brême avant de les tuer. Il a également été reconnu coupable d'abus sexuels sur 40 garçons, selon le quotidien Bild.

Jonathan avait lui disparu pieds nus et sans doute vêtu de son seul pyjama du centre de vacances. Au matin du 7 avril 2004, ses camarades avaient retrouvé son lit vide, avec toutes ses affaires présentes dans le dortoir. Retrouvé un mois plus tard, son cadavre ne portait ni traces de coups, ni de violences sexuelles. Il aurait été tué par "suffocation", selon une expertise.
La principale piste dont disposaient les enquêteurs était une trace ADN relevée sur le lit de Jonathan. Quelque 2.300 tests ADN ont été réalisés en vue de retrouver son meurtrier et la trace ADN avait même été diffusée auprès d'Interpol, en vain.

En 2008, la gendarmerie et la justice avaient ouvert un site internet dédié, www.dossierjonathan.fr, pour tenter de relancer l'enquête sur cette affaire non élucidée. Plusieurs appels à témoins avaient été lancés et la gendarmerie avait créé une cellule spéciale chargée de l'enquête sur l'enlèvement et le meurtre de Jonathan. Une vingtaine d'enquêteurs ont travaillé simultanément sur le dossier.
 

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