Covid-19 : des inquiétudes autour de l'approvisionnement en électricité d'ici février

La France et la région Centre-Val de Loire  pourraient connaître des difficultés d'approvisionnement électrique en cas de vague de froid au mois de février, la crise sanitaire ayant perturbé la maintenance des réacteurs nucléaires, comme celui des quatre centrales de la région.
Vue aérienne de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, dans le Loiret. Son réacteur numéro 4 subira un arrêt fin février 2021 pour maintenance.
Vue aérienne de la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly, dans le Loiret. Son réacteur numéro 4 subira un arrêt fin février 2021 pour maintenance. © DAVID BECUS / MAXPPP
Des "coupures très courtes" d'électricité au mois de février à cause du covid ? C'est une possibilité, peu probable, mais désormais envisagée par le Réseau de transport d'électricité (RTE) et le ministère de la Transition écologique. La situation pour l'hiver est celle d'un "mois de décembre plus serein que prévu, un mois de janvier normalement tendu en cette période statistiquement la plus froide de l'année, et enfin un mois de février difficile", a détaillé le président de RTE Xavier Piechaczyk, lors d'une conférence de presse.

Pour cet hiver, RTE a prévenu depuis longtemps que la "vigilance" serait de mise. En cause: la pandémie de Covid-19 qui a bousculé le planning de maintenance des réacteurs nucléaires au printemps, au moment où sont habituellement effectués ces travaux en prévision de l'hiver. La question est particulièrement sensible pour la France, dont la production électrique est à 70% nucléaire. EDF est finalement parvenu à réorganiser ces arrêts et a économisé du combustible pendant l'été afin de conserver des capacités de production pour la saison froide, mais il faudra bien arrêter certains réacteurs à un moment ou à un autre.

A l'heure actuelle, 45 des 56 réacteurs français sont en production, tandis que 11, dont Chinon 4 et Belleville 1, sont à l'arrêt pour maintenance. Fin février, ce nombre montera à 13, et il y aura alors environ 10 gigawatts disponibles en moins par rapport à fin janvier.  "En février, compte tenu de la réduction du parc de production, le risque est accru par rapport aux années précédentes", a souligné Xavier Piechaczyk. "Ce qui poserait problème serait une vague de froid durable, particulièrement intense, ou alors une vague de froid combinée à d'autres facteurs défavorables comme une absence de vent", a-t-il ajouté.

"La crise sanitaire a démontré la robustesse et la résilience du Parc nucléaire qui a été en capacité de s’adapter très vite à la situation et a assuré sans faille la sécurisation du réseau électrique", tempère la direction de la centrale de Dampierre-en-Burly, dans le Loiret. "Tout notre programme industriel pour maintenance programmée a été révisé et ajusté afin de disposer de la plus grande disponibilité possible sur la période novembre 2020-février 2021" poursuit la centrale, qui affirme avoir anticipé les "tous les scénariis de consommation prévisionnelle pour l’hiver, y compris les plus pénalisants". A partir du 27 février 2021, la centrale de Dampierre arrêtera à son tour l'un de ses réacteurs, le n°4, afin de procéder au renouvellement d'une partie du combustible et à des contrôles.
 

Pas de blackout cet hiver ?

Cependant, le niveau de la consommation en février reste incertain. La demande électrique est aujourd'hui de 5% inférieure à la normale en raison de la crise sanitaire, mais ce ne sera pas forcément le cas dans trois mois. Face à ces difficultés, RTE rappelle que plusieurs leviers sont à sa disposition pour assurer l'approvisionnement et éviter une panne généralisée, le "blackout". Parmi ces solutions figurent l'arrêt de la consommation d'industriels gros consommateurs d'électricité ou une légère baisse de la tension sur le réseau de distribution.

Des coupures localisées et temporaires peuvent enfin être organisées "en tout dernier recours". Ces mesures dites de "délestage" consisteraient à priver d'alimentation électrique environ 200.000 foyers à la fois pendant 2 heures, tout en épargnant les installations sensibles comme les hôpitaux. "A l'extrême, on peut envisager des coupures très courtes", a ainsi rappelé la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili le 19 novembre. Mais "il n'y aura pas de blackout", a-t-elle assuré.

La France, qui est globalement exportatrice nette en matière d'électricité, pourra aussi compter sur ses voisins et importer en cas de coup dur. Une nouvelle interconnexion avec l'Angleterre, IFA2, doit d'ailleurs être mise en service en décembre. "On estime qu'en situation de vague de froid on pourrait compter sur quasiment 9 gigawatts d'import", a précisé Thomas Veyrenc, directeur stratégie et prospective de RTE. Le gestionnaire a par ailleurs annoncé le 19 novembre la généralisation à toute la France du dispositif "Ecowatt", qui existe déjà en Bretagne et Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Un site internet permet ainsi de guider les consommateurs sur leur consommation d'électricité. En cas de tension sur l'approvisionnement, un texto peut inviter les Français qui se sont inscrits à baisser ou décaler leur consommation. Concernant le gaz, Storengy, le numéro un du stockage en France, a aussi indiqué jeudi avoir compté plus de 99% de ses capacités remplies début novembre pour passer l'hiver. "Nous sommes dans les plus hauts historiques", a salué son directeur général France, Pierre Chambon, lors d'une conférence. Le  remplissage des réservoirs à partir du printemps n'a ainsi pas du tout été perturbé par le confinement.
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