Crise de l'énergie : colère et déception après la fermeture de piscines et de patinoires

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Avec la flambée des coûts de l'énergie, piscines et patinoires sont dans le même bateau : les infrastructures sont vieillissantes et surtout énergivores. Certains délégataires de services publics, comme le groupe Vert Marine, ont même décidé de les fermer, sans concertation.

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"C'est un vrai crève-cœur mais c'était devenu intenable." Le maire de Tours, Emmanuel Denis, l'a annoncé en direct au JT de France 3 Centre-Val de Loire, le 6 septembre : la patinoire éphémère du marché de Noël tourangeau ne verra pas le jour cette année. En cause : la recherche d'une sobriété énergétique, brusquement accélérée par une volonté écologique et surtout la flambée des coûts de l'énergie. 

L'hiver dernier, nous avons eu sept degrés de plus en moyenne Il n'y a aucune nuit où ça avait gelé. C'est devenu une vraie aberration environnementale, nous avons pris la décision de la fermer.

Emmanuel Denis, maire de Tours

Les patinoires intérieures, un gouffre énergétique

Au-delà même des patinoires éphémères, les espaces intérieurs de patinage interrogent. "Ce sont des infrastructures vieillissantes et très énergivores, analyse Benoît Cormier, responsable de la communication à France Urbaine, une association de métropoles et de grandes villes. De plus, les normes demandées de plus en plus strictes et importantes sont à la charge des collectivités."

En ces temps de crise énergétique, le coût d'une infrastructure comme celle-ci est un gouffre pour les collectivités. C'est pourquoi elles cherchent par tous les moyens à faire des économies d'énergie où elles peuvent. "On se demande si on ne pourrait pas raccourcir la durée de fonctionnement de la patinoire", propose Martin Cohen, adjoint au maire de Tours à la transition énergétique. L'élu tourangeau rappelle toutefois que ce genre de décision ne se prend pas à la va-vite : il faut voir avec les clubs qui l'occupent.

Martin Cohen assure que rien n'a été décidé en ce sens, et que la mairie n'envisage la fermeture qu'en dernier recours. Pourtant, plusieurs patinoires sur le territoire national ont déjà annoncé qu'elles ne rouvriraient pas. Leur point commun : toutes sont gérées par le même groupe, Vert Marine, délégataire de service public, qui exploite également de nombreuses piscines.

Vert Marine avait-il le droit de fermer ses patinoires et piscines ?

Début septembre, le groupe a décidé de fermer une trentaine des piscines et patinoires qu'il gère en délégation de service public à cause de la hausse des coûts de l'énergie. Vert Marine a indiqué à l'AFP que sa facture énergétique est passée de "15 à 100 millions d'euros", soit "la totalité du chiffre d'affaires annuel". La société affirme que si le coût était répercuté sur le prix d'entrée, celui-ci serait multiplié par trois.

Dans un mail adressé à Thierry Chaix, le PDG de l'entreprise, la présidente de la Fédération française des sports de glace, Gwenaelle Noury, relate l'inquiétude grandissante des pratiquants de patinage artistique et hockey sur glace quant à ces fermetures.

"Nous ne pouvons accepter qu'une telle décision, prise de manière brutale, ne puisse être reconsidérée dans I'attente d'une négociation habile à laquelle nous nous tenons prêts à participer", écrit-elle.

D'autres ont été moins diplomates, car cette décision a engendré la colère de nombreux élus qui n'acceptent pas cette fermeture unilatérale. Plusieurs mairies ont contraint Vert Marine à rouvrir des piscines et patinoires, comme à Paris, Versailles et Clichy-sous-Bois où des arrangements ont été trouvé à posteriori.

A Nogent-le-Rotrou, le maire Harold Huwart a même lancé une action en justice contre l'entreprise. Il reproche au groupe de ne lui avoir donné aucun préavis, et d'avoir mis la commune face au fait accompli, en dépit de la délégation de service public.

Nous avons reçu un mail à midi pour nous dire que la piscine ne rouvrira pas à 14 heures. C'est une décision irrespectueuse, inacceptable et surtout illégale.

Harold Huwart, maire de Nogent-le-Rotrou

Une lecture confirmée par Jean-Baptiste Vila, maître de conférences en droit public à l'université de Bordeaux. "Dans ce type de contrat, le principe de continuité du service public s'applique sans autre interruption que celle prévue par la loi."

Or, il estime que l'inflation ne relève pas des exceptions prévues par la loi et que Vert Marine commet une faute. L'entreprise qui a passé un contrat avec la collectivité est censée "assumer le risque" et être exposée aux aléas du marché. Pour lui, d'autres solutions étaient possibles : par exemple des discussions avec les collectivités ou un partage des surcoûts.

Dans le cas de Nogent-le-Rotrou, le maire issu du Parti radical assure qu'il était prêt à négocier. Il explique même avoir accepté de payer une compensation extra-contractuelle en début d'année pour contrebalancer le prix du gaz. Mais, aujourd'hui, face à la décision soudaine et unilatérale de Vert Marine, Harold Huwart entend bien ne pas se laisser marcher sur les pieds. "Le contrat prévoit 100 000 euros de pénalités par semaine. Ils ont commis une erreur, ils vont en payer le prix."

Harold Huwart dénonce une entreprise qui "n'accepte de respecter le contrat que lorsque cela les arrange". Il note que Vert Marine n'aurait fermé que les piscines pour lesquelles le contrat passé impliquerait des prix fixes.

Par exemple, la piscine et la patinoire de Chartres, l'Odyssée, sont restées ouvertes par le délégataire de service public. Or dans ce cas, le contrat passé par Vert Marine est à prix flottant : c'est à la collectivité de payer le surcoût.

Jointe par France 3, la direction du groupe Vert Marine n'a, à ce jour, pas donné suite à nos sollicitations.

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