Dans l'Indre et le Cher, les viticulteurs inquiets face au mildiou et à l'oïdium

Les viticulteurs se seraient bien passés de ce nouveau contretemps. Après le gel de printemps, l’été pluvieux a apporté son lot de maladies. Notamment l’oïdium et le mildiou, des champignons bien connus aussi des jardiniers amateurs, et dont le traitement augmente d’autant les coûts de production.
Les dégâts provoqués par le mildiou sur les raisins.
Les dégâts provoqués par le mildiou sur les raisins. © Collection Watier/MaxPPP

A Valençay, les 22 viticulteurs qui cultivent les 210 hectares de vigne qui constituent l’AOC multiplient leurs soins, sous l'oeil inquiet de Jean-François Roy, leur président. "Vous avez des années où on fait cinq traitements contre l'oïdium et le mildiou, et d'autres comme ici où il va falloir en faire neuf", explique-t-il. "Quand votre rendement espéré n’est pas à la hauteur, de l’ordre de 30 à 40 hectolitres / hectare, le coût est bien sûr majoré."

Une pression économique accrue du fait des faibles rendements attendus, après les épisodes de gel du printemps. Une situation qui ne touche pas que les vignobles de Valençay. "Dans le 41 c’est pareil, dans le 37 c’est pareil, dans tous les endroits où ça a gelé, les pressions sont d’autant plus importantes par rapport aux volumes de vin produit", énumère Jean-François Roy. 

Pour sa part, il estime sa production de l’ordre de 50% de moins qu’une récolte normale : "En fonction des maladies, ça peut encore descendre." Seule consolation : la qualité du vin produit, elle, pourrait s'avérer intacte. Si le temps se met au beau et chaud, les vignerons savent que les maladies disparaîtront. Alors plus que quelques semaines à attendre avant le verdict.

Le mildiou et le botrytis

A Quincy, dans le Cher, les 35 viticulteurs de l’appellation qui cultivent les vignes sur 330 hectares n’échappent pas à l’apparition de ces fameux champignons révélateurs d’un temps humide et frais.

Mais ici la situation est quelque peu différente comme nous l’explique Yves Lestourgie, co-président du syndicat des viticulteurs. "Nous, à Quincy, on a été touché un petit peu par le gel, mais moins qu’ailleurs, car on est protégé à 95% par des tours anti-gel. On est donc passé en grande partie au travers des dégâts du gel de printemps."

"Considérant les champignons, on a le botrytis qui commence à se pointer, il se développe sur les grappes, et les conditions actuelles sont favorables à son développement. Toute la suite dépend du temps, s’il va faire beau ou pas", explique-t-il.

"Concernant le mildiou, on a été touché, ajoute-t-il. Globalement, il y a une maîtrise qui est plutôt bonne de l’ensemble des vignerons. Il n’empêche qu’il y a un certain nombre de grappes qui sont touchées, et donc récolte zéro sur ces grappes-là. Pour l’instant il est très difficile de faire un état des lieux précis des dégâts que ça va engendrer au niveau de la récolte. Il peut y avoir des dégâts en quantité et en qualité. Tout dépend du temps qu’il va faire dans le mois et demi qui vient", conclue-t-il.

Des traitements efficaces ?

Des incertitudes qui compliquent le quotidien des vignerons, même s’ils sont habitués à se battre avec la nature pour produire leur vin. Concernant l’efficacité des traitements, le vigneron de Quincy précise : "Tout le monde n’a pas forcément les mêmes appareils pour traiter, il y en a qui sont plus ou moins performants. Des années où il y a peu de mildiou, on ne voit pas la différence. Par contre des années comme celle-ci, avec tous les appareils qui sont un peu vieillissants ou pas bien réglés et étalonnés, on voit tout de suite la différence."

Quant à savoir comment cela va se traduire au moment des vendanges, Yves Lestourgie reste plutôt optimiste : "Il y aura forcément des volumes en moins, mais on ne peut pas pour l’instant faire des estimations. C’est trop tôt. Il faut attendre les vendanges."

L'effeuillage, un coût en plus

Seule inquiétude, la prolifération ou non du botrytis constaté à Quincy. Et qui apparemment en s’attaquant aux grappes peut faire des gros dégâts, notamment sur les rouges, ce qui n’est pas le cas de Quincy. "Le risque, c’est que la grappe qui se referme enferme avec elle les foyers de botrytis, qui peuvent donc prospérer", développe-t-il.

Outre les traitements et les habituels soins portés au vignoble, un certain nombre de professionnels ont effeuillé. Le co-président du syndicat décrit la technique : "On enlève les feuilles devant les grappes pour aérer et permettre au traitement d’atteindre au mieux les grappes."

Ici aussi, ces frais supplémentaires seront bien sûr présents dans les coûts de production de la récolte 2021.

Autre aléa : le millerandage

Enfin dernier phénomène naturel qui vient rendre la tâche plus difficile : le millerandage. Il nous explique : "Le millerandage, c’est au moment de la fleur quand il n’y a pas les conditions météo favorables, ni trop chaud ni trop froid, ni trop de pluie mais suffisamment quand même. En fait, la grappe procède à de l’auto-avortement. Elle sacrifie un certain nombre de grains pour sauver les autres."

Autant d’aléas de la nature qui cette année se retrouvent plus ou moins présents dans les vignes. Pas de quoi décourager les vignerons qui espèrent que la qualité sera au rendez-vous à défaut de la quantité.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
viticulture agriculture économie berry