Edouard Philippe et son nouveau parti séduisent les députés de la majorité en Centre-Val de Loire

Au moins trois députés de la région, à savoir Caroline Janvier, François Jolivet et Loïc Kervran, se sont rendus au Havre samedi pour le lancement du nouveau parti de l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, Horizons. Certains ou non d'y adhérer, peu importe : tous saluent l'initiative.

Un mouvement ni de droite, ni de gauche, qui "regarde vers l'avant" et souhaite faire élire Emmanuel Macron... Non, nous ne sommes pas de retour en 2017 lors d'une réunion d'En Marche, mais bien au Havre ce samedi 9 octobre 2021. Le maire de la ville, et ancien Premier ministre, Edouard Philippe y a tenu un meeting actant la création de son propre parti : Horizons.

Un parti qui "vise à élever le débat", en "se construisant avant tout par le local, les élus locaux, les maires qui ont si peu la parole alors qu'ils ont beaucoup de choses à dire", résume Loïc Kervran, député du Cher du groupe Agir ensemble, allié de la majorité à l'Assemblée.

L'élu était au Havre ce week-end, "par curiosité de ce qu'allait proposer" celui qu'il qualifie de "grand homme d'Etat". Verdict ? "J'ai été séduit par le fond, les constats, les vertiges dont il parle sur l'immigration, l'environnement, l'emploi, affirme-t-il. C'était une vraie bouffée de fraîcheur."

Entente cordiale

Députée La République en Marche du Loiret, Caroline Janvier aussi était dans l'auditoire. "Ça m'intéressait, Edouard Philippe est quelqu'un que j'apprécie beaucoup car il a mis en oeuvre des réformes substantielles de notre projet, et j'ai beaucoup apprécié travailler avec lui", soutient-elle. Comme son collègue du Cher, elle soutient l'intention de "repartir du terrain", alors même que le parti présidentiel sort de plusieurs élections (municipales, départementales, régionales) sans être parvenu à s'implanter localement.

À les entendre, on pourrait voir en Horizons un moyen de remobiliser des militants LREM lassés par des changements de cap politique, une perte de repères et une infusion des mots de l'extrême-droite dans le vocabulaire gouvernemental. Pourtant, pour Caroline Janvier, il s'agit avant tout d'aller "chercher les bonnes idées là où elles sont et d'élargir la base des contributions au-delà de l'alternance mortifère droite-gauche". 

Elle-même se revendique "plutôt de centre-gauche" et n'est "pas sûre d'adhérer" au nouveau parti, malgré la permission diplomatique accordée par le patron des marcheurs Christophe Castaner d'avoir la double carte Horizons-LREM. D'ailleurs, Edouard Philippe lui-même a assuré Emmanuel Macron de son soutien, plaçant sa réélection comme un des objectifs premiers de sa formation pour 2022. Et le meilleur moyen d'y parvenir, c'est "d'élargir sa base électoral", note Caroline Janvier. 

Draguer la droite

Aussi présent samedi au Havre, l'ancien LR François Jolivet a sa théorie sur le sujet. Dans les colonnes de La Nouvelle République, le député LREM de l'Indre estime que le lancement de Horizons "arrive à point nommé, au moment où la digue entre Zemmour et Les Républicains est en train de sauter". Une référence à peine voilée à la création d'un comité de soutien au polémiste d'extrême-droite par un maire estampillé LR de l'Indre

Il espère même pouvoir convaincre ceux "qui ne se reconnaissent plus chez Les Républicains" à rejoindre les rangs d'Horizons. Une ouverture à droite à laquelle ne croit pas Loïc Kervran, qui espère que "des élus de gauche peuvent être extrêmement intéressés par cette initiative". Lui préfère miser sur "la possibilité de faire des choses sur le terrain, qui est le grand intérêt par raport à En Marche". 

Car, même s'il s'inscrit dans la majorité, Horizons semble en prendre le contrepied. A l'heure des logiques de mouvement, Horizons se présente d'emblée comme un parti. À l'ancienne. Et à l'ambition de la société civile et du renouveau de la classe politique portée par LREM en 2017, Edouard Philippe répond par l'atout des élus de terrain. Comme si, finalement, la majorité avait péché par précipitation et pas dégagisme, comme le dirait Jean-Luc Mélenchon.

Loïc Kervran lui-même, après avoir été élu avec l'étiquette du parti présidentiel, avait quitté son giron en décembre 2020, estimant que LREM était "tombée dans les travers de l'esprit partisan qui implique trop souvent de défendre tout ce qui vient de son camp". 

Un élan ?

Et là est peut-être la raison d'être d'Horizons : retrouver un élan, que La République en Marche a perdu avec son institutionnalisation. Caroline Janvier est ainsi une des quelques voix du groupe majoritaire à oser "ouvrir des débats lorsque c'est nécessaire", comme avec la mission parlementaire sur le cannabis. Elle assume ainsi "discuter souvent avec Benoît Hamon", et explique avoir "fait du très bon travail avec Eric Cocquerel (député France insoumise, ndlr) sur le cannabis" justement.

Une liberté de ton que certains aimeraient peut-être retrouver et que le nouveau parti d'Edouard Philippe, tout en accueillant dans ses rangs des habitués et aguerris de la politique, souhaite incarner. 

Quant à l'avenir d'Horizons après Macron, Loïc Kervran dit ne pas s'y intéresser. "On est dans un monde où tout change très vite", note-t-il, préférant se concentrer sur "la fin du quinquennat, où il nous reste beaucoup à faire". Echaudé par son expérience au sein du groupe et parti LREM, il confesse ne pas avoir pris sa carte d'adhérent (contrairement à François Jolivet), et se "donne le temps de réfléchir". Reste à savoir si Edouard Philippe pourra vraiment fournir un élan suffisant pour faire réélire Emmanuel Macron. Et quelle place il souhaiterait occuper dans une future majorité.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
la république en marche politique nos élus à la loupe