Les documentaires de France 3 Centre-Val de Loire

Le lundi vers 23h00, un documentaire de 52 minutes raconte la vie des régions
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Documentaire : “Danse avec les nuages” ou le portrait d'une géante de la voltige aérienne Catherine Maunoury

© Aude Lemordant
© Aude Lemordant

La réalisatrice Laura Brunet fait la part belle aux paroles intimistes des voltigeurs d’exception que sont Catherine Maunoury, Aude Lemordant et Antoine Crochon, tous guidés par une même ferveur : voler et évoluer dans le ciel comme dans son milieu naturel.
 

Par Laura Brunet / Anne Lepais

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Dans « Danse avec les nuages », la réalisatrice Laura Brunet met en lumière l'obstination d'une Géante, qui, à l'âge de 8 ans, a décidé qu'elle volerait. Cette géante c'est Catherine Maunoury, deux fois championne du monde et dix fois championne de France dans une discipline où les femmes et les hommes concourent dans la même catégorie.
© F3 Centre
© F3 Centre

À 64 ans, Catherine Maunoury vole toujours, initie des jeunes à la voltige aérienne. La voltige ne sera qu'un prétexte pour nous faire comprendre ce qui pousse ces hommes et ces femmes à dépasser leurs limites, à retrouver un peu de leur enfance, à travers un sport qui exige un contrôle de soi incroyable.

Pour nombre d’entre nous, voler est devenu banal. Mais il ne faudrait pas oublier trop vite le rêve, la fascination et la magie qui continuent à habiter l’aviation » - Catherine Maunoury

 

La révélation de Laura, réalisatrice du film

Nous sommes le 19 août 2018. Laura Brunet, accompagne un ami sur un meeting de voltige aérienne à Pornichet. Elle connaît peu pour ne pas dire rien de ce milieu. Alors, elle débarque avec son regard de novice. Partout, elle observe des passionnés, la tête en l’air, comme hypnotisés par le spectacle. Les pilotes enchaînent les combinaisons variées avec élégance et minutie. Ils tombent littéralement du ciel, mettent l’avion sur le dos, repartent perpendiculairement au sol, additionnent les quadruples loopings, jouant avec l’apesanteur et la gravité.

Très vite, elle oublie les lois de la physique et se laisse happer par ce spectacle. Elle aime cette sensation hors du temps, poétique, saisissante. Elle frissonne, s’inquiète pour eux dans un haut-le-cœur auquel se mêle un brin d’adrénaline.

Elle se dit qu’à force d’avoir la tête dans les nuages, ces hommes sont devenus fous.
Cette prise de risque vaut-elle la peine pour ressentir la puissance ou la vitesse, la légèreté lors du très court instant où l’on se retrouve à flotter dans les airs à un kilomètre du sol ?

Sur le tarmac, une femme attire son regard. Elle se dirige vers son avion avec détermination. « C’est Catherine Maunoury, double championne du monde », lui souffle son ami émerveillé… Rien que ça.

De retour chez elle, elle s’empresse de faire quelques recherches. Très vite, elle découvre que loin des idées reçues, la voltige aérienne n’est pas de l’acrobatie ou du freestyle. C’est un sport de haut niveau codifié, au même titre que le patinage artistique ou la gymnastique, avec des programmes parfois libres, parfois imposés.
Mais ce ne sont pas tant les règles de cette discipline qui l’intriguent, plutôt la beauté des figures, lui rappelant la danse qu’elle a elle-même pratiquée pendant plus de 15 ans.
Elle veut  en savoir plus. Qu’est-ce qui peut bien pousser ces hommes et ces femmes au dépassement de soi ? À vivre plus fort, plus haut, l’espace d’un instant, à travers un sport qui exige un contrôle de soi incroyable ?
© Laura Brunet
© Laura Brunet

De tout temps, les hommes ont voulu danser au plus près des nuages. Et c’est cette passion des airs qu’elle a tout de suite eu envie de raconter, le partage d’un même rêve, celui de voler.

Après plusieurs semaines de maturation, elle se décide à rencontrer Catherine Maunoury. Il ne lui en faudra pas plus pour être définitivement convaincu de faire un film. Généreuse, Catherine la laisse pénétrer dans son univers, dans sa maison, mais aussi à l’aéro-club de Chartres.

Ce qui l’impressionne le plus chez cette femme, c’est sa détermination à tenir le cap de sa vie toujours en direction de la voltige aérienne contre vents et marées.
Catherine a 8 ans quand son père, qui était médecin et pilote à ses heures de loisir, l’emmène voler pour la première fois. C’est décidé, elle deviendra pilote à son tour. 56 ans plus tard, elle vole toujours.
 

Elle a le sens de la dramaturgie. Pas besoin de monter à bord de l’avion pour voyager avec elle. Dans les airs comme au sol, elle veille à l’avenir.


À aujourd’hui 64 ans, elle continue les meetings, en solo ou en formation, et se dépense sans cesse pour transmettre inlassablement et avec enthousiasme le bonheur de voler.
Laura découvre une femme sensible qui sait porter un regard poétique sur ce sport à la fois technique et esthétique.
 

La « bande de Catherine »


Laura la laisse Catherine Maunoury la transporter au gré des rencontres et fait grâce à elle la connaissance d’un autre Chartrain, Antoine Crochon, pilote de ligne et voltigeur, comme son père avant lui.
Très jeune, Antoine s’est émerveillé devant les prouesses de la grande Catherine. Contaminé par le virus, il n’a jamais pu reposer complètement les deux pieds au sol. Bien que Catherine ait fermé son école de voltige il y a quelques années, elle continue d’entraîner Antoine pour le plaisir.

[VIDEO ▼] Après une visite pré-vol Antoine Crochon se rend sur l'axe de voltige où Catherine l'attend. Depuis le sol, Catherine va l'aider à reprendre confiance en l'avion (après un arrêt prolongé, les pilotes sont souvent timides avec la machine, il faut les encourager pour qu'ils aillent plus loin). Elle va également lui dire si la qualité de ce qu'il donne est bien, et sur quoi il va pouvoir travailler plus.
C'est un vol de reprise en main : "On travaille sur les fondamentaux, sur une bonne verticale, sur les bons angles et sur des 45° parfaits".

 

La voltige est souvent perçue comme un sport de freestyle, faite d’apparats, presque tape à l’œil, où le pilote peut se laisser emporter par l’adrénaline et enchaîner les vrilles, dessinant des ronds dans le ciel en lâchant de la fumée à sa guise.
Avec Antoine, Laura voit bien que c’est tout l’inverse. Étrangement, il est presque peureux, aime que tout soit délimité, ne souhaite surtout prendre aucun risque.
Elle s’étonne, mais finit par saisir pourquoi. Dans les airs, paradoxalement, aucune place n’est laissée à l’improvisation, au risque de mettre sa vie et celle des autres en danger. Si les performances sont magistrales vues du plancher des vaches et que tout semble si léger, il ne faut pas oublier que la mort les guette à la moindre erreur de pilotage. À deux reprises par le passé, Antoine a été victime d’une syncope en plein vol. Pendant quelques secondes, l’avion s’est retrouvé en chute libre, avant qu’il ne reprenne ses esprits... justes à temps.

Pour ne pas se laisser emporter par les lois de la gravité, chaque figure est millimétrée et la maîtrise de l’appareil est poussée à son paroxysme. À chaque vol, le pilote teste ses réflexes, inlassablement. Pour palier toute éventualité, se rapprocher du risque minimum, les voltigeurs entraînent leur physique et leur mental au quotidien. Le pilote n’est pas simplement assis aux commandes, il apprend à réguler son souffle, à gainer ses abdos, ses fessiers, ses cuisses pour irriguer le corps quand la tête à l’envers mobilise tout le flux disponible.

Dans le film, la réalisatrice souhaite que les pilotes nous fassent ressentir ces sensations extrêmes que produisent les différentes figures exécutées en l’air.
Faire corps avec l’appareil, accuser les accélérations de 0 à 400 km/h, le défi de la pesanteur, le sang qui monte lors des figures renversées, l’impression de peser jusqu’à dix fois son poids. Que se passe-t-il dans leur tête à cet instant ?
 

Le lien avec la machine est fusionnel. Les ailes de l’avion sont vos bras, l’habitacle votre tête. » Catherine Maunoury


Cette préparation physique et mentale est accompagnée d’une autre très théorique au sol, qui laisse ensuite place à la pratique dans les airs. Si la voltige est un sport individuel, le lien qui relie le pilote à son entraîneur est constant. À chaque nouveau vol, Laura observe le même rituel. Depuis la terre ferme, par radioguidage, Catherine scrute avec minutie les moindres mouvements de l’avion d’Antoine. Dextérité, précision, angle des figures, elle ne laisse rien passer. Répéter, encore et encore, jusqu’à atteindre l’extrême perfection, avec un calme déconcertant.
Catherine Maunoury et Antoine Crochon / © Laura Brunet
Catherine Maunoury et Antoine Crochon / © Laura Brunet

Au fil de son enquête, elle remarque que les liens entre les pilotes sont « quasi fusionnels ». Petit à petit, Catherine continue de la conduire à la rencontre de ceux qui deviendront ses relais privilégiés pour apprivoiser ce monde de la voltige.

Toujours à ses côtés, Laura fait la rencontre d’une autre championne, Aude Lemordant. Une femme téméraire et délicate qui conduit d’une main de fer son bolide. En dehors des compétitions, toutes deux se préparent pour des meetings en duo, ou en quatuor avec deux autres pilotes masculins, eux aussi anciens champions du monde. Elles ont le même caractère, la même ambition se lit dans leurs yeux. Bien que Catherine soit la doyenne, c’est elle qui est aux petits soins pour Aude, car à l’instar de notre Géante dans les années 2000, la jeune femme incarne aujourd’hui le renouveau de la voltige mondiale.
Double championne du monde (2013 et 2015), elle fait partie de l’équipe de France de voltige. Elle a proposé à Catherine de faire des vols en duo dans des meetings. / © Laura Brunet
Double championne du monde (2013 et 2015), elle fait partie de l’équipe de France de voltige. Elle a proposé à Catherine de faire des vols en duo dans des meetings. / © Laura Brunet

Déjà médaillée deux fois en tant que championne du monde, elle remettra son titre en jeu en août prochain lors des championnats du monde à Châteauroux. Catherine sera à ses côtés, à l’écoute de ses besoins.
Si la réalisatrice souhaite filmer cette compétition, c’est que, bien loin des meetings qui se présentent comme des shows aériens sans enjeu de taille, la compétition est le but ultime de tout champion. Au-delà du plaisir de voler, c’est la victoire qui importe, qui ne peut se faire sans la rage au ventre.
Aude s’entraîne chaque jour avec une énergie colossale. Bien qu’elle soit la favorite, Aude ne se repose pas sur ses lauriers. Exactement comme pour Catherine lors de ses derniers championnats du monde, elle sera confrontée à une adversaire russe qui la talonne de près. 

La passion comme ligne de vie

Au fur et à mesure, Laura Brunet, la réalisatrice, perçoit qu’au-delà de la transmission d’un savoir, c’est la transmission d’une passion qui se joue ici, entre chacun des maillons de la chaîne.
Des premières répétitions sur papier aux représentations finales en compétition, ou simplement pour le plaisir. Qu’ils soient mécaniciens garants de la sécurité à bord des avions, entraîneurs accompagnant les pilotes, ou spectateurs aux yeux émerveillés, chacun est animé par une flamme transmise génération après génération.
Quand elle demande à ces pilotes ce qui les pousse à voler, elle est à chaque fois déconcertée par leurs réponses détournées, par leur manque d’explications. Au fond, ils ne semblent même pas se poser la question, comme s’ils n’avaient pas conscience de cette flamme quasi instinctive ou plus encore, comme s’ils n’avaient pas d’autre choix. Se retrouver « la tête en bas, le cœur à l’envers » sans savoir pourquoi, comme aime si bien le dire Catherine, c’est le quotidien de ces voltigeurs. Le cœur à l’envers, Catherine l’a. Celui qui lui a donné la force et l’a accompagnée toute sa carrière, c’est Dominique, son mari, décédé il y a près de dix ans. Ils volaient et rêvaient ensemble, prenaient la vie avec une certaine légèreté, en allant toujours au bout de leurs passions.
Quand elle a gagné son championnat du monde, son mari, Dominique Maunoury, peintre et aviateur, lui a peint ce tableau à base de souvenirs du championnat. Catherine fête sa victoire un verre à la main, l'avion de la victoire est en vedette ainsi que leur tableau fétiche. L'ensemble de tout ça les représente tous les deux. Ce tableau est un joli souvenir pour Catherine car elle dit lui devoir en grande partie ses nombreuses victoires. / © Laura Brunet
Quand elle a gagné son championnat du monde, son mari, Dominique Maunoury, peintre et aviateur, lui a peint ce tableau à base de souvenirs du championnat. Catherine fête sa victoire un verre à la main, l'avion de la victoire est en vedette ainsi que leur tableau fétiche. L'ensemble de tout ça les représente tous les deux. Ce tableau est un joli souvenir pour Catherine car elle dit lui devoir en grande partie ses nombreuses victoires. / © Laura Brunet

Laura décèle que c’est peut-être lorsqu’elle vole qu’elle se sent au plus proche de lui aujourd’hui, que le souvenir de cette complicité, de ces passions mêlées, prend toute sa dimension. Au domicile de Catherine, entre les photos de son mari et les souvenirs de sa vie qui s’étalent, des affiches de Saint-Exupéry colorent les murs.
 

Saint-Exupéry était un modèle parce qu’il n’était pas seulement aviateur, il était rêveur et avait une âme d’enfant, comme Dominique », souffle-telle à Laura.


Être un peu rêveur, vivre toujours plus fort… Ce sont tous ces êtres habités par une passion sans fin par l’aventure qu'elle veut filmer, par ce besoin éperdu de voler, cette envie irrépressible d’aller plus haut. Tous sont liés par un même envoûtement avec les airs et une complicité sans faille.
Laura veut saisir ces humains passionnels et passionnés, sentir leurs émotions, leur regard d’enfant, assister à la préparation au sol, aux entraînements dans les airs, aux moments de doutes, de questionnements, jusqu’à la concentration presque religieuse avant une compétition. Finalement, est-ce que cette passion n’est pas commune à tous les compétiteurs, quelle que soit la discipline ? La réalisatrice veut faire ressortir cette envie viscérale qu’elle a si souvent ressentie pendant ses années de compétition en danse, où la notion du temps s’arrête.
Elle se voit encore en train d’exécuter machinalement chaque chorégraphie, presque en état de transe. Avec eux, elle a le sentiment de retrouver cette émotion, décuplée au centuple. Elle comprend sans comprendre.


Comment réagir quand on doit à la fois se faire confiance et s’en remettre à l’habitacle qui nous porte ? Quand on doit littéralement perdre pied, s’envoler pour se surpasser ?

Dans cette exploration humaine, où se mêlent passion et détermination de vie, tout partira d’abord de Catherine, l’épine dorsale du film. Dans ce documentaire nous découvrirons son histoire, son cocon à bord de son avion. Puis, nous déroulerons le fil, volant d’un personnage à l’autre, au gré des personnalités, à travers Antoine, Aude, Hervé le mécanicien responsable de leurs avions à l’aéro-club de Chartres, Nicolas, disciple de Catherine.

Puis, bien sûr, ce film laissera aussi une grande place à d’autres férus d’aviation, le public, que nous rencontrerons lors des championnats du monde, ou encore lors du très attendu meeting de Melun. Ces passionnés présents sur chaque événement sont incontournables pour donner le ton aux rencontres.
Laura retournera auprès d’eux, en tant que spectatrice, pour goûter à nouveau cette sensation si intense que l’on ressent en observant ces voltigeurs, depuis la terre. Il n’y a pas d’âge, pas de condition pour être fasciné. Car si leurs idoles font le spectacle, eux aussi, donnent corps à ce rêve fédérateur.
La bande de Catherine Maunoury / © Laura Brunet
La bande de Catherine Maunoury / © Laura Brunet


« Danse avec les nuages » un documentaire de 52' réalisé par Laura Brunet, produit par Tandem Image et France Télévisions, à voir lundi 16 décembre 2019 à partir de 23h00 sur France 3 Centre-Val de Loire.