A Chartres, pour le syndicat FSU, le « retour à la normale » dans les établissements scolaires de la région n’existe pas

Alors que « tous les élèves » ont été appelés à reprendre le chemin de l’école : de la maternelle au lycée, en passant par le primaire et le collège, le syndicat FSU souhaite exposer les difficultés de cette reprise qui sera « progressive et incomplète. »

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale.
Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale. © F3 CVDL
Le 28 juin dernier, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, exposait la deuxième étape du déconfinement pour les établissements scolaires. Annulation des épreuves orales du bac français et ouverture de l’ensemble des écoles, collèges et lycées, tout en précisant que l’alternance restait de mise, pour respecter la distanciation dans les salles de classes, et en dehors. Mais avec au moins un jour de présence par semaine, pour les collégiens dans leur établissement. Côté lycées, le ministre a donné le feu vert à l'ouverture des établissements à l'ensemble des niveaux. Des annonces qui ont mis en colère une partie des enseignants et chefs d'établissements.

Une situation toujours dégradée pour les enseignants, autant que pour les élèves


Sur le terrain, à Chartres, la situation est plus nuancée. Sachant que les parents peuvent faire le choix de garder leurs enfants chez eux, le nombre d’élèves présents dans les établissements reste en moyenne autour de 40% des effectifs totaux du primaire, et du secondaire. 

Aujourd’hui, la capacité d’accueil est quelque peu limitée. « Pour le premier degré, nous sommes à la limite de nos capacités, toute nouvelle demande d’accueil d’un élève est sujet à discussion »,  précise Céline Pier-Cheron, co-secrétaire d’Eure-et-Loir du SNUIPP-FSU et directrice de maternelle.
Combiner la distanciation sociale (1,50m entre chaque élève et entre élève et enseignants) avec la taille des salles de cours alors que les classes sont surchargées, la gestion se fait au cas par cas. Et, tout est fonction de la surface de l’établissement (salle de cours et cour de récréation), et du nombre de personnel disponible sur le site pour assurer la reprise des classes. 
 

Pas de cadre précis pour la reprise, sauf d’appliquer le protocole sanitaire

« L’application du protocole, suite à la crise sanitaire, rend difficile l’accueil de tout le monde. C’est le résultat d’un sous-investissement de l’école qui existait bien avant l’arrivée du virus. Nos locaux sont trop petits », précise Julien Jaffré, secrétaire départemental SNES-FSU.

Du côté des collèges, si les 5ème et 6ème avaient réintégré les classes en demi-groupes et par alternance, aujourd’hui, deux autres niveaux (4ème et 3ème) doivent reprendre le chemin de l’établissement. Et la même question se pose :  comment accueillir tout le monde ? Et Julien Jaffré de préciser…. « Il y en a des établissements qui ont décidé de faire un jour, un niveau. D’autres continuent le système de la division des classes en deux groupes, avec alternance une semaine sur deux. » Tous regrettent le manque de « cadre précis ou imposé par le ministère pour la reprise. » 
 

Les lycéens, derniers à reprendre le chemin des cours

Pour les lycéens, l’affaire n’est absolument pas réglée. Les chefs d’établissements ont eu moins de quatre jours, week-end et jour férié inclus, pour préparer ce retour. Donc forcément, rien n’est vraiment prêt. Certains seront convoqués pour un point avec leur professeur principal, ou avec le conseiller d’orientation. « Nous ne pouvons pas appeler cela une réintégration des élèves, ou une reprise de cours. L’ensemble des missions de l’école n’est pas effectué dans cette phase de déconfinement, » se désole Céline Prier Cheron, directrice d’établissement. 
 

Des programmes suivis au compte goutte

Car pour ce syndicat d’enseignants, la continuité pédagogique scandée par le gouvernement n’existe pas, ils préfèrent parler de continuité scolaire. « Le ministère nous demande de reprendre, il faut renouer le lien avec les élèves. Pour certains, le lien a été totalement perdu, » explique Céline Prier-Cheron, co-secrétaire départementale SNUIPP-FSU.

« L’école c’est être ensemble. C’est apprendre ensemble. C’est l’échange avec l’enseignant et entre élèves. C'est sur ces principes que l’école Républicaine, laïque et obligatoire s’est construite. Alors ne pas ouvrir à tous les élèves, c’est déjà une erreur. »


L’enseignement à distance est considéré comme un « pis aller ». Mais aujourd’hui, avec la reprise des cours en présentiel, il est bien difficile pour les enseignants de suivre leurs élèves en classe, et ceux qui sont demeurés à distance. Pour Christian Guérin, co-secrétaire d’Eure-et-Loir de la FSU28, « le système scolaire est amoindrit, car pour les élèves qui viennent en cours, nous faisons du rattrapage et des révisions. Ce n’est pas de l’éducation au sens où le ministère l’entend. »


Pour organiser la rentrée 2020 le plus vite possible

Aujourdhui, le syndicat FSU veut pouvoir aborder la rentrée de septembre avec plus de sérénité, et une meilleure organisation que ces derniers mois. Elle doit se penser en juin et non dans trois mois. « Il nous faut une situation claire pour septembre », précise Céline Pier-Cheron, car « même si les enseignants ont montré leur capacité d’adaptation, la rentrée de septembre sera inédite. Il va falloir évaluer les niveaux d’enseignement de chaque élève, qui pour certains n’auront pas vu la couleur d’une salle de classe depuis six mois ! »

La FSU demande par ailleurs plus de moyens pour l’école, notamment des classes moins chargées, et des locaux plus grands ou plus nombreux. Le syndicat veut « renouer avec l’entièreté de l’école » car, depuis le confinement, seules les disciplines dites fondamentales sont enseignées. Et l’apprentissage passe aussi par l’EPS et les arts plastiques !
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