La nomination de Laure de la Raudière à la tête de l'ARCEP, le gendarme des télécoms, scandalise le patron de Free

Laure de la Raudière, députée de la troisième circonscription d'Eure-et-Loir, a été désignée par le Président de la République pour prendre la tête de l'ARCEP, les "gendarmes des télécommunications". Une nouvelle surprenante sur plusieurs points. 

La députée d'Eure-et-Loir lors d'une séance de questions au gouvernement. Photo d'illustration
La députée d'Eure-et-Loir lors d'une séance de questions au gouvernement. Photo d'illustration © Leon Tanguy

Parmi les potentiels candidats à la présidence de l'Autorité des Télécoms, il n'était jamais fait mention de Laure de la Raudière, députée de la troisième circonscription d'Eure-et-Loir (Agir). Pourtant, Emmanuel Macron, sur proposition de son Premier ministre, a choisi de la nommer à la tête de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP). Cette structure publique et indépendante fixe les obligations à suivre pour les opérateurs de téléphonie mobile et sanctionne les organismes qui ne respectent pas les règles en vigueur. Elle gère également les attributions et financements des fréquences des quatre principaux opérateurs français : Orange, Bouygues, Free et SFR.

La députée succéderait à Sébastien Soriano, haut fonctionnaire français qui a dû mettre fin à ses fonctions le 4 janvier dernier pour diriger l'Institut National de l'information géographique et forestière.

Un parcours entre politique et ... France Télécom

De toute évidence, Laure de la Raudière est une spécialiste reconnue des enjeux du numérique sur la société. Diplômée de l'Ecole Normale Supérieure et de Télécom Paris, elle débute sa carrière à France Télécom en 1990 en tant que responsable du département Clientèle d'Affaire de Paris Sud. Nommée par la suite directrice des grands comptes puis directrice départementale d'Eure-et-Loir, elle travaillera au sein de l'entreprise jusqu'en 2001.

En parallèle de son travail dans la stratégie numérique des entreprises, elle débute sa carrière politique. Depuis 2007, elle siège à l'Assemblée Nationale, d'abord sous l'étiquette du groupe Les Républicains, puis rejoint en 2017 l'UDI avant d'intégrer le parti des dissidents de la droite, Agir. 

En avril 2015, elle s'oppose à l'adoption de mesures systématisant l'utilisation de "boîtes noires" par les services de sécurité intérieure français, permettant de repérer des communications jugées "suspectes" sur Internet. Elle vote par la suite contre le projet de loi relatif au renseignement, le texte donnant selon elle "un pouvoir trop important au Premier ministre en lui permettant de couvrir légalement toute enquête administrative".

En revanche, elle est une fervente défenseuse de la 5ème génération de réseau mobile (5G). Cette technologie fait débat à cause de son impact potentiellement important sur l'environnement. "Face aux inquiétudes environnementales, je crois que c’est par le progrès technologique que nous pourrons faire face aux enjeux écologiques. Le déploiement des objets connectés dans les bâtiments, l’industrie ou l’agriculture servira un meilleur pilotage de notre consommation énergétique" peut-on lire sur son site Internet.

Xavier Niel persuadé qu'il s'agissait d'une fausse information

Cette décision du Président de la République a surpris le fondateur et propriétaire d'Illiad (Free), Xavier Niel. Lors d'une interview sur le plateau de BFM Business, il déclarait que "nommer à la tête d'une autorité indépendante quelqu'un qui a bossé 15 ans chez Orange [...] serait aberrant pour la concurrence dans le pays". "Je ne suis pas sûr que Donald Trump aurait osé faire un truc comme ça aux Etats-Unis". Selon lui, "on a besoin d'un homme ou d'une femme qui connait aussi bien les télécoms que Laure de la Raudière mais qui n'a pas travaillé dans le secteur".

Laure de la Raudière a souhaité ne pas répondre à nos questions tant que la décision n'était pas effective. La propositon sera discutée devant l'Assemblée Nationale et le Sénat dans les prochains jours. Si elle est acceptée, la question du cumul des deux fonctions, celles de députée et de présidente des "gendarmes des télécommunications", se posera. 

 

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