Droit à l'IVG au Sénat : comment ont voté vos élus en région Centre-Val de Loire ?

L'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution a franchi un nouvel obstacle avec un vote au Sénat ce 28 février. Seuls une cinquantaine de parlementaires ont voté contre.

La Chambre haute du Parlement a surpris ce 28 février, après un vote sans appel en faveur de l'inscription de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Consititution. 267 membres du Sénat ont voté pour, et seulement 50 contre. 

Gérard Larcher désavoué

Opposant de longue date de ce projet et patriarche rarement contesté du Sénat, Gérard Larcher (LR) a été désavoué par son propre camp. "Je sais que je suis à contre-courant, mais mon rôle de président était de dire que la Constitution n'est pas un catalogue de droits sociaux et sociétaux à un moment où l'interruption volontaire de grossesse n'est pas menacée", martelait encore ces derniers jours l'influent sénateur des Yvelines, tout en rappelant son attachement à l'avortement et son engagement pour en renforcer "l'accès" dans le pays.

"Pas de menace" contre l'IVG

En région Centre-Val de Loire, seuls trois élus d'Eure-et-Loir, tous issus du groupe Les Républicains, ont voté contre le projet de loi constitutionnelle. Parmi eux, Daniel Guéret. "Moi j'ai voté contre ce texte, car je considère qu'il n'y a pas de menace" a expliqué l'élu eurélien à France 3. "Si demain l'IVG est menacé, je serai au 1er rang des parlementaires pour le défendre", insiste celui qui se revendique "toujours partisan de la loi Veil".

En effet, le sujet de l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution est redevenu d'actualité en 2022, après une décision de la Cour suprême américaine, à large majorité républicaine. À son tour, cette décision de justice avait entraîné des rétropédalages sur la légalité de l'avortement dans plusieurs États américains, avec de graves conséquences sanitaires.

"Je ne crois pas à l'argument qui consiste à dire que si le RN arrive, il peut abolir la loi", avance encore Daniel Guéret. "Je rappelle que si l'extrême droite a la majorité dans les deux chambres, elle peut aussi changer la Constitution !" En outre, tout comme le président du Sénat, le sénateur eurélien redoute de voir la Constitution devenir le réceptacle de la préoccupation du moment de l'opinion publique.

Je suis gaulliste. La constitution de la 5e République, ce n'est pas un catalogue, une variable d'ajustement par rapport à des détails divers et variés. La Constitution c'est un cadre.

Daniel Guéret, sénateur (LR) d'Eure-et-Loir

Toutefois, il reconnaît "une certaine tension dans la majorité sénatoriale" et regrette le manque de "cohérence" de ses collègues qui ont voté contre ce projet de loi en 2022.

De son côté, Rémy Pointereau, sénateur du Cher, s'est abstenu. "Pas contre l'IVG, évidemment", cet autre sénateur LR estimait qu'il aurait été souhaitable d'ajouter "une clause de conscience, pour qu'il n'y ait pas de problème juridique avec les médecins". Il fait également valoir qu'outre le fait d'inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution, la France devra aussi se donner les moyens de faire respecter ce droit.

C'est bien beau de mettre dans la Constitution, mais s'il n'y a pas de moyen financier... On s'aperçoit qu'en France 18% des femmes sont obligées de changer de département pour avorter

Rémy Pointereau, sénateur (LR) du Cher

Un combat de gauche, coopté par la majorité et la droite

Le combat pour l'inscription de l'IVG dans la Constitution, alors que le droit à l'avortement est en fort recul outre-Atlantique, est l'aboutissement d'un long combat de la gauche, que la majorité présidentielle et une partie de la droite ont repris à leur compte, sous une forte pression de l'opinion et des associations féministes.

"Je pense qu’Emmanuel Macron a un motif réel de satisfaction" analyse Daniel Guéret. "Lundi soir, il pourra mettre en avant qu’il a modifié la Constitution, sur un sujet qu'il présentera comme une urgence, je trouve que la manipulation a très bien fonctionné."

"Nous avons rendu un grand service à Gérard Larcher avec cette adoption", a remarqué de son côté auprès de l'AFP un sénateur socialiste. "Cela referme une séquence qui n'était pas très belle pour lui ni pour le Sénat", ajoute-t-il, dressant le parallèle avec les récentes affaires, celle d'un possible chantage à la sextape au Palais du Luxembourg, révélé par le Canard enchaîné, et celle du sénateur Joël Guerriau, accusé d'avoir drogué une députée en vue d'une agression sexuelle.

Le Parlement réuni en Congrès devrait maintenant entériner cette réforme constitutionnelle ce lundi 4 mars. Une majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni sera nécessaire.

Avec AFP.