Eure-et-Loir : après un an et demi de télémédecine au Favril, où en est-on ?

En octobre 2019 débutait une expérimentation : une cabine de téléconsultation était installée à la mairie du Favril (Eure-et-Loir), située dans un désert médical. Après un an et demi de fonctionnement, une première étude montre l’utilité du dispositif et la satisfaction des patients.

La cabine de téléconsultation a ouvert à la mairie du Favril (Eure-et-Loir) en octobre 2019.
La cabine de téléconsultation a ouvert à la mairie du Favril (Eure-et-Loir) en octobre 2019. © Didier Le Pape / France Télévisions

Pour John Billard, le maire du Favril (Eure-et-Loir), le premier bilan est plus que convaincant : la cabine de téléconsultation “a apporté un vrai service : on a sauvé une vie !

Alors qu’il auscultait à distance une personne, “le médecin a détecté une urgence, et a pris contact avec l’hôpital de Chartres, raconte-t-il. Grâce à la cabine, tous les diagnostics amont nécessaires avaient déjà été faits, donc la personne a été prise en charge tout de suite aux urgences où l’on savait qui c’était, pourquoi, comment, etc.

A travers cet exemple, le maire veut aussi rappeler qu’il ne s’agit pas uniquement d’une cabine de télémédecine mais “d’un projet global avec une coordination médicale”.

Une étude à mi-parcours

En tant qu’édile et secrétaire général de l’association des maires ruraux de France (AMRF), il avait souhaité installer ce dispositif dans sa commune qui est un désert médical, et l’expérimenter pendant deux ans.

Après le lancement en octobre 2019, une première étude à mi-parcours a donc été réalisée par un cabinet de conseil pour déterminer si ce système de téléconsultation répondait aux attentes de la population, et dans quelles mesures.

Alors les habitants sont-ils séduits ? Difficile à dire. 124 téléconsultations ont été effectuées d’octobre 2019 à décembre 2020. Mais avec la Covid-19, les mois d’avril, mai et juin 2020 n’ont pas été pris en compte. 

Par ailleurs, après un pic d’utilisations en octobre 2020, le nombre de téléconsultations chute ensuite jusqu’à une seule en janvier et une en février 2021. “La crise sanitaire et les mesures restrictives dues à la Covid-19 peuvent expliquer cette baisse”, avance l’étude.

Pas de barrière générationnelle

Sur les 124 patients, 77 ont répondu. Première surprise : ce ne sont pas forcément les plus jeunes qui prennent rendez-vous à la cabine de télémédecine. Le public des moins de 30 ans est d'ailleurs très peu utilisateur, alors que les plus de 60 ans sont devenus progressivement majoritaires. “Finalement il n’y a pas de barrière générationnelle, c’est plutôt positif”, analyse John Billard.

Autre enseignement : 83% des patients habitent dans un rayon de 10 km autour du Favril. Plus étonnant, entre le 3e et le 4e trimestre 2020, la proportion d’utilisateurs venant de plus de 10 km a doublé. La cabine répond donc aux attentes des habitants d'un bassin de vie.

Pourquoi utilisent-ils la cabine ?

D’après l’étude, que ce soit pour une maladie ponctuelle ou une affection de longue durée, la cabine pallie l’indisponibilité du médecin traitant dans 75% des cas.  Si les patients n’avaient pas pu téléconsulter, ils auraient eu recours à l’automédication (28%) et aux urgences (27%). 7% auraient renoncé à se soigner. A noter que les chiffres varient selon les âges.

Cependant, toutes tranches d’âge confondues, les avantages de la télémédecine sont :

  1. l’obtention d’un rendez-vous médical plus rapidement
  2. Une prise en charge de la santé plus rapide
  3. Une meilleure gestion de l’emploi du temps
  4. Une réduction du temps de trajet

John Billard souhaiterait aller plus loin : “Ce n’est pas intégré pour l’instant comme un outil de suivi. On pourrait imaginer demain des médecins qui évitent à leurs patients de faire de longs parcours en proposant la téléconsultation.

Assouplir le cadre législatif

Si les notes de satisfaction et de recommandation sont excellentes (supérieures à 9,5/10), certaines améliorations pourraient être apportées comme faciliter le chemin d’accès par la mairie, ou ouvrir plus de créneaux le soir.

De son côté, le maire souhaiterait un assouplissement du cadre législatif sur la téléconsultation. “Il y a des difficultés en termes de remboursement sur le plan réglementaire”, regrette-t-il.

Un bilan sera réalisé à la fin de l’année 2021. "L’étude finale ira plus loin avec un regard des professionnels de santé et de l’Agence régionale de santé", conclue-t-il. De quoi donner des idées à d’autres communes de la région ?

Retrouvez ici le reportage de France 3 Centre-Val de Loire réalisé au moment du lancement de la cabine de téléconsultation en octobre 2019 :

 

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