Eure-et-Loir : face aux 42 fermetures de classe à la rentrée de septembre, parents d’élèves et élus manifestent

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La carte scolaire 2022-2023 n’est pas encore arrêtée que déjà des parents d’élèves et élus de plusieurs communes d’Eure-et-Loir protestent contre le risque de suppression de classes en primaire. La directrice académique projette d'en fermer 42 et d'en ouvrir 27 en septembre prochain.

Bonneval, Gault-Saint-Denis, et maintenant Dangers… Dans chacune de ces communes d’Eure-et-Loir plane le risque d’une fermeture de classe à la rentrée de septembre 2022, dans le cadre de la nouvelle carte scolaire. Des fermetures fortement contestées : à Dangers, une manifestation est prévue le 28 janvier prochain ; deux autres ont déjà été organisées les 14 et 21 janvier derniers à Bonneval, en plus d’une pétition en ligne

Logan Vieren, vice-président de l’association des parents d’élèves de Bonneval (APEB), a deux enfants scolarisés dans l’école de la commune, en CP et CE1. Il ne sait pas si l'un ou l'autre sera directement concerné par la suppression de classe envisagée pour l’an prochain. Ce n’est pas la première fois que Bonneval est concerné par ces changements, comme le montrent ces pétitions de 2020 et 2021.

Bataille de chiffres

Selon l’APEB, "il y aurait une différence de quatre ou cinq enfants seulement" entre la rentrée 2021 et celle de 2022, sur un établissement qui compte au total 280 élèves. D'où l'incompréhension de certains parents d'élèves et des élus. La directrice académique rappelle de son côté que "c’est une école qui a 13 classes et on est à 20 élèves en moyenne par classe. Après la fermeture, on sera à 23,5. Donc ce sont des chiffres tout à fait compatibles avec les apprentissages, ce sont de bonnes conditions d’apprentissage".

Au-delà de cette bataille des chiffres, Logan Vieren met en avant les "gros projets sur Bonneval". "Tous les lots de la zone industrielle ont été vendus. 200 emplois vont être créés d’ici deux ans, argumente-t-il pour prouver l’arrivée de nouvelles familles et d’enfants dans la commune. Deux lotissements de 70 lots vont être faits dans les années à venir."

"C’est facile d’appuyer sur un bouton et de fermer une classe. Mais en rouvrir une prend des années. Donc qu’est-ce qu’on va faire avec les enfants qui vont arriver dans les années à venir ? On va les entasser dans des petites classes ?", interroge-t-il.

Il faut penser à l’avenir de nos enfants !

Logan Vieren

Association des parents d'élèves de Bonneval

Logan Vieren pointe aussi l’importance de la jauge dans les écoles depuis la crise sanitaire : "Aujourd’hui avec le covid, il faut un espace minimum pour les enfants, donc en mettre une trentaine dans une même classe, ce n’est pas possible, ça ne va pas avec ce que le gouvernement demande aujourd’hui."

Un argument contesté par la direction académique qui doit aussi et surtout respecter les consignes ministérielles : "l’objectif est de finaliser le dédoublement des grandes sections de l’éducation prioritaire, et de limiter les classes à 24 élèves sur l’ensemble du département (hors éducation prioritaire) en grande section, CP et CE1."

"La variable d'ajustement" ?

La ligne de défense est peu ou prou la même à Dangers pour contester la fermeture d’une classe : hausse du nombre d’enfants dans les années à venir, investissements de 1.878.215 € réalisés par la commune depuis 2000 pour les équipements scolaires, et défense de l’école rurale.

Dans un communiqué de presse, Damien Bouticourt, président du syndicat de regroupement pédagogique de Dangers, Mittainvilliers-Vérigny, rappelle une phrase du président de la République prononcée en 2017 : "Ce qui est sûr c'est que les territoires en particulier les plus ruraux ne peuvent plus être la variable d'ajustement d'économie". Une phrase reprise régulièrement depuis, à chaque nouvelle carte scolaire, pour mettre le gouvernement face à ses promesses, même si Christophe Castaner avait en 2018 évoqué le fait qu'Emmanuel Macron n'avait parlé que de la rentrée 2017.

"Considérant les investissements passés et futurs de nos deux communes, la qualité de l’équipe enseignante, l’opiniâtreté des parents et de surcroit les engagements du gouvernement, nous nous opposons fermement à la fermeture d’une classe", assène-t-il.

Moins d'élèves par classe

Toutes ces justifications ont été présentées auprès de la directrice académique qui assure "être vraiment équitable sur l’ensemble du territoire" et faire "très attention au secteur rural". "Mais à un moment, on ne peut pas garder des classes avec des effectifs très faibles", souffle-t-elle. Elle a ainsi calculé que l'Eure-et-Loir souffre d'une "démographie décroissante importante : on va perdre 841 élèves sur l’ensemble du département". 

Elle affirme cependant que la situation en primaire s'améliore : "Au fil des années, on a un meilleur taux d’encadrement, avec 6,05 professeurs pour 100 élèves à la rentrée 2022, contre 5,33 en 2015. Donc malgré la baisse démographique, nous gardons des moyens qui nous permettent d’avoir moins d’élèves par classe et de meilleures conditions d’apprentissage pour nos élèves. Il y a cinq ans, on avait une moyenne de 23,33 élèves par classe dans le département, là cette année, on a 21,26 élèves en moyenne."

42 fermetures, 27 ouvertures

A l’issue d'une réunion ce 25 janvier, la directrice académique vient d'annoncer 42 projets de fermetures de classe et 27 projets d’ouverture à la rentrée de septembre 2022 en Eure-et-Loir. Elle se veut cependant rassurante en rappelant que la préparation d’une carte scolaire "s’échelonne depuis décembre jusqu’à fin juin, de façon à répondre au mieux aux situations des écoles".

"Le travail le plus important se réalise en ce moment, mais en fin d’année [juin, NDLR], en fonction des arrivées et départs, il y a des ajustements possibles, ajoute-t-elle. J’ai pour principe de ne pas fermer à la rentrée de septembre car c'est très difficile pour les enfants, les familles, les enseignants et les collectivités. Je préfère prendre des décisions de fermetures peut-être plus tôt, quitte à les annuler en fonction des inscriptions réelles."

Les premiers arbitrages seront effectués le 22 février prochain, après le conseil départemental de l’Education nationale présidé par la Préfecture. On saura alors si Bonneval, Dangers ou Gault-Saint-Denis perdront ou non une classe.