Municipales 2020 : entre lobbying et pédagogie, le quotidien du maire des Villages-Vovéens en Eure-et-Loir

A l’orée des élections municipales de 2020, des maires se représentent ou jettent l’écharpe. Dans les petites communes rurales, ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à renoncer à leurs mandats. Pas Marc Guerrini, maire des Villages-Vovéens, en Eure-et-Loir.

Marc Guerrini, le maire des Villages-Vovéens, passe tous les jours au café rencontrer ses administrés.
Marc Guerrini, le maire des Villages-Vovéens, passe tous les jours au café rencontrer ses administrés. © Julie Postollec / France Télévisions
Au-dessus de son bureau, un portrait du Général de Gaulle ; dans un coin de la pièce, un autre de Nicolas Sarkozy, mais pas de Macron.

Même s'il n’y a aucune obligation pour un maire d’avoir une image du président en exercice, Marc Guerrini, 56 ans et ingénieur projet au Conseil Départemental d'Eure-et-Loir, se dit pourtant sans étiquette.

Venu du secteur privé, il s’est lancé en politique en 1998, en tant qu’adjoint au maire, puis comme conseiller général, et enfin comme maire de Voves, devenue depuis 2016 la commune nouvelle des Villages-Vovéens (avec le regroupement de quatre municipalités).
 
Pourquoi ? Pour l’intérêt général, en tout cas c’est ce qu’il affirme : "on ne fait pas la mission publique en tant que maire pour gagner de l’argent, surtout quand on a eu un parcours industriel. Je me sens bien dans ce que je fais."

 

Passé à tabac à la fête de la musique

Pourtant, sa mission n’est pas de tout repos, voire comporte quelques risques. Marc Guerrini a en effet été agressé lors de la fête de la musique organisée à Voves le 22 juin 2019.

S’il n’avait à l’époque pas voulu s’exprimer publiquement dans un média, il s’était adressé à ses administrés via la page Facebook des Villages-Vovéens, où il avait notamment écrit ceci :

"Je dois avouer que je n’ai pas reconnu la Commune ce samedi soir et souhaite que très rapidement nous puissions retrouver le vivre ensemble, la sérénité et la tranquillité qui caractérise notre Commune rurale (sic). Je tiens avant tout à ce que le respect de chacun soit le ciment de notre société !"

Si cette rixe ne semble pas avoir entamé son enthousiasme, il n’a qu’un mot à la bouche quand on la lui rappelle : le respect des agents municipaux. 

"On doit respecter ces agents parce qu’on se plaint tellement de la disparition des services publics, mais au travers d’une mairie, on peut continuer à assurer cette mission de service public. Et ce n’est pas en rouspétant ou en insultant le maire qu’on fait avancer les dossiers."

 

"L'esprit militaire"

Ces notions de respect et de service public semblent l’imprégner depuis sa formation militaire. Toujours dans son bureau, sur une table, on remarque d’ailleurs une photo où Marc Guerrini apparaît avec quelques années de moins, un béret rouge sur la tête, le béret des "paras".

Dans ses jeunes années, il avait en effet suivi une 1ere préparation militaire, puis une 2e de parachutiste, avant de devenir moniteur.
Une photo de Marc Guerrini à l'époque de sa préparation militaire parachutiste.
Une photo de Marc Guerrini à l'époque de sa préparation militaire parachutiste. © Didier Le Pape / France Télévisions


"A l’issue des prépas, j’ai candidaté à Saint-Cyr que j’ai loupé avec beaucoup de regrets, car j’ai l’esprit militaire, le respect de la hiérarchie, le respect d’un certain nombre de valeurs, que je dois à mes parents."
   

Face à une société individualiste

De ses années militaires, il a gardé aussi le vocabulaire… Son credo : "aller sur le terrain, car il y a des gens qui ne viendront pas aux réunions, qui ne viendront pas solliciter un rendez-vous, et que vous croisez dans la rue".

Or pour Marc Guerrini, il est important d’"être partout" pour connaître les attentes des 4.000 habitants des Villages-Vovéens, mais aussi pour faire de la pédagogie autour des décisions prises par l’équipe municipale.

"On ne pourra pas faire plaisir à tout le monde, [...] il y a des personnes qui diront 'ça me plaît parce que moi…' C’est toujours la difficulté, on est dans une société où les gens sont de plus individualistes et quand on conduit une politique publique au sens noble, elles sont d’intérêt général et donc il faut l’expliquer."

 

"Le VRP de la commune"

Mais faire de la pédagogie auprès des habitants n’est pas suffisant, il faut aussi faire du lobbying.

"Pour que certaines actions puissent se concrétiser, il faut siéger dans des réunions, côtoyer un tel, se faire le VRP de la commune auprès d’institutions, pour qu’on ne vous oublie pas."

Pour Marc Guerrini, un maire en milieu rural en 2020 ne peut en effet pas se passer des communautés de communes, du département, de l’Etat, mais aussi et surtout des villes.

"On n’a pas toujours le bassin d’emplois, par contre on a des personnes qui veulent et peuvent accéder à la propriété en milieu rural. Donc on est obligés de compter sur des pôles économiques tels que les villes. Donc on met tout en œuvre pour accueillir des personnes qui puissent s’épanouir chez nous tout en travaillant à la ville."

 

L'annonce du décès

Cette mission à multiples facettes érode parfois le moral des maires de petites communes rurales. "Je peux comprendre un certain nombre de mes collègues qui souhaitent arrêter car la mission, même si elle est enviée par beaucoup, est usante à plusieurs niveaux."

Il juge ainsi plus facile d’être édile à Voves que dans des villages où les élus vont "tondre le monument aux morts avant une commémoration, car ils n’ont pas les moyens financiers d’avoir un agent technique à plein temps".

Lui n’est pas entamé par l’amertume, ni par la lassitude ou par l’âge. Il brigue d’ailleurs un 3e mandat aux élections municipales de 2020 pour poursuivre ses projets, et devrait affronter une liste d’opposition.

Mais il reconnaît des moments parfois très douloureux. "Le plus compliqué à gérer, c’est d’aller annoncer le décès dans une famille, que ce soit accidentel ou des suites d'une maladie… Là, on n’y est pas préparé, il n’y a que l’expérience qui vous permet d’affronter des situations qui ne sont jamais les mêmes."
 

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Marc Guerrini, sa bio
56 ans, natif de Cavaillon (Vaucluse).

Formation militaire de parachutiste.
Etudes à Perpignan et à l'Ecole des Mines d'Alès (Gard).

1988 : arrivée en Beauce pour le groupe MEAC
1998 : débuts en politique comme adjoint au maire
2001 - 2015 : conseiller général d’Eure-et-Loir
2006 : études en sciences politiques et administration
2008 : 1er mandat de maire à Voves
2014 : 2e mandat de maire à Voves
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